Finzi 家族
פינצי
Finzi 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
古老的意大利犹太家族,自 13 世纪在 Toscane 有记载。培养过拉比、银行家、医生和音乐家。作曲家 Gerald Finzi(1901-1956)是该分支的后代。因 Bassani 1962 年的小说《The Garden of the Finzi-Continis》而享誉世界。
地理来源: Italie (Toscane, Ferrare)
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家族系谱地图
大书 — Finzi
Introduction
À Padoue, en 1369, un homme du nom de Musetino di Ancona obtint l'autorisation d'ouvrir le premier bureau de prêt sur gages juif de la ville. Cet acte fondateur, consigné dans les archives padouanes, est la première trace documentée des Finzi dans un registre public datée avec précision. Ce que l'archive établit avec netteté, ce n'est pas d'abord l'origine du mot, mais ce que des hommes ont fait avec ce nom : l'ont transmis, l'ont inscrit dans des contrats, l'ont porté d'une cité à l'autre, d'une génération à l'autre, pendant plus de sept siècles.
Car le nom Finzi compte parmi les plus anciens et les plus continûment attestés de la judéité italienne. De Padoue à Mantoue, de Ferrare à Florence, de Crémone à Rome et d'Ancône jusqu'aux rivages méditerranéens, il désigne moins une famille unique qu'une vaste constellation lignagère dont les ramifications ont irrigué la péninsule tout entière avant d'essaimer vers l'Empire ottoman, l'Europe du Nord et, au XXe siècle, l'Angleterre et les États-Unis. La présence du patronyme dans les registres fiscaux, les actes notariés, les colophons de manuscrits hébraïques et les délibérations rabbiniques dès le bas Moyen Âge en fait l'un des cas les mieux documentés de continuité familiale au sein de la diaspora italienne, où l'usage des noms de famille fixes apparut plus précocement que dans la plupart des autres communautés juives d'Europe.
L'objet de cet ouvrage est de retracer cette trajectoire en distinguant, à chaque étape, ce que l'on tient de l'archive de ce que l'on reçoit de la tradition — et ce que le roman et la mémoire collective ont, au XXe siècle, ajouté à l'histoire de ce nom devenu, par la grâce d'une œuvre littéraire, un symbole universel. Cette histoire familiale ne se réduit pas à une suite de dates et de migrations : elle est aussi une histoire de valeurs portées, parfois incarnées avec éclat, parfois simplement vécues dans le silence du quotidien communautaire.
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Chapitre 1 : Padoue, 1369 — la fondation d'une lignée
Tout commence avec un acte économique. En 1369, Musetino di Ancona — dont le patronyme se rattachait à la ville portuaire où sa branche avait pris racine — obtint l'autorisation d'ouvrir le premier bureau de prêt sur gages juif de Padoue, en compagnie de ses fils Emanuel, Solomon et Cajo. Cet acte n'est pas un geste isolé : il s'inscrit dans une vaste économie du crédit que les cités-États italiennes avaient appris à confier aux juifs, tenus à l'écart de la plupart des autres métiers mais autorisés — et parfois explicitement invités — à pratiquer le prêt. La condotta, convention contractuelle passée entre une municipalité et un banquier juif, définissait les conditions de cette tolérance : droits à payer, taux autorisés, délais de résidence. Musetino et ses fils acquirent également des biens immobiliers à Padoue en 1380, signe que leur installation n'était pas provisoire mais constituait un véritable ancrage.
Parmi ces fils, Cajo retient particulièrement l'attention. Un document de 1389 le qualifie de magister gayus, désignation qui implique une reconnaissance de son statut intellectuel, non pas seulement de sa réussite économique. Il est sans doute identifiable à l'Isaac ben Moses Finzi qui représenta sa communauté au congrès juif de Bologne en 1416 — un rassemblement de délégués des communautés juives italiennes destiné à coordonner les réponses collectives aux pressions des autorités. Représenter sa communauté dans une telle assemblée est déjà un geste d'implication dans la vie collective, une forme précoce de ce que la tradition désigne comme arevut : la responsabilité mutuelle, le fait que chaque juif répond de l'autre.
La branche padouane conservait précieusement un manuscrit de la Bible ayant appartenu à Solomon, fils de Musetino, qui contenait la généalogie de la famille Finzi. Ce Codex Asher (n° 2) circula de main en main : à la mort de Solomon en 1421, il passa à son fils Abraham (mort en 1446), puis au fils d'Abraham, Mordecai, médecin à Mantoue. Ce manuscrit généalogique est lui-même un acte de mémoire : le transmettre, c'est accomplir le commandement de zachor — souviens-toi — bien avant que les catastrophes du XXe siècle donnent à ce commandement toute sa gravité.
