Mali 家族
Mali 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Mali
Introduction
À Fès, au cœur de la médina la plus ancienne du Maghreb, des familles juives ont vécu pendant des siècles dans le mellah, ce quartier dont les murs épais contenaient à la fois une protection et une séparation. C'est dans cette ville, l'une des capitales spirituelles du judaïsme marocain, que le patronyme Mali trouve son ancrage le plus vraisemblable — à l'intersection de deux traditions qui ont longtemps coexisté sans tout à fait fusionner : celle des Juifs autochtones, les toshavim, présents au Maroc depuis des temps immémoriaux, et celle des exilés d'Espagne, les megorashim, qui rejoignirent le Maghreb à partir de la fin du XIVe siècle et en masse après 1492.
Ce livre naît d'une exigence de rigueur. Les sources disponibles sur la lignée Mali demeurent, à ce stade de la recherche, maigres en ce qui concerne des figures nommées ou des dates précises. Le dossier établi de la lignée identifie Fès comme lieu documenté, signale une origine ibérique séfarade revendiquée pour le patronyme — non encore vérifiée par archive — et retrace le parcours général : Espagne médiévale, Fès du XVe au XIXe siècle, Maroc, puis France au XXe siècle. C'est sur ce socle, complété par l'onomastique juive marocaine et l'histoire établie des communautés, que ce Grand Livre est bâti.
Il ne s'agit pas d'inventer une généalogie, mais de restituer honnêtement le cadre dans lequel une lignée portant ce nom a vécu, traversé l'histoire, et transmis son patronyme à travers les générations. Là où l'archive se tait, ce livre le dit. Là où la probabilité historique est forte, elle est nommée comme telle. Et là où des faits sont établis, ils sont mis en lumière. C'est à cette discipline du doute assumé que ce Grand Livre doit sa valeur.
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版本 (1)
- v1 · 现用 · 2026年8月9日
Chapitre 1 : Fès, ville-mère du judaïsme marocain
Avant de remonter vers les origines ibériques du patronyme, il convient de s'arrêter sur Fès — car c'est là, selon le dossier de la lignée, que la famille Mali prend racine de façon documentée. Fès n'est pas une ville parmi d'autres dans l'histoire juive du Maroc : elle en est l'un des foyers les plus anciens et les plus vénérables.
La présence juive à Fès est attestée bien avant l'islamisation du Maghreb. Lorsqu'Idriss II fonda la ville en 808, des familles juives s'y installèrent dès l'origine, attirées par le commerce et l'artisanat. La tradition locale attribue aux Juifs de Fès un rôle dans le tissage, la teinture, l'orfèvrerie et le commerce des épices — métiers qui structurèrent leur vie économique pendant des siècles. Le quartier juif, le mellah, ne fut créé sous cette forme distincte qu'en 1438, sur décision de la dynastie mérinide : les Juifs de Fès furent alors regroupés près du palais royal, ce qui leur valait à la fois une relative protection et une visibilité permanente.
Ce mellah de Fès el-Jedid — Fès la Nouvelle, ville dynastique — devint rapidement l'un des centres les plus importants du judaïsme marocain. On y trouvait des synagogues, des académies talmudiques, des tribunaux rabbiniques (batei din), des boucheries rituelles, des bains et des cimetières. La vie communautaire y était dense, organisée, et gouvernée par une oligarchie de familles notables dont l'influence s'étendait parfois jusqu'à la cour des sultans.
L'arrivée massive des megorashim après 1492 transforma profondément cette communauté. Fès accueillit plusieurs milliers d'exilés d'Espagne, dont certains étaient des rabbins réputés, des médecins, des lettrés et des marchands. La rencontre, parfois conflictuelle, entre ces nouveaux venus et les toshavim déjà établis donna lieu à des tensions liturgiques, juridiques et sociales qui durèrent plusieurs générations. Les megorashim voulaient maintenir leurs propres rites et tribunaux ; les toshavim entendaient conserver leurs traditions ancestrales. Cette dualité se cristallisa dans la coexistence de synagogues distinctes, de coutumes parallèles, et d'une onomastique différenciée.
