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Zakhor
9-10 novembre 1938 · Allemagne, Autriche, Sudètes

Un milliard de reichsmarks

Après la nuit où l’on brûle leurs synagogues et pille leurs magasins, on leur inflige une amende d’un milliard pour les dégâts.

BelegtNuit de cristalAmendePogrom d'ÉtatBascule

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, à travers l’Allemagne, l’Autriche et les Sudètes annexées, les synagogues brûlent.

Deux cent soixante-sept synagogues sont détruites selon les comptages officiels allemands, plus de mille quatre cents lieux de culte selon d’autres relevés. Environ sept mille cinq cents commerces sont saccagés.

Près de cent Juifs sont tués. Trente mille hommes sont arrêtés et envoyés en camp de concentration.

Ce que le nom cache

Le mot Kristallnacht — nuit de cristal — vient du verre brisé des vitrines qui jonchait les rues.

C’est un mot allemand, presque poétique, et il a été forgé dans les milieux nazis. Il désigne les dégâts matériels, non les morts ni les arrestations.

L’historiographie allemande préfère aujourd’hui Novemberpogrome — les pogroms de novembre —, parce que le nom d’un événement fait partie de l’événement.

L’amende

Le 12 novembre, une conférence présidée par Göring décide que la communauté juive allemande devra payer une amende d’expiation — Sühneleistung — d’un milliard de reichsmarks.

Le motif : les dégâts causés au patrimoine allemand.

Les compagnies d’assurance ayant commencé à indemniser les propriétaires juifs, l’État confisque les indemnités. Les victimes paient donc deux fois : leurs biens détruits, et l’amende pour leur destruction.

Ce qui bascule cette nuit-là

Jusqu’en novembre 1938, la politique était l’exclusion légale et l’émigration forcée : lois, quotas, spoliations, mais un cadre.

Après cette nuit, il n’y a plus de vie juive publique possible en Allemagne. Les commerces restants sont aryanisés, les enfants exclus des écoles, les biens déclarés.

Trois semaines plus tard part le premier Kindertransport. La conférence d’Évian s’était tenue quatre mois plus tôt et n’avait rien produit : ceux qui voudraient partir maintenant n’ont nulle part où aller.

Ce que le monde a vu

Tout, immédiatement. Les incendies ont eu lieu en pleine ville, en présence des pompiers chargés seulement de protéger les bâtiments voisins.

La presse internationale a couvert l’événement, des gouvernements ont protesté, les États-Unis ont rappelé leur ambassadeur.

Aucun quota d’immigration n’a été relevé. C’est la mesure exacte de ce que valait une protestation en 1938.