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Zakhor
1614 – 1616 · Francfort-sur-le-Main

La ruelle pillée

Un pâtissier soulève la ville contre le conseil et contre la Judengasse. Le jour de son exécution, les Juifs chassés rentrent chez eux.

已确立FrancfortJudengasseÉmeuteEmpire

La Judengasse de Francfort est une rue unique, fermée à ses deux bouts, où l'on avait enfermé la communauté juive en 1462. Au début du XVIIᵉ siècle, elle abrite près de mille quatre cents personnes dans des maisons hautes et étroites.

La ville est gouvernée par un patriciat étroit. À partir de 1612, un mouvement de la bourgeoisie et des corporations conteste ses comptes et ses privilèges. Il a pour meneur Vincent Fettmilch, pâtissier de pain d'épices, calviniste.

Une révolte contre le conseil qui trouve une autre cible

Le mouvement commence comme une affaire municipale : les corporations réclament des comptes, l'accès aux charges, la révision des dettes.

Or les Juifs de la Judengasse, prêteurs sur gage, étaient les créanciers d'une partie de la ville, et protégés par l'empereur — donc doublement liés au pouvoir contesté.

Le 22 août 1614, Fettmilch mène une foule qui force la Judengasse, en chasse les habitants vers le cimetière juif voisin, et pille les maisons. Il n'y a presque pas de morts, et le pillage est complet.

Le lendemain, il signe lui-même l'ordre d'expulsion.

L'empereur reprend la ville

Les Juifs de l'Empire relevaient directement de l'empereur, qui en tirait des revenus. Chasser les Juifs de Francfort, c'était donc s'attaquer à sa propriété et à son autorité.

Matthias met Fettmilch et ses complices au ban de l'Empire. D'autres Francfortois arrêtent Fettmilch dès la fin de 1614, épargnant à la ville une intervention plus lourde.

Il passe plus d'un an aux mains des bourreaux impériaux. Le 28 février 1616, il est décapité et écartelé avec trois de ses complices.

Le même jour

Le 28 février 1616, jour de l'exécution, les Juifs de Francfort sont officiellement réadmis dans la Judengasse.

L'ordre impérial est proclamé, les armes de l'empereur sont apposées aux portes de la rue, et une garde est établie. Le message est explicite : ces gens sont à nous, et l'on ne touche pas à ce qui est à nous.

La communauté institua une fête locale, le Pourim de Vintz — du prénom de Fettmilch —, avec sa lecture, célébrée chaque année pendant des siècles. On raconta l'affaire sur le modèle du livre d'Esther : un ennemi, un renversement, une délivrance.

Une protection qui n'en est pas une

L'épisode se lit comme une histoire de justice impériale rendue. Il vaut mieux le lire autrement.

Ce qui a sauvé les Juifs de Francfort n'est pas un principe mais un intérêt : ils étaient une source de revenu pour l'empereur, et leur expulsion par une ville rebelle était d'abord un empiètement.

La même dépendance a servi partout au Moyen Âge et à l'époque moderne, et elle a protégé aussi souvent qu'elle a livré. À York en 1190, elle avait donné aux émeutiers une raison de plus de brûler les archives.