C'est dans ce creuset que le patronyme Mali a pu prendre sa forme fixe. Qu'il soit d'origine ibérique — une forme condensée d'un nom séfarade — ou qu'il soit enraciné dans l'arabe dialectal du mellah, sa présence à Fès s'inscrit dans l'un des contextes les plus riches et les mieux documentés du judaïsme maghrébin. La ville fut aussi le siège de grands décisionnaires rabbiniques dont les responsa (teshuvot) constituent aujourd'hui une source précieuse pour reconstituer la vie quotidienne, les alliances matrimoniales et les structures familiales de ces communautés.
Sous les dynasties saâdiennes et alaouites, la communauté juive de Fès connut des périodes alternées de stabilité relative et de violence. Le pogrom de 1465, au cours duquel une grande partie de la communauté juive de Fès fut massacrée, fut l'une des pages les plus sombres de cette histoire. Ceux qui survécurent reconstituèrent peu à peu leur vie dans le mellah, avec la résilience caractéristique de ces communautés qui avaient déjà connu l'exil d'Espagne. Cette capacité à rebâtir, à transmettre et à préserver face aux ruptures de l'histoire est l'une des vertus les plus constamment exprimées par les familles du judaïsme marocain — une forme d'implication dans la vie collective qui définit la kehila, la communauté, comme valeur première.
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Chapitre 2 : L'Espagne médiévale, berceau séfarade revendiqué
Le dossier de la lignée Mali mentionne une origine ibérique séfarade revendiquée pour le patronyme, tout en précisant honnêtement qu'elle n'est pas documentée par une source vérifiée. Cette distinction entre tradition familiale et archive est essentielle : elle correspond à la situation de très nombreuses familles juives marocaines, pour lesquelles l'Espagne médiévale est à la fois une mémoire vivante et une origine difficile à prouver acte en main.
La péninsule Ibérique fut, jusqu'en 1492, l'un des grands foyers du judaïsme mondial. Dans les royaumes de Castille, d'Aragon, de Navarre et de Portugal, les communautés juives atteignirent un niveau d'épanouissement culturel, philosophique et économique sans équivalent en Europe chrétienne médiévale. La période dite de la convivencia — coexistence relative entre Juifs, chrétiens et musulmans — permit l'éclosion de figures intellectuelles majeures : Maïmonide, né à Cordoue, Nahmanide, né à Gérone, Juda Halévi, né à Tudela. Les Juifs d'Espagne, les Sefardim (du mot hébreu Séfarad désignant la péninsule ibérique), constituèrent une civilisation à part entière, avec leur langue (le judéo-espagnol, ou ladino), leurs liturgies propres, leurs codes légaux et leurs traditions culinaires.
Les persécutions de 1391, qui virent des pogroms ravager les aljamas (quartiers juifs) de Séville, Valence, Barcelone et de nombreuses autres villes, inaugurèrent un siècle de déclin progressif. Des dizaines de milliers de Juifs se convertirent au christianisme — parfois sincèrement, souvent sous la contrainte — donnant naissance à la figure du converso ou marrane, dont la fidélité secrète au judaïsme devait nourrir la suspicion de l'Inquisition. D'autres prirent le chemin de l'exil, notamment vers le Maghreb, avant même le décret final.
Le décret de l'Alhambra, signé le 31 mars 1492 par Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, ordonna l'expulsion définitive de l'ensemble des Juifs d'Espagne. Entre cent cinquante mille et deux cent mille personnes durent quitter la péninsule en quelques mois, emportant avec elles leur mémoire, leurs livres, leurs savoir-faire et leurs noms. Parmi les destinations choisies — l'Empire ottoman, les Balkans, l'Italie du Nord, les Pays-Bas —, le Maroc fut l'une des plus importantes, en raison de sa proximité géographique et des liens commerciaux préexistants.
