Laub 家族
Laub 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
Patronym (« foliage »).
地理来源: Allemagne
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大书 — Laub
Introduction
Au XIXe siècle, dans les villes et les bourgades d'Europe centrale, des milliers de familles juives reçurent ou adoptèrent un nom de famille que les administrations impériales allaient graver dans leurs registres pour plusieurs générations. Pour les porteurs du patronyme Laub, ce moment fondateur tira son nom d'un mot allemand parmi les plus simples : le feuillage, la feuille, la frondaison. Mais ce que le mot dit avec légèreté, l'histoire le chargea bientôt de tout son poids : émigrations forcées, intégration culturelle, rayonnement artistique, catastrophe, survivance.
Ce livre est l'histoire d'un nom qui traversa les siècles depuis la Rhénanie médiévale jusqu'aux rivages américains et israéliens, en passant par Prague, la Galicie, la Hongrie et Berlin. Il n'entend pas reconstituer une généalogie unique — car les porteurs du nom Laub, dispersés de Bohême en Pologne et de la Bavière à l'Amérique, ne descendent pas nécessairement d'un ancêtre commun. Il entend éclairer ce qu'un patronyme porte en lui d'histoire collective : comment une famille de musiciens praguois s'éleva au sommet de la vie musicale européenne, comment un peuple forgea des identités à partir d'un mot de nature, comment les ruptures du XXe siècle dispersèrent les uns et firent disparaître les autres, et comment le nom survécut malgré tout, léger comme la feuille qui l'inspire.
Le présent ouvrage s'appuie sur les répertoires d'onomastique juive d'Alexander Beider et de Lars Menk, sur les archives biographiques relatives à Ferdinand Laub, et sur le dossier documentaire de la lignée. Là où l'archive se tait, il le dit ; là où la mémoire prend le relais, il en indique la nature.
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Chapitre 1 : Prague, 1832 — naissance d'un virtuose
Le 19 janvier 1832, dans la ville de Prague alors capitale du Royaume de Bohême sous domination habsbourgeoise, naît Ferdinand Laub dans une famille germano-bohémienne qui s'était progressivement assimilée à la communauté tchèque. Son père, Erasmus Laub (1794–1865), est un homme de culture musicale suffisamment aiguisée pour discerner, chez son fils encore enfant, un talent hors du commun : il organise sa première apparition publique à l'âge de six ans. Ce geste paternel, à la fois modeste et décisif, dit quelque chose du milieu dont sont issus les Laub de Prague — une bourgeoisie urbaine, mobile entre langues et identités, cultivant l'idéal de l'émancipation à travers l'art autant que par le droit.
La trajectoire de Ferdinand est ensuite celle d'une ascension remarquable. À dix ans, il donne son premier concert en soliste au Théâtre des États de Prague, l'une des scènes les plus prestigieuses de l'Empire. De 1843 à 1846, il se forme au Conservatoire de Prague, avant de débuter sa carrière d'adulte comme virtuose à Vienne, à la cour impériale. En 1850, il parcourt l'Europe en tournée de concerts. Il séjourne longuement à Weimar, puis à Berlin, où il occupe de 1855 à 1862 un poste de professeur au Stern Conservatoire. Ces années berlinoises font de lui non seulement un interprète acclamé, mais un pédagogue dont le rayonnement s'étend bientôt vers l'est.
En 1866, Ferdinand Laub accepte la chaire de violon du Conservatoire de Moscou, poste qu'il occupera jusqu'en 1874. C'est là que sa rencontre avec Piotr Ilitch Tchaïkovski lui vaut une consécration qui dépasse la seule sphère instrumentale. Tchaïkovski le tient pour « le meilleur violoniste de notre époque » : Ferdinand est le premier violon lors des créations des Premier et Deuxième Quatuors à cordes du compositeur russe. Il sera également le dédicataire posthume du Troisième Quatuor, achevé en 1876 un an après la mort du musicien praguois. En janvier 1868, lors du second séjour de Berlioz à Moscou, il interprète sous la baguette du compositeur la partie de viole solo de Harold en Italie au Conservatoire de Moscou — scène d'une intensité symbolique rare, où deux générations et deux traditions musicales se rejoignent en un même geste artistique.
