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Zakhor
59 av. n. è. · Rome

À voix basse

Un avocat plaide devant un tribunal romain et baisse la voix pour parler des Juifs. Il explique lui-même pourquoi.

已确立RomeCicéronImpôt du TempleRhétorique

En 59 avant notre ère, Cicéron défend Lucius Valerius Flaccus, ancien proconsul d’Asie accusé de concussion.

Parmi les chefs d’accusation : il aurait saisi l’or que les communautés juives d’Asie envoyaient au Temple de Jérusalem.

Le plaidoyer, le Pro Flacco, est conservé.

Ce que l’affaire suppose

Les Juifs de la diaspora versaient chaque année un demi-sicle au Temple. Cet argent était collecté, rassemblé, escorté et convoyé jusqu’à Jérusalem.

Rome l’avait explicitement autorisé, à titre d’exception : l’exportation d’or hors des provinces était en principe prohibée.

Saisir ce trésor était donc bien un abus, et c’est ce qu’on reproche à Flaccus.

La phrase

Au moment d’aborder le sujet, Cicéron annonce qu’il va parler à voix basse — assez fort pour les juges, pas assez pour la foule.

Il en donne le motif : il ne manque pas de gens pour exciter cette foule contre lui et contre les meilleurs citoyens, et il ne leur facilitera pas la tâche.

Il ajoute que les Juifs sont nombreux dans les assemblées publiques et qu’ils s’y font entendre, et qualifie leur culte de superstition barbare.

Comment lire cela

Ce n’est pas un traité : c’est une plaidoirie, et l’on y dit ce qui sert le client. Cicéron parle probablement moins par conviction que par intérêt.

C’est ce qui la rend intéressante. Un avocat cherche les cordes qu’il peut faire vibrer chez des juges romains ; ce qu’il choisit dit ce qu’on pouvait insinuer en 59 sans se ridiculiser.

Les motifs y sont déjà tous : ils sont nombreux, ils se tiennent, ils envoient de l’or hors du pays, et il est imprudent de les contrarier en public.

Ce qui s’est passé après

Flaccus fut acquitté.

César, quelques années plus tard, confirma les privilèges des communautés juives — dispense du service militaire, droit de s’assembler, envoi de l’impôt au Temple —, et sa mort fut pleurée par les Juifs de Rome selon Suétone.

Après 70, Rome ne supprima pas la taxe : elle la DÉTOURNA. Le didrachme dû au Temple devint le fiscus Judaicus, versé au temple de Jupiter Capitolin. Le même argent, la même collecte, un autre dieu.