Ces exilés arrivèrent au Maroc avec la conscience aiguë de ce qu'ils avaient perdu et la fierté de ce qu'ils avaient été. Pendant des générations, certaines familles conservèrent les clefs de leurs maisons de Tolède, Séville ou Cordoue, symbole d'un attachement indéfectible à une patrie perdue. Cette mémoire ibérique, transmise oralement, explique que tant de familles juives marocaines revendiquent aujourd'hui des origines séfarades, parfois sans pouvoir en fournir la preuve documentaire — ce que le dossier de la lignée Mali reconnaît avec une probité exemplaire.
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Chapitre 3 : Fès, carrefour des *megorashim* (XVe–XVIIe siècles)
L'arrivée des exilés d'Espagne à Fès est l'un des épisodes les mieux documentés de l'histoire juive du Maroc. La ville, alors sous le règne des Wattassides qui avaient succédé aux Mérinides, accueillit plusieurs vagues de réfugiés entre 1391 et les premières décennies du XVIe siècle. Fès el-Jedid, où se trouvait le mellah, vit sa population juive gonfler considérablement.
L'accueil ne fut pas toujours sans heurts. Les toshavim de Fès avaient leurs propres structures communautaires, leurs propres rabbins, leurs propres rites liturgiques. L'arrivée de megorashim nombreux, cultivés, souvent plus riches en capital culturel sinon en biens matériels, créa des frictions. Les nouveaux venus voulaient maintenir la liturgie séfarade ibérique, distincte de la liturgie toshavim maghrébine. Des conflits s'élevèrent quant à la priorité des coutumes, à l'accès aux fonctions communautaires, aux droits de vote dans les assemblées du kahal.
Pourtant, Fès fut aussi le lieu d'une extraordinaire fertilisation croisée. Les grands rabbins qui y officièrent à partir de la fin du XVe siècle incarnèrent cette synthèse entre les traditions ibériques et maghrébines. Leurs responsa abordent des questions concrètes de la vie communautaire : successions, mariages mixtes entre megorashim et toshavim, litiges commerciaux, statut des veuves et des orphelins. Ces textes, conservés dans les grandes collections rabbiniques, sont aujourd'hui des sources irremplaçables pour l'histoire sociale des familles juives de Fès. La rigueur avec laquelle ces décisionnaires tranchaient les conflits entre les deux traditions — s'efforçant d'être justes envers chacune — illustre l'une des grandes vertus que la pensée juive a portées à travers les siècles : le souci de la justice (tsedek) comme principe régulateur de la vie communautaire, avant même tout autre intérêt de groupe.
C'est dans cette période que les patronymes se stabilisèrent progressivement. Avant l'administration coloniale du XXe siècle, la transmission du nom de famille relevait d'un usage communautaire : un nom porté par plusieurs générations dans le cadre de la synagogue, du tribunal rabbinique, du registre des mariages et des décès. La synagogue jouait le rôle d'état civil avant la lettre. Les ketubot (contrats de mariage) et les actes de divorce (guettin) conservaient la filiation et le nom familial avec une précision remarquable, même si les graphies variaient selon les scribes.
Pour une famille Mali dont l'ancêtre aurait rejoint Fès après 1492, le XVIe siècle serait la période d'enracinement : apprentissage des codes locaux, intégration aux structures du mellah, mariage avec d'autres familles — parfois toshavim, parfois megorashim — et adoption progressive des métiers de la communauté. Cette insertion dans le tissu de Fès aurait constitué le fondement sur lequel les générations suivantes bâtirent leur identité marocaine.
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Chapitre 4 : Le mellah de Fès, XVIIe–XIXe siècles — vie quotidienne et résilience
Après les turbulences du XVIe siècle — guerres dynastiques, montée des Saâdiens, instabilité politique au Maroc —, la communauté juive de Fès entra dans une phase de relative consolidation sous la dynastie alaouite, fondée dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Les sultans alaouites entretinrent des relations complexes avec leurs sujets juifs : à la fois protecteurs intéressés — les Juifs étaient précieux comme intermédiaires commerciaux, diplomates officieux et fournisseurs de la cour — et détenteurs d'un pouvoir de contrainte que le statut de dhimmi ne leur interdisait pas d'exercer.