Ferdinand Laub meurt le 17 mars 1875 à Gries, près de Bolzano, où il avait cherché à se rétablir d'une maladie. Il laisse une œuvre de compositeur, des élèves formés à Moscou dont Stanisław Barcewicz, et un nom porté par deux générations de Laub praguois — d'Erasmus à Ferdinand — qui atteignit la postérité bien au-delà des frontières de l'Empire d'Autriche.
L'histoire de Ferdinand Laub illustre l'une des grandes valeurs que la tradition juive a toujours associée à l'émancipation : le limoud, l'étude et la formation transmise de maître à élève. Erasmus donne à Ferdinand l'occasion d'être vu ; le Conservatoire de Prague lui donne les outils ; Ferdinand, à Moscou, transmet à son tour. Cette chaîne pédagogique, discrète mais continue, est au cœur du destin Laub tel que les archives le documentent.
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Chapitre 2 : Le foyer rhénan et la migration vers l'est — des origines à la Galicie
Avant Prague, avant Erasmus, il y a une longue préhistoire dont les traces individuelles nous échappent mais dont le cadre collectif est établi. Le judaïsme ashkénaze, dont les Laub sont issus, prit forme dans les communautés rhénanes du Moyen Âge — les grandes villes de Worms, Mayence et Spire, connues dans la tradition hébraïque sous le sigle Chum (שו"ם), formèrent dès les XIe et XIIe siècles le foyer spirituel et linguistique d'où naquit la culture yiddish et, avec elle, le lexique germanique dont le mot Laub fait partie.
Ce foyer rhénan fut aussi un foyer de persécutions. Les massacres des croisades, les expulsions et les pogroms des XIVe et XVe siècles — notamment lors de la Peste noire de 1348–1349, où les Juifs furent accusés d'empoisonner les puits — poussèrent des vagues entières de familles vers l'est. La Bohême et la Moravie devinrent des terres d'étape et d'installation : Prague, qui abrita l'une des plus importantes communautés juives médiévales d'Europe, accueillit ces familles germanophones dont certaines allaient se fixer durablement, d'autres poursuivre leur chemin vers la Galicie, la Pologne ou la Hongrie.
Il serait hasardeux d'individualiser dans ce flux la trajectoire précise des ancêtres des Laub praguois : les archives personnelles manquent pour cette période. Ce qui est documenté, en revanche, c'est le cadre général de ces mouvements migratoires ashkénazes et la permanence de la langue judéo-allemande comme vecteur d'identité à travers ces déplacements. Le lexique de la nature — Baum (arbre), Blum (fleur), Laub (feuillage) — circulait dans cet espace culturel bien avant que les administrations impériales n'en fassent des patronymes officiels.
Plus à l'est, la Galicie habsbourgeoise constitua aux XVIIe et XVIIIe siècles l'une des plus grandes concentrations de population juive du monde. Des dizaines de milliers de familles y vivaient dans les shtetls et les villes, gouvernées par leurs kehillot (communautés) et leurs rabbinats, pratiquant une économie de médiateurs et de marchands entre les seigneurs polonais et les paysans slaves. C'est dans ce monde que les patronymes ornementaux allaient s'implanter, imposés ou adoptés lors des grandes campagnes de fixation des noms.
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Chapitre 3 : L'édit de Joseph II et la naissance officielle du patronyme
La transformation du mot Laub en patronyme héréditaire est un événement précisément daté : il relève des réformes des États modernes qui, entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, imposèrent aux communautés juives d'Europe centrale l'adoption de noms de famille transmissibles. L'Édit de tolérance de Joseph II, promulgué en 1782 et complété par les décrets de 1787 pour la Bohême, la Moravie et la Galicie, est le pivot de cette mutation pour les terres habsbourgeoises.