La présence des Finzi à Padoue est aussi à replacer dans le contexte intellectuel de la ville : son université, qui ouvrit progressivement ses portes aux étudiants juifs désirant étudier la médecine alors que la plupart des universités européennes leur fermaient les leurs, forma plusieurs générations de savants juifs italiens. Ce contexte padouan d'ouverture aux savoirs explique en partie pourquoi la génération suivante des Finzi ne resta pas cantonnée au prêt sur gages mais franchit rapidement le seuil de l'érudition.
Cette première phase padouane établit ainsi les fondations d'une lignée qui se distinguera bientôt dans des domaines bien au-delà du prêt sur gages. La banque était le début, non la fin.
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Chapitre 2 : Mordecai Finzi de Mantoue — astronome, mathématicien, médecin (XVe siècle)
La figure intellectuelle la plus remarquable de toute la lignée est, sans conteste, Mordecai ben Abraham Finzi, né vers 1407 et mort à Mantoue en 1476. Petit-fils de Solomon, fils d'Abraham et héritier du codex généalogique familial, il accomplit en une seule vie la synthèse de tout ce que la Renaissance juive italienne pouvait produire d'exceptionnel : médecin praticien, astronome auteur de tables de référence, mathématicien traducteur et grammairien, il est en outre attesté comme banquier — homme d'affaires dans la journée, savant dans les heures que le livre lui laissait.
Mantoue, sous la protection des Gonzague, offrait alors à ses juifs une tolérance relative et un accès aux cercles intellectuels de la cour. C'est dans ce milieu que Mordecai Finzi élabora ses Luḥot, tables astronomiques publiées sous le titre Tabulæ Longitudinis Dierum avant 1480. Ces tables, destinées à calculer la durée du jour selon les latitudes et les saisons, répondaient à des besoins pratiques — le calendrier hébreu, la fixation des fêtes, les horaires de prière — autant qu'à la curiosité proprement scientifique que la tradition juive médiévale n'a jamais séparée de l'obligation religieuse : comprendre les astres, c'est comprendre l'ordre de la création.
Mais l'apport de Mordecai Finzi à la science hébraïque ne s'arrête pas là. Il traduisit en hébreu le Livre d'algèbre d'Abu Kamil, mathématicien arabe du IXe–Xe siècle, sous le titre Taḥbulat ha-Mispar. Abu Kamil, successeur d'al-Khwarizmi, avait développé une algèbre des polynômes dont les méthodes allaient influencer les mathématiciens européens pour des siècles. En portant ce savoir en langue hébraïque, Mordecai Finzi permettait à des lecteurs qui ne maîtrisaient ni l'arabe ni le latin d'accéder à l'une des traditions mathématiques les plus avancées de son temps. Il traduisit également un traité de géométrie sous le titre Ḥokmat ha-Medidah, élargissant encore l'éventail des disciplines qu'il rendait accessibles en hébreu.
À ces travaux de traduction s'ajoutent des gloses à la grammaire hébraïque Ḥesheb ha-Efod du grammairien Profiat Duran dit Efodi, signe que Mordecai Finzi portait aussi attention à la langue elle-même — à la précision du mot hébreu, à la grammaire comme instrument de la compréhension des textes sacrés. Il faut noter que Joseph Sarka, élève d'Efodi, fut accueilli avec hospitalité par les Finzi à Mantoue, ce qui dit le rayonnement de la maison et la pratique de l'hakhnasat orhim — l'hospitalité envers l'étranger et le voyageur du savoir. On lui attribue enfin un commentaire sur la section talmudique Seder Mo'ed, dont Judah ben Moses Finzi rédigea un commentaire à Ferrare en 1457, ce qui témoigne de la circulation et de l'influence de son œuvre dans les milieux rabbiniques contemporains.
Sa bibliothèque comptait environ deux cents codices — un chiffre considérable pour l'époque — et ses manuscrits sont aujourd'hui conservés dans plusieurs bibliothèques européennes, notamment à Turin, répertoriés par l'Institute of Microfilmed Hebrew Manuscripts de Jérusalem. Cette bibliothèque n'était pas un trésor privé jalousement gardé : elle était un outil de travail intellectuel intense, et les prêts de manuscrits entre savants, les copies commandées et les échanges de gloses formaient un réseau vivant d'érudition dont Mordecai Finzi était l'un des nœuds. À travers lui, les traditions scientifiques arabe, latine et hébraïque se croisaient, se répondaient, se fécondaient mutuellement.
Cette coexistence — la plume et le livre de comptes, la réflexion astronomique et la gestion du prêt — est caractéristique d'une élite juive italienne pour laquelle le commerce n'exclut pas l'érudition et l'érudition ne dispense pas du commerce. Mordecai Finzi incarne avec une particulière netteté la vertu que la tradition juive nomme Torah lishmah — l'étude pour elle-même — mais dans une version qui n'exclut pas le monde : l'étude s'ouvre sur la science des nations, la traduction devient un pont, le savoir devient un bien partagé. Pour ceux qui souhaitent approfondir la vie intellectuelle et communautaire de la cité dans laquelle Mordecai Finzi vécut et œuvra, on pourra se reporter au Grand Livre — Mantoue, qui retrace l'histoire de cette ville dans toute sa densité.