La vie dans le mellah de Fès, de la fin du XVIIe siècle jusqu'à l'orée du XXe, obéissait à un rythme communautaire dense. Le calendrier liturgique structurait le temps : shabbat hebdomadaire, fêtes de pèlerinage (shalosh regalim), jeûnes, célébrations des hillulot (anniversaires de décès de saints locaux). La figure du tsaddiq, du saint juif vénéré, tenait une place considérable dans la piété populaire marocaine. Des tombeaux de saints parsemaient le Maroc, et les pèlerinages annuels (hiloula) mobilisaient des familles entières, parfois sur plusieurs jours de route. Cette piété populaire, à la fois profondément juive et imprégnée de la culture du Maghreb, est l'une des expressions les plus originales du judaïsme marocain — une façon d'habiter le pays d'accueil tout en restant fidèle à la Torah.
L'économie du mellah reposait sur des spécialisations artisanales et commerciales bien établies. Les Juifs de Fès étaient réputés pour l'orfèvrerie, la broderie, la teinturerie (notamment le henné et les teintures végétales), le commerce de tissus et les activités financières. Ces métiers, transmis de père en fils, structuraient les alliances matrimoniales : on mariait ses enfants dans des familles du même métier, du même quartier, du même statut économique. Les réseaux commerciaux s'étendaient bien au-delà du mellah, reliant Fès à Meknès, Rabat, Mogador, et, par les routes caravanières, jusqu'aux villes du Drâa et au Sahara.
Le patronyme Mali, dans ce contexte, aurait été stabilisé et transmis à travers ces réseaux artisanaux et matrimoniaux. Les actes rabbiniques qui en témoigneraient — ketubot, listes de membres de confréries (hevrot), inscriptions funéraires du cimetière juif de Fès — représentent la source la plus directe pour toute recherche généalogique future. Le cimetière juif de Fès, l'un des plus anciens du Maroc, est d'une richesse documentaire considérable pour qui sait déchiffrer les épitaphes hébraïques.
La question de la richesse — māl en arabe, racine que l'on retrouve peut-être dans le patronyme — n'était pas seulement économique dans ce contexte. Elle renvoyait aussi à une éthique : la charité (tzedaka) était une obligation communautaire aussi bien que religieuse. Les familles aisées du mellah soutenaient les pauvres, dotaient les orphelines, finançaient l'entretien des synagogues et des bains rituels (mikveh). Cette solidarité interne était la condition de la cohésion communautaire et, en un sens, la contrepartie des restrictions imposées par le statut de dhimmi.
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Chapitre 5 : Le patronyme *Mali* — étymologies et variantes d'un nom du mellah
L'analyse onomastique du patronyme Mali s'inscrit dans le cadre tracé par Abraham I. Laredo dans son œuvre maîtresse, Les Noms des Juifs du Maroc (CSIC, Madrid, 1978). Laredo classe les noms selon plusieurs grandes catégories : origines hébraïque ou biblique, arabe ou berbère, toponymique, professionnelle, ibérique. Le nom Mali peut être examiné à la lumière de chacune de ces catégories, sans qu'aucune ne s'impose de façon péremptoire en l'état des sources disponibles.
La piste arabe est celle qui s'inscrit le plus naturellement dans le contexte du mellah. Le terme māl (المال) désigne la richesse, le bien, la fortune. Un surnom Māli — « le riche », « celui de la fortune » — s'inscrirait dans la longue série des sobriquets laudatifs par lesquels des familles juives marocaines furent désignées dans la vie quotidienne du mellah. Laredo documente abondamment cette pratique : des qualités sociales ou économiques, des traits de caractère, des fonctions dans la communauté se cristallisèrent en noms de famille durables. Cette dérivation, la plus vraisemblable dans l'environnement arabophone de Fès, ne saurait être affirmée sans archive directe, mais elle s'inscrit parfaitement dans les mécanismes décrits par cet auteur de référence.
