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Zakhor
1ᵉʳ décembre 1947 · Alep, Syrie

La nuit du premier décembre

Deux jours après le vote de partage, dix synagogues d’Alep brûlent. Dans l’une d’elles se trouvait, depuis six siècles, le plus ancien manuscrit complet de la Bible.

BelegtAlepSyrieÉmeutesCodex

Le 29 novembre 1947, les Nations unies votent le partage de la Palestine mandataire.

Le 1ᵉʳ décembre, deux jours plus tard, les habitants arabes d’Alep s’en prennent à la population juive de la ville, avec l’appui et l’organisation des autorités.

Ce qui a brûlé

Dix synagogues, cinq écoles, l’orphelinat juif, et un grand nombre de maisons et de commerces sont incendiés.

Environ soixante-quinze personnes sont tuées et plusieurs centaines blessées.

L’attaque s’inscrit dans une vague qui touche au même moment plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient — Aden, Bahreïn, la Libye.

La Grande Synagogue

Parmi les cibles se trouve la Grande Synagogue d’Alep, l’une des plus anciennes du monde en usage continu.

Elle est incendiée. Le bâtiment reste debout mais sa toiture s’effondre.

Elle abritait depuis le XIVᵉ siècle le Keter Aram Tsova — la Couronne d’Alep —, manuscrit du Xᵉ siècle vocalisé par Aaron ben Asher, le plus ancien codex complet du texte massorétique de la Bible, et la référence à laquelle Maïmonide lui-même s’était rapporté.

Ce qu’il est advenu du codex

On le crut d’abord détruit. Il avait été sauvé des décombres et caché par des membres de la communauté.

Il est parvenu en Israël au début des années 1950, dans des conditions qui font encore l’objet de récits contradictoires et de contentieux.

Il y manque environ deux cents feuillets, dont la quasi-totalité de la Torah. On ignore s’ils ont brûlé, s’ils ont été volés pendant la mise à l’abri, ou s’ils circulent encore. Un feuillet est réapparu en 1982, un autre en 2007.

La communauté

La moitié des Juifs d’Alep quitte la ville dans les mois qui suivent, malgré les restrictions syriennes à l’émigration.

Les autres partiront par étapes, jusqu’au départ organisé des dernières familles en 1992, quand la Syrie a levé l’interdiction de sortie.

Une présence juive attestée depuis l’Antiquité — Alep se dit Aram Tsova dans la tradition — s’est achevée en quarante-cinq ans, à partir d’une nuit de décembre.