Jusqu'alors, la majorité des Juifs ashkénazes s'identifiaient par un prénom suivi de celui du père — Moïse fils de Jacob, Rivka fille d'Abraham — perpétuant un usage patronymique biblique incompatible avec les exigences du cadastre, du service militaire et de la fiscalité modernes. L'administration impériale voulait des noms stables, uniques, héréditaires. Pour les communautés juives, cette contrainte était à la fois une intrusion bureaucratique et, pour les plus assimilés, une porte vers l'émancipation civique.
Les fonctionnaires chargés de l'enregistrement disposaient d'une certaine latitude dans le choix ou la validation des noms proposés. Les répertoires d'Alexander Beider — son dictionnaire de la Galicie (2004), celui du Royaume de Pologne (1996) et celui de l'Empire russe (2008) — ainsi que le Dictionnaire des noms judéo-allemands de Lars Menk (2005) documentent cette vague de créations onomastiques, parmi lesquelles les noms tirés du vocabulaire naturel occupent une place de choix : Blum, Baum, Rosen, Grün, et Laub. Ces noms ornementaux, choisis pour leur sonorité agréable ou leur évocation poétique, étaient parfois accordés en échange de gratifications financières aux fonctionnaires enregistreurs ; les moins favorisés recevaient des noms moins flatteurs.
Pour les familles qui adoptèrent Laub, le choix ou l'attribution du mot signifiant « feuillage » créait un patronyme à la fois discret et mémorable — une feuille parmi les milliers de feuilles qui composent la forêt des noms ashkénazes. L'édit impérial ne créa pas une seule famille Laub mais, probablement, plusieurs foyers distincts ayant reçu ou choisi le même terme dans des provinces différentes : en Bohême, en Galicie, en Hongrie, en territoire allemand. C'est cette pluralité originelle qui fait du nom une histoire collective plutôt qu'une généalogie unique.
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Chapitre 4 : De Vienne à Berlin — les Laub dans l'Empire et ses marges
Le XIXe siècle est pour les Juifs d'Europe centrale un siècle paradoxal : celui de l'émancipation légale progressive et de l'intégration culturelle accélérée, mais aussi celui des résistances, des réactions antisémites et des inégalités persistantes. Les familles Laub s'inscrivent dans ce mouvement de double appartenance — à leur communauté d'origine et à la société majoritaire dont elles adoptent la langue, les codes et les aspirations.
La carrière de Ferdinand Laub en est l'illustration la plus nette : formé dans les institutions impériales viennoises, professeur dans les conservatoires prussiens, couronné à Moscou, il incarne le musicien assimilé qui réussit par le talent là où la naissance ne suffit plus à ouvrir les portes. Cette mobilité géographique — Prague, Vienne, Weimar, Berlin, Moscou — est aussi une mobilité sociale et culturelle : les Laub de Bohême ne sont plus les Juifs confinés dans le ghetto de Prague, mais des acteurs de la vie culturelle européenne.
En Hongrie, la présence documentée de familles juives portant le nom Laub s'inscrit dans le contexte de la Judenemanzipation hongroise, formellement accomplie en 1867 avec le Ausgleich austro-hongrois et la loi d'émancipation qui suivit. La communauté juive hongroise, l'une des plus nombreuses d'Europe à la fin du XIXe siècle, connut une magyarisation accélérée : beaucoup de familles traduisirent ou adaptèrent leurs noms en hongrois. Le nom Laub, transparent en allemand, pouvait se trouver confronté à cette pression d'assimilation, certains porteurs maintenant le patronyme germanique, d'autres le modifiant.
En territoire allemand, les Laub germanophones vivaient dans un espace culturellement familier mais juridiquement précaire : les restrictions sur la résidence, l'accès aux professions et la propriété foncière ne furent levées qu'au fil du XIXe siècle, et les vagues d'antisémitisme politique qui traversèrent l'Allemagne unifiée à partir de 1880 rappelèrent aux familles les plus intégrées la fragilité de leur position. Pour certains porteurs du nom, l'émigration vers les Amériques représentait une alternative à cette incertitude chronique.