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Chapitre 3 : Rabbins, talmudistes et prédicateurs — la vocation intellectuelle des Finzi (XVe–XVIIIe siècles)
L'œuvre de Mordecai Finzi ne fut pas un accident isolé dans l'histoire de la lignée. Elle s'inscrit dans une tradition de vocation intellectuelle et rabbinique qui se déploie sur plusieurs siècles, à travers des figures dont les sources documentent l'activité avec une précision remarquable.
La branche dite Da Recanati des Finzi offre dès le XVe siècle des personnalités remarquables. Abraham ben Foa Finzi, d'Ancône, fait en 1455 copier le traité Libnat ha-Safir par Messer Leon, rabbin à Mantoue — un acte qui dit à la fois son réseau intellectuel et sa volonté de faire circuler les textes. Jacob ben Menahem Finzi fut le maître de Gedaliah ibn Yaḥya, auteur de la Shalshelet ha-Kabbala, chaîne de tradition kabbalistique et historique dont l'influence s'étendit à toute la judéité savante du XVIe siècle. Jacob Israel ben Raphael Finzi exerça le rabbinat à Pesaro de 1540 à 1560, entretenant une correspondance avec Moses Provençal et Nathaniel Trabotti, et s'engagea dans la controverse critique avec Azariah del Rossi sur des points de chronologie — débat que del Rossi se crut tenu de défendre dans son Ma'amar Tsedeq Olamim. Que la position d'un Finzi ait contraint un penseur de l'envergure d'Azariah del Rossi à prendre la plume pour se justifier dit quelque chose du poids intellectuel que ce rabbinat portait.
Au tournant du XVIe siècle, Solomon ben Eliakim Finzi illustre une autre facette de cette vocation savante. Rabbin d'abord à Forlì (1536) puis à Bologne (1552), il rédigea un important travail méthodologique sur le Talmud, le Maftéaḥ ha-Gemara, publié à Venise en 1622, soit après sa mort, et assez considéré pour être réédité en 1697 à Helmstedt avec une traduction latine et des notes de C. H. Ritmeier, puis à nouveau dans la Clavis Talmudica Maxima (Hanau, 1714 et 1740). Cette triple édition, portant le texte d'un rabbin Finzi dans l'orbite des milieux érudits chrétiens de l'Europe du Nord, dit à quel point la pensée talmudique de la famille avait acquis une portée dépassant les frontières communautaires.
Hananiah Finzi ben Solomon, de Gazuolo près de Mantoue, cumula les vocations : rabbin, poète, et copropriétaire en 1587 d'une imprimerie à Venise qui publia la seconde partie du Maḥzor Romi, le rite romain de la prière. Ce n'est pas un détail : l'imprimerie hébraïque du XVIe siècle est le vecteur principal de la transmission de la liturgie, du droit rabbinique et de la pensée juive à l'ensemble de la diaspora. Être partie prenante d'un tel atelier, c'est participer directement à ce que la tradition appelle mesorah — la transmission — dans sa dimension la plus matérielle et la plus efficace. Ses poèmes, conservés dans le recueil Kenaf Renanim, témoignent d'une sensibilité littéraire que le milieu mantouan cultivait avec soin.
Parmi les talmudistes qui honorent le nom Finzi figure également Ḥézéqiah ben Benjamin Finzi de Ferrare, qualifié dans les sources de l'époque comme l'un des plus grands talmudistes de son temps. Sa stature était telle qu'il compta parmi ses élèves Leon da Modena, l'une des figures les plus brillantes et les plus controversées de la culture juive vénitienne du début du XVIIe siècle — prédicateur, poète, historien et critique. Qu'un Finzi ait été le maître de Leon da Modena dit clairement que l'autorité rabbinique de la branche ferraraise était reconnue au-delà de la seule communauté locale.
Au XVIIe siècle, Gur Aryeh ha-Levi Finzi exerça le rabbinat à Mantoue en 1665. Son œuvre principale consiste en un remarquable commentaire sur le Choulhan Aroukh — le code de droit rabbinique rédigé par Joseph Karo au XVIe siècle et devenu le référentiel normatif du judaïsme ashkénaze comme séfarade. Ce commentaire fut publié à Mantoue entre 1721 et 1723 par son grand-neveu, Gur Aryeh ben Benjamin Finzi (mort en 1754) — et non par un petit-fils, comme on l'a parfois écrit, la distance générationnelle entre le rabbinat mantouan de 1665 et la publication de 1721 s'expliquant par ce lien collatéral et non direct. Ce soin apporté par une génération suivante à préserver et diffuser l'œuvre d'un aïeul est lui-même une forme de mesorah — la chaîne de transmission — vécue comme obligation familiale autant que religieuse.
