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Zakhor
19 avril – 16 mai 1943 · Varsovie

Vingt-sept jours

Quelques centaines de jeunes gens avec des pistolets tiennent tête à une armée. Ils savaient qu’ils ne gagneraient pas, et ce n’était pas la question.

BelegtGhetto de VarsovieInsurrectionŻOBAnielewicz

À l’été 1942, environ deux cent soixante-dix mille habitants du ghetto de Varsovie ont été déportés à Treblinka en deux mois.

Il en reste environ soixante mille au printemps 1943, pour la plupart jeunes et employés dans les ateliers allemands.

L’Organisation juive de combat — ŻOB —, née des mouvements de jeunesse, est commandée par Mordechaï Anielewicz, vingt-quatre ans, du Hachomer Hatsaïr.

Le 19 avril

Les troupes allemandes entrent dans le ghetto le 19 avril 1943 — veille de Pessah — pour déporter les survivants.

Elles sont accueillies par des tirs et des cocktails incendiaires depuis les toits et les fenêtres, et refluent.

C’est la première insurrection urbaine de l’Europe occupée. Elle est menée avec quelques dizaines de pistolets, une poignée de fusils et des explosifs artisanaux.

Le feu

Dès le troisième jour, le commandant SS Jürgen Stroop donne l’ordre d’incendier le ghetto immeuble par immeuble pour en faire sortir les habitants.

Les combattants et la population passent dans les bunkers et les caves. Les Allemands y injectent des gaz.

Le 8 mai, le poste de commandement de la ŻOB, au 18 rue Miła, est attaqué. Anielewicz et une centaine de personnes y meurent — asphyxiés ou par suicide.

Ce que la durée signifie

L’insurrection est écrasée le 16 mai, quand Stroop fait sauter la Grande Synagogue de Varsovie. Vingt-sept jours.

L’armée polonaise avait tenu vingt-sept jours en septembre 1939, avec une armée d’État. La coïncidence a été relevée à l’époque, et elle n’est pas rien.

Aucun des combattants ne pensait vaincre. Anielewicz a écrit dans sa dernière lettre que le rêve de sa vie s’était réalisé : l’autodéfense juive dans le ghetto était devenue un fait.

Le rapport de l’adversaire

Stroop a rédigé un rapport illustré, relié en cuir, intitulé « Le quartier juif de Varsovie n’existe plus », avec photographies et bilan quotidien.

Il l’a fait pour se valoriser auprès de Himmler. Il a servi de pièce à charge à son procès, et il l’a fait pendre en 1952.

C’est, avec le récit des rares survivants et les archives Ringelblum enterrées dans des bidons de lait, la source principale de ce qui s’est passé. Là encore, le document le plus complet est celui de l’assassin.