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Zakhor
1751 – 1755 · Altona, Hambourg, Wandsbek

Les amulettes

Un rabbin accuse le grand rabbin de la ville d’avoir caché des formules hérétiques dans les amulettes qu’il donne aux femmes en couches. Un roi devra trancher.

可能SabbatéismeAutorité rabbiniqueAmulettesScandale

Jonathan Eybeschütz, l’un des plus grands talmudistes de son temps, est nommé en 1750 grand rabbin des trois communautés unies d’Altona, Hambourg et Wandsbek.

Jacob Emden, rabbin et imprimeur d’Altona, fils du précédent titulaire du poste, l’accuse d’être secrètement sabbatéen.

La preuve invoquée : les amulettes qu’Eybeschütz distribuait aux malades et aux femmes en couches contiendraient, sous forme de lettres combinées, des invocations à Shabbetaï Tsevi.

Ce que l’accusation suppose

Une amulette kabbalistique est faite de noms divins recomposés, illisibles pour le profane. Y déchiffrer une hérésie relève de l’interprétation, et l’interprète est ici l’accusateur.

Emden lit les amulettes et y trouve ce qu’il y cherche. Eybeschütz répond en 1755, dans les Louhot Édout, en proposant d’autres lectures des mêmes signes.

Les historiens ne tranchent pas. Gershom Scholem penchait pour la culpabilité, d’autres non. Le registre du probable est ici définitif : le document est par nature ambigu.

Ce qui s’ensuit

Emden déclare solennellement dans sa synagogue que l’auteur des amulettes est un hérétique sabbatéen, passible de herem.

La communauté répond en interdisant, sous peine d’excommunication, d’assister à la synagogue d’Emden, et lui interdit d’imprimer quoi que ce soit.

L’affaire déchire les communautés d’Allemagne, de Pologne et d’Italie. Les rabbins de toute l’Europe prennent parti, publient, s’excommunient.

Le roi de Danemark

Altona relevant de la couronne danoise, Emden porte l’affaire devant la cour de Frédéric V.

Le 3 juin 1752, jugement est rendu en sa faveur : le conseil des trois communautés est sévèrement blâmé et condamné à cent thalers d’amende.

Un tribunal chrétien vient d’arbitrer une querelle sur le contenu kabbalistique d’amulettes juives. C’est le point où l’affaire cesse d’être une controverse et devient un symptôme.

Ce que la querelle annonce

L’autorité rabbinique traditionnelle vient de montrer qu’elle ne peut plus régler ses propres différends, et qu’elle appellera l’État pour le faire.

Elle l’a montré publiquement, dans les journaux et les libelles, devant un public chrétien ravi.

Mendelssohn a vingt-deux ans en 1751. La Haskala commence dans les années qui suivent, et l’on ne peut pas comprendre l’empressement d’une génération à chercher ailleurs sans ce spectacle-là.