À Ferrare, Samuel Sar Shalom Finzi (mort en 1791), élève du grand talmudiste Isaac Lampronti, fut rabbin et prédicateur fameux dont les sermons — conservés en manuscrit sous le titre Imre Emet (Paroles de vérité) — attiraient des auditoires mêlant juifs et chrétiens curieux d'entendre une voix rabbinique s'adresser au monde avec la force d'une conviction sans fanatisme. Alessandro (Elisha) Michael Finzi, également élève de Lampronti, fut en 1721 secrétaire de l'académie rabbinique de Ferrare, institution intellectuelle au cœur de la vie juive ferraraise du XVIIIe siècle.
La branche Da Arezzo, identifiée principalement avec Ferrare, compte parmi ses membres Joab Emanuel et son cousin David Finzi, qui fit copier en 1477 un manuscrit (MS. Bodl. n° 2183). À Bologne, Abraham Raphael Finzi fut promoteur de la littérature hébraïque, faisant copier ou acquérir plusieurs manuscrits importants (n° 1229 d'Oxford, MS. De Rossi n° 1418, Codex Benzion 18 en 1449), constituant ainsi, avec ses pairs, le réseau de collectionneurs et de mécènes sans lequel la culture hébraïque médiévale n'aurait pas survécu aux siècles de ghetto.
Cette longue théorie de rabbins, prédicateurs, copistes, imprimeurs et érudits dit quelque chose d'essentiel sur la lignée Finzi : le rapport à l'étude et à la transmission n'y est pas l'apanage d'un individu exceptionnel, mais une disposition familiale, presque un héritage professionnel, transmis de génération en génération avec la même constance que les banques et les brevets de condotta.
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Chapitre 4 : Dispersion, ghettos et persistance — Ferrare, Crémone et l'espace du nom (XVIe–XVIIIe siècles)
Le tournant de la Contre-Réforme assombrit durablement la condition des juifs d'Italie. La bulle Cum nimis absurdum de Paul IV (1555) institua le ghetto romain et inaugura une politique de réclusion, de signes distinctifs et de restrictions économiques qui se diffusa dans une grande partie de la péninsule. Les Finzi, comme l'ensemble des familles juives, furent contraints de résider dans les quartiers clos qui se multiplièrent à Ferrare, Mantoue, Venise et ailleurs.
Ancône, ville portuaire pontificale où le nom avait pris racine, fut le théâtre en 1556 d'un événement brutal : les bûchers de marranes ordonnés par Paul IV, qui firent périr des judéo-conversos revenus au judaïsme ouvert. Cet événement suscita dans les communautés juives du bassin méditerranéen des réactions indignées, et des appels au boycott du port d'Ancône circulèrent, attribués par certaines sources à l'initiative de Doña Gracia Nasi et de la diaspora séfarade installée dans l'Empire ottoman. L'implication directe du duc de Ferrare Ercole II d'Este dans l'organisation de ce boycott, parfois avancée dans la littérature, reste un point discuté que les historiens n'ont pas tranché uniformément ; on la mentionnera donc avec la prudence qui convient à toute assertion non définitivement établie. Ce qui est certain, c'est que la violence pontificale d'Ancône rappelle que la tolérance des États italiens était fragile, révocable, dépendante des équilibres politiques et religieux du moment.
La géographie des Finzi s'étend pourtant, dans cette période difficile, bien au-delà des cités déjà fréquentées. Crémone, ville lombarde sur le Pô, abrita une communauté juive avec banques et synagogue documentées du XIIIe au XVIIIe siècle. Sous la juridiction successive des Visconti, des Sforza puis des Habsbourg d'Espagne, la communauté crémonaise fut à plusieurs reprises menacée, expulsée, puis réinstallée selon les besoins financiers de la seigneurie. Des Finzi y sont attestés vers 1586, dans le contexte d'une académie talmudique dont la tradition fait une souche des branches de Ferrare et de Toscane : une précision qui illustre comment les réseaux intellectuels et familiaux se superposaient.
Ferrare fut, pour la branche principale, la ville de l'enracinement durable. Sous les Este, les juifs ferrarais avaient bénéficié d'une protection princière qui permit l'accueil des réfugiés ibériques après 1492 et une floraison intellectuelle exceptionnelle : Abraham Usque y publia en 1555 la Bible de Ferrare, traduction en judéo-espagnol destinée aux marranes cherchant à reprendre un judaïsme ouvert. Les Finzi, insérés dans ces réseaux depuis des générations, furent probablement en contact avec