La piste hébraïque propose un rapprochement avec la racine מלא (malé, « plein », « rempli ») — un nom à connotation de plénitude ou d'abondance, dans la lignée des noms de bénédiction fréquents dans la tradition juive. Ce type de nom pouvait être attribué lors d'une naissance heureuse, après une période d'épreuve, ou en hommage à un ancêtre. La forme Mali pourrait en être une contraction ou une hébraïsation populaire.
La piste ibérique ne peut être écartée a priori. Nombre de noms séfarades subirent des altérations phonétiques lors de leur transcription en arabe maghrébin, puis à nouveau lors de leur fixation administrative par l'état civil du Protectorat. Une forme ibérique originelle — peut-être Maly ou l'abréviation d'un nom composé — aurait pu se stabiliser en Mali au fil des générations de vie au Maroc. Faute de source directe, cette hypothèse reste conjecturale.
La plasticité même du nom est un trait caractéristique de l'onomastique juive marocaine. Une même famille pouvait se voir orthographier son patronyme de façons différentes selon les scribes, les actes, les langues de transcription — hébreu, judéo-arabe, arabe, puis français sous le Protectorat. Le chercheur qui entreprendra demain l'investigation généalogique de la lignée Mali devra garder à l'esprit que les variantes graphiques (Maly, Malhi, El Mali, Ben Mali) peuvent correspondre à la même souche familiale, fixée par des administrations différentes à des époques différentes.
Cette pluralité étymologique n'est pas une lacune de la recherche : elle est, en soi, une caractéristique profonde de l'identité juive maghrébine, façonnée par des siècles de plurilinguisme et de contact entre cultures. Que le nom Mali vienne de l'hébreu de la prière, de l'arabe de la rue, ou du castillan de l'exil, il porte en lui les strates d'une histoire simultanément juive, marocaine et méditerranéenne.
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Chapitre 6 : La migration vers la France au XXe siècle
Le dossier de la lignée identifie la France comme étape de la diaspora au XXe siècle. Cette migration s'inscrit dans l'un des épisodes les plus massifs de l'histoire des Juifs marocains : le grand départ des années 1950, 1960 et 1970, qui vit une communauté de quelque deux cent cinquante mille personnes se disperser sur plusieurs continents.
Le contexte fut déterminant. L'indépendance du Maroc en 1956 modifia profondément le statut des Juifs, qui avaient bénéficié, sous le Protectorat, d'un accès relatif à la citoyenneté française et à l'enseignement modernisé dispensé par l'Alliance israélite universelle. La création de l'État d'Israël en 1948 ouvrit une autre destination. Les tensions politiques liées au conflit israélo-arabe, la montée du nationalisme arabe et les incertitudes sur l'avenir des minorités dans les États indépendants nord-africains poussèrent des dizaines de milliers de familles à l'émigration.
La France fut choisie par un nombre important de familles juives marocaines — particulièrement celles qui, grâce aux écoles de l'Alliance israélite universelle, maîtrisaient la langue française et possédaient une formation compatible avec l'économie française d'après-guerre. Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Aix-en-Provence, Toulouse : autant de villes où s'établirent des communautés séfarades marocaines qui fondèrent synagogues, associations culturelles et réseaux d'entraide. Cette installation en France ne signifiait pas la rupture : les familles marocaines entretinrent longtemps des liens vivants entre Casablanca et Paris, entre Fès et Montpellier, entre le mellah natal et le nouveau foyer.
Pour une famille Mali ayant vécu à Fès ou dans son orbite, la migration vers la France représentait un double déracinement : quitter le Maroc — où s'étaient accumulées des générations de mémoire — et s'installer dans un pays qui ne partageait ni la langue de la synagogue, ni le judéo-arabe du foyer, ni les codes communautaires du mellah. Et pourtant, les familles séfarades marocaines réussirent remarquablement cette intégration, tout en maintenant une identité distincte. Les plats du shabbat, la langue hébraïque de la prière, les chants liturgiques spécifiques au rite marocain, et les récits des grands-parents sur Fès ou sur l'Espagne lointaine : autant de fils qui maintinrent la continuité de la transmission malgré la rupture géographique.
