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Zakhor
31 mars 1492 – 12 janvier 1493 · Palerme, Messine, Syracuse

L'île vidée

Une présence juive de quinze siècles en Sicile s'achève le 12 janvier 1493. Trente-sept mille personnes partent d'un coup, et il ne reste rien.

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La Sicile appartient à la couronne d'Aragon. Quand Ferdinand et Isabelle signent le décret d'expulsion des Juifs, le 31 mars 1492, il s'applique donc aussi à l'île.

Il y prend effet le 12 janvier 1493, environ six mois et demi après sa proclamation.

Ce que l'île perdait

La présence juive en Sicile est attestée depuis l'époque du Second Temple — l'une des plus anciennes d'Europe. En 590, le pape Grégoire le Grand ordonne à l'Église de dédommager les Juifs de Palerme pour la confiscation de leur synagogue.

En 1492, on compte des giudecche — quartiers juifs — dans plus de cinquante localités. Les estimations parlent de trente à trente-sept mille personnes, soit une proportion considérable de la population de l'île.

Ce n'était pas une élite marchande comme à Livourne ou à Amsterdam : c'était une population de métiers — teinturiers, forgerons, tisserands, tailleurs de pierre, médecins.

Le refus des villes

Les autorités municipales siciliennes protestent. Elles font valoir au roi que le départ de ces artisans va désorganiser l'économie de l'île, et demandent des délais et des exemptions.

Elles n'obtiennent que des reports. Ce détail vaut d'être noté : l'expulsion n'a pas été réclamée par les villes concernées, elle leur a été imposée par une couronne lointaine, pour des raisons qui relevaient de la politique castillane.

Où ils sont allés

Vers Naples d'abord, qui les accueille — jusqu'à ce que le royaume passe lui aussi à l'Espagne et les expulse à son tour en 1541. Puis vers Rome, la Grèce ottomane, Salonique, Constantinople, et l'Afrique du Nord.

Beaucoup restèrent en se convertissant. Comme dans les Pouilles deux siècles plus tôt, une population de neofiti persista, surveillée.

Il faut dire l'ampleur du vide : après 1493, il n'y a plus de communauté juive en Sicile pendant cinq siècles.

Ce qui revient

L'effacement matériel a été presque complet — synagogues converties, cimetières détruits, archives dispersées. On restitue aujourd'hui cette présence par les actes notariés, les registres fiscaux et l'épigraphie.

En 2017, l'archevêque de Palerme a remis à la communauté juive italienne un oratoire de la ville pour y établir une synagogue, à l'emplacement approximatif de l'ancienne grande synagogue.

Cinq cent vingt-quatre ans. C'est l'un des rares cas où l'on peut mesurer exactement combien de temps un effacement peut durer avant que quelque chose ne reprenne.