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Zakhor
1947 – 1958 · Tibériade → Alep → Jérusalem

Alep, la Couronne

Le plus exact des manuscrits bibliques disparaît dans l'incendie de 1947 et réapparaît dix ans plus tard, amputé de deux cents feuillets.

BelegtAlepKeterMassorahManuscrit

Vers 930, à Tibériade, un copiste écrit le texte et un massorète, Aaron ben Asher, en fixe la vocalisation, les accents et les notes marginales. Il en sort le manuscrit le plus exact de la Bible hébraïque, celui que Maïmonide prendra pour autorité. Parvenu à Alep, il y fut gardé six siècles dans un coffre de fer ; la communauté l'appelait le Keter — la Couronne.

Les 1ᵉʳ et 2 décembre 1947, après le vote de partage aux Nations unies, la grande synagogue d'Alep est incendiée. Le Keter disparaît. On le dit brûlé, et on le croit pendant dix ans.

Il réapparaît en 1958 : sorti de Syrie et remis au président Yitzhak Ben-Zvi. Les récits de ce transport — un passage par la Turquie, le manuscrit dissimulé parmi des effets domestiques — appartiennent à ce qu'on rapporte, non à ce qu'on prouve. Ce que l'on constate, en revanche, est net : des quelque 487 feuillets d'origine, il en restait moins de trois cents. Presque toute la Torah manque.

Brûlés en 1947 ? Emportés un à un par des fidèles comme des talismans ? Perdus après ? La question est ouverte et aucune enquête ne l'a close. Le manuscrit le plus fiable qui soit est aussi celui dont l'histoire est la moins sûre — et son trou de deux cents feuillets est un trou dans la mémoire autant que dans le livre.