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Zakhor
1884 – 1907 · Novogroudok, Lituanie

Deux codes

Deux rabbins lituaniens écrivent, à la même époque, deux commentaires du même code de loi. Un seul l’a emporté, et ce n’est pas pour des raisons de droit.

已确立HalakhaCodesLituanieAutorité

Yehiel Mikhel Epstein, rabbin de Novogroudok, publie à partir de 1884 l’Aroukh ha-Choulhan. Israël Meïr Kagan, qu’on appelle le Hafets Hayim, publie de 1884 à 1907 la Michna Beroura.

Les deux ouvrages commentent le même texte : le Choulhan Aroukh de Joseph Caro, code de référence depuis le XVIᵉ siècle.

Deux manières de décider

Epstein est un décisionnaire indépendant. Il ne se tient pas pour lié par les avis de ses prédécesseurs et tranche en remontant lui-même au Talmud. Il tient compte de ce que les gens font réellement, et cherche à justifier l’usage établi quand il le peut.

Kagan procède autrement : il recense les positions des autorités antérieures, les pèse, et penche du côté de la rigueur quand elles divergent.

L’Aroukh ha-Choulhan couvre l’intégralité du Choulhan Aroukh ; la Michna Beroura ne traite que la première de ses quatre parties, celle de la vie quotidienne et des prières.

Ce qui a fait pencher la balance

C’est la Michna Beroura qui l’a emporté dans la plupart des milieux, et l’explication n’est pas doctrinale.

Deux voix décisives l’ont imposée après la guerre, dans les deux plus grands centres du monde juif : Aharon Kotler aux États-Unis et le Hazon Ich en Israël, qui la tenait pour quasi prophétique et pour le dernier mot.

Autrement dit : ce qui a tranché entre deux ouvrages de droit, ce sont les autorités qui les ont recommandés à la génération suivante, dans un monde où les écoles d’Europe orientale venaient d’être détruites et où tout se reconstruisait.

Ce que l’oubli du second a coûté

Il reste des tenants de l’Aroukh ha-Choulhan. Yosef Eliyahou Henkin soutenait qu’en cas de conflit c’est lui qu’il faut suivre, au motif qu’Epstein était un rabbin en exercice qui décidait pour une communauté réelle, quand Kagan écrivait à l’écart.

Cette position est minoritaire et elle n’a pas de consensus derrière elle.

L’écart entre les deux ouvrages est souvent celui-ci : là où Epstein cherche à valider ce que les Juifs font, Kagan indique ce qu’il vaudrait mieux faire. Le second l’a emporté, et la pratique s’est resserrée en conséquence.

Pourquoi ce dossier compte

On se représente volontiers le droit religieux comme une chaîne continue où chaque génération reçoit ce que la précédente a établi.

Ce cas montre autre chose : deux ouvrages sérieux, contemporains, également savants, et un choix qui s’est fait par la recommandation de quelques hommes au moment où le monde qui les avait produits venait de disparaître.

Ce n’est pas un scandale. C’est ainsi qu’une autorité s’établit, et il vaut mieux le savoir que l’ignorer.