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Chapitre 5 : Le nom et ses parents onomastiques — *Laub*, *Laube*, *Laubenstein*
Pour saisir pleinement la place de Laub dans le paysage des patronymes juifs d'Europe centrale, il faut l'inscrire dans sa famille onomastique. Le mot allemand Laub (feuillage, feuilles) se situe à l'intersection de deux registres lexicaux voisins. D'un côté Laub désigne la feuille végétale dans sa pluralité — la frondaison d'un arbre, le tapis de feuilles mortes d'automne, la verdure vivante du printemps. De l'autre, Laube — étymologiquement apparenté — désigne la tonnelle, la charmille, l'arcade de verdure : l'abri domestique que forment les branches entrelacées.
Ce voisinage n'est pas anodin. Dans la tradition juive, la Souccah — la cabane couverte de branchages dressée pour la fête de Souccot — est précisément cet abri végétal éphémère qui rappelle à la fois la fragilité de l'existence humaine et la protection divine accordée dans le désert. La ressemblance entre Laube et la Souccah a nourri des interprétations symboliques populaires rattachant les noms de « feuillage » à cette fête. Les répertoires onomastiques d'Alexander Beider et de Lars Menk ne confirment pas ce lien étymologique : ils ancrent sobrement le patronyme dans sa base lexicale allemande. Mais entre la lecture documentaire et la résonance symbolique, il y a un espace de mémoire que le chercheur respecte sans l'instrumentaliser.
Le nom Laub engendre par composition d'autres patronymes attestés dans les répertoires juifs. Laubenstein — littéralement « pierre de feuillage » — est décrit dans les dictionnaires d'onomastique comme un nom artificiel ashkénaze typique, associant un élément végétal (Laub ou Laube) à un minéral (Stein, pierre). Cette logique de composition — végétal plus minéral, fleur plus or, feuille plus vert — est la signature même des patronymes ornementaux forgés au tournant du XIXe siècle. Elle révèle un imaginaire poétique où la nature, domestiquée et embellie, fournit le matériau d'une identité nouvelle.
Dans les terres alsaciennes et bavaroises, la recherche onomastique a relevé le dérivé Lauber, portant en Alsace, qui peut désigner soit un habitant d'un lieu-dit lié à Laub ou Laube, soit un patronyme ornemental de même famille. Cette ramification géographique confirme que la base lexicale commune rayonnait de part et d'autre du Rhin, dans tout l'espace germanique où vivaient des communautés juives en contact avec la langue allemande.
L'ensemble de ces variantes — Laub, Laube, Lauber, Laubenstein — dessine ainsi un archipel onomastique dont le nom Laub constitue l'île centrale : le plus simple, le plus direct, le plus transparent. Un nom qui dit exactement ce qu'il dit, sans détour ni ornement supplémentaire — la feuille, simplement.
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Chapitre 6 : Émigration et rupture — les Laub face au XXe siècle
À partir des années 1880, l'Europe centrale fut traversée par plusieurs vagues d'émigration juive massive vers l'Amérique du Nord. Les pogroms russes de 1881–1884, puis ceux de 1903–1906, précipitèrent des centaines de milliers de familles ashkénazes vers les ports de Brême et de Hambourg, et de là vers Ellis Island à New York. Les porteurs du nom Laub — de Galicie, de Pologne, de Hongrie ou de Bohême — se trouvèrent pris dans ce mouvement qui reconfigurait en quelques décennies la géographie mondiale du judaïsme ashkénaze.
Aux États-Unis, le nom Laub s'implanta dans les grandes communautés immigrées de New York, de Chicago, de Philadelphie. Parfois conservé tel quel, parfois légèrement adapté à la phonétique anglophone, il perpétua la mémoire d'un foyer centre-européen dont les descendants américains allaient progressivement s'éloigner. Les listes d'émigrants, les registres d'Ellis Island et les recensements américains du début du XXe siècle conservent des traces de ces arrivées — une documentation fragmentaire mais réelle, que les généalogistes peuvent aujourd'hui reconstituer en partie grâce aux bases de données en ligne.