Cette transmission est une vertu au sens fort du terme dans la tradition juive : le zecher (la mémoire), le devoir de ne pas oublier, de raconter aux enfants qui ils sont et d'où ils viennent. Que ce soit à Fès au XVIe siècle ou en France au XXe, la famille Mali a vraisemblablement accompli ce geste — transmettre le nom, la mémoire et l'appartenance — qui est au cœur de la continuité du peuple juif.
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Les grandes figures
La documentation disponible sur la lignée Mali ne permet pas, à ce stade, d'identifier des figures nommées et datées appartenant à cette famille. Les porteurs du patronyme Mali à Fès, depuis le XVe siècle jusqu'au XXe, demeurent des silhouettes sans visage dans l'état actuel de la recherche : leur existence est vraisemblable, leur présence au mellah est probable, mais aucun acte, aucun responsum, aucune inscription funéraire ne leur a encore été formellement rattaché. Ce silence n'est pas une conclusion : c'est une invitation à fouiller les cimetières de Fès, les archives de l'Alliance israélite universelle et les fonds d'état civil du Protectorat.
En attendant que ces recherches aboutissent, il convient de rendre sa place à la figure dont l'œuvre éclaire directement l'histoire de cette lignée.
Abraham I. Laredo (vers 1906–1974) — Abraham Isaac Laredo, né à Tétouan dans une famille juive séfarade du nord du Maroc, fut l'un des plus grands savants de l'onomastique judéo-maghrébine du XXe siècle. Consacrant sa vie à l'étude des noms de famille des Juifs du Maroc, il produisit l'ouvrage de référence incontournable sur ce sujet : Les Noms des Juifs du Maroc, publié à Madrid en 1978 par le Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC). Ce travail monumental recense et classe plusieurs milliers de patronymes selon leur origine hébraïque, arabe, berbère, ibérique ou toponymique, avec leurs variantes graphiques et leur aire de diffusion géographique. Il fournit à chaque génération de chercheurs les outils pour restituer l'histoire des familles juives marocaines et constitue le socle documentaire de tout Grand Livre consacré à un patronyme de cette aire culturelle.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, le nom Mali est une lignée honnêtement cartographiée dans les cadres de l'histoire juive maghrébine et séfarade, à défaut d'être pleinement documentée dans ses figures individuelles. Le lieu est établi : Fès, l'une des villes les plus importantes du judaïsme marocain, foyer des megorashim exilés d'Espagne et des toshavim autochtones. Le parcours est vraisemblable : Espagne médiévale, Fès du XVe au XIXe siècle, Maroc sous le Protectorat, France au XXe siècle. Les hypothèses étymologiques — arabe (māl, la richesse et la fortune), hébraïque (la plénitude, malé), ibérique (forme condensée d'un nom séfarade) — coexistent sans qu'aucune ne s'impose en l'état des sources.
Ce que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimé, selon ce que le dossier et l'histoire permettent d'en dire, c'est la vertu de la résilience transmettrice : la capacité à rebâtir après l'exil, à préserver le nom et la mémoire à travers les siècles et les continents, à intégrer de nouveaux pays sans perdre l'essentiel de ce que la tradition juive appelle zecher — la mémoire vive. Une famille qui passe de l'Espagne médiévale au mellah de Fès, de Fès au Maroc colonial, du Maroc à la France du XXe siècle, sans jamais interrompre la transmission de son patronyme et de son appartenance, incarne cette vertu fondamentale du judaïsme marocain : résister au temps par la mémoire, et résister à l'oubli par le nom.
La recherche future pourra progresser par plusieurs voies : les cimetières juifs de Fès et leurs épitaphes hébraïques ; les ketubot et guettin conservés dans les archives rabbiniques ; les registres de l'Alliance israélite universelle ; les listes d'état civil du Protectorat français (1912–1956) ; les archives consulaires et les dossiers de naturalisation en France. C'est de cette confrontation entre la mémoire des aînés et ces archives dormantes que naîtra, un jour, la notice définitive de la lignée Mali.
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参考文献
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)