La catastrophe de la Shoah frappa de plein fouet les communautés où le nom Laub s'était enraciné. La Bohême et la Moravie, annexées en 1939, virent leurs Juifs déportés massivement à partir de 1941 — d'abord vers le ghetto de Theresienstadt, puis vers les camps d'extermination de Pologne. La Galicie, partagée entre la Pologne et l'Ukraine soviétique, fut le théâtre de massacres de masse dès 1941–1942. La Hongrie, dont la communauté juive avait longtemps bénéficié d'une relative protection, fut soumise à la déportation en 1944 : en moins de deux mois, plus de quatre cent mille Juifs hongrois furent envoyés à Auschwitz-Birkenau. Pour les familles Laub qui n'avaient pas émigré avant-guerre, ces années représentèrent une rupture souvent définitive.
Ceux qui survécurent en Europe ou qui y revinrent après 1945 se trouvèrent dans des communautés décimées, des patrimoines confisqués, des mémoires en lambeaux. Certains gagnèrent la Palestine mandataire puis l'État d'Israël, proclamé en 1948, où le nom Laub put s'inscrire dans les registres d'un nouvel État-nation juif. D'autres restèrent en Allemagne fédérale ou en Autriche, témoins d'une présence ashkénaze renaissant timidement sur les cendres d'une catastrophe sans précédent.
Le nom Laub porte ainsi, dans ses ramifications contemporaines, la double cicatrice de l'émigration et de la Shoah : arraché à ses terres d'Europe centrale, replanté sur d'autres continents, il survit comme un fil tendu entre la mémoire d'un monde englouti et la vie des descendants qui en héritent.
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Chapitre 7 : Israël, Amérique, diaspora — le nom aujourd'hui
Les porteurs contemporains du patronyme Laub se trouvent principalement en Israël, aux États-Unis, en Allemagne et dans d'autres pays d'Europe occidentale. Cette géographie est directement lisible dans l'histoire du XXe siècle : les émigrants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont constitué le foyer américain ; les survivants de la Shoah et leurs descendants ont alimenté le foyer israélien ; quelques familles restées ou revenues en Europe représentent la continuité fragile du foyer originel.
En Israël, l'intégration des immigrants ashkénazes donna lieu à diverses formes d'adaptation identitaire. Certains porteurs du nom le conservèrent sans modification, Laub étant phonétiquement simple à prononcer aussi bien en hébreu qu'en allemand. D'autres l'hébraïsèrent — la traduction littérale de « feuillage » en hébreu, 'aleh (עלה) ou 'alim (עלים), donnant naissance à des patronymes hébraïques portant le même sens. Cette hébraïsation des noms ashkénazes, encouragée par l'idéologie sioniste du renouveau national, fut une pratique courante dans les premières décennies de l'État — mais non universelle : de nombreuses familles maintinrent le patronyme de la diaspora comme marque de mémoire.
Aux États-Unis, les descendants des Laub immigrés s'inscrivirent progressivement dans le tissu social américain, adoptant l'anglais comme langue première et intégrant les institutions communautaires juives américaines — synagogues, écoles hébraïques, organisations de bienfaisance — qui constituaient le réseau d'appartenance de la génération des immigrants. Le patronyme Laub, phonétiquement simple et non marqué pour une oreille anglophone, ne subissait pas la pression à l'anglicisation que connaissaient des noms plus complexes.
Ce que ces trajectoires contemporaines révèlent, c'est la résilience particulière des patronymes ornementaux : parce qu'ils ne sont pas liés à un métier, à un lieu ou à un ancêtre éponyme, ils traversent les ruptures identitaires avec une relative facilité. Le nom Laub peut vivre en hébreu comme en anglais, en allemand comme en français, sans perdre sa lisibilité. C'est peut-être là sa vertu ultime : léger comme la feuille, il voyage sans se briser.
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Les grandes figures
Ferdinand Laub (19 janvier 1832 – 17 mars 1875) — violoniste et compositeur tchèque, né à Prague dans une famille germano-bohémienne assimilée à la communauté tchèque. Après une formation au Conservatoire de Prague et une carrière de virtuose à Vienne, Weimar et Berlin (professeur au Stern Conservatoire de 1855 à 1862), il occupe la chaire de violon du Conservatoire de Moscou de 1866 à 1874. Tchaïkovski le tient pour « le meilleur violoniste de notre époque » : il est le premier violon des créations des Premier et Deuxième Quatuors à cordes de Tchaïkovski et le dédicataire posthume du Troisième. En janvier 1868, il interprète sous la baguette de Berlioz la partie de viole solo de Harold en Italie. Il meurt à Gries, près de Bolzano, en 1875, laissant une œuvre de compositeur et une lignée pédagogique dont Stanisław Barcewicz.
Erasmus Laub (1794 – 1865) — père de Ferdinand Laub, figure de la bourgeoisie musicale germano-bohémienne de Prague dans la première moitié du XIXe siècle. Ses dates précises de naissance et de décès sont connues grâce aux sources biographiques consacrées à son fils. C'est lui qui organise la première apparition publique de Ferdinand à l'âge de six ans, acte fondateur qui révèle à la fois son sens du talent et son inscription dans un milieu culturellement ouvert. Sa trajectoire illustre la situation des familles Laub de Bohême au tournant de l'émancipation : mobilité entre langues, intégration culturelle, investissement dans l'éducation comme vecteur d'ascension. Il représente le chaînon entre les Laub anonymes des générations précédentes et le rayonnement international que Ferdinand allait incarner.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, le patronyme Laub apparaît comme bien davantage que l'étymologie d'un mot signifiant feuillage : il est le reflet concentré d'une histoire ashkénaze pluriséculaire, de la Rhénanie médiévale aux rives américaines et israéliennes, en passant par la Bohême des Habsbourg, les shtetls de Galicie et les conservatoires de Berlin et de Moscou.
Ce que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimé est peut-être la vertu du limoud transmis — l'éducation comme outil d'émancipation et chaîne de transmission entre générations. Erasmus donnant à Ferdinand l'occasion d'être entendu ; Ferdinand formant à Moscou des générations d'élèves ; le nom lui-même passant de main en main, de génération en génération, à travers les révolutions administratives, les exils et les catastrophes. La tradition juive a toujours fait du savoir transmis — de maître à disciple, de père à fils — le fondement de la continuité du peuple. Dans la lignée Laub, ce principe s'incarne non dans la sphère talmudique mais dans celle de la musique et de la formation artistique : une expression différente de la même fidélité à la chaîne des générations.
La survivance du nom au XXe siècle, malgré la Shoah et les émigrations forcées, témoigne d'une autre valeur chère à la tradition juive : la mémoire comme acte de résistance. Zakhor — « Souviens-toi » — n'est pas seulement une injonction liturgique ; c'est le geste quotidien par lequel les porteurs d'un nom maintiennent vivant un lien avec ceux qui les ont précédés. Que le patronyme Laub se dise aujourd'hui en hébreu à Tel-Aviv, en anglais à New York ou en allemand à Berlin, il porte en lui cette mémoire d'un monde qui fut et qui, à travers lui, continue d'exister.
Le nom Laub reste, en définitive, une feuille du grand arbre de la diaspora ashkénaze — modeste dans sa graphie, gracieuse dans son évocation, et chargée de la longue histoire d'un peuple qui, de Worms à Prague, de Cracovie à Moscou et de Hambourg à New York, sut faire d'un simple mot de nature le sceau d'une identité qui traversa tous les exils.
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参考文献
- A. Beider ; L. Menk, Dictionnaires des patronymes juifs d'Europe de l'Est (Beider : Empire russe 2008, Royaume de Pologne 1996, Galicie 2004) et judéo-allemands (Menk 2005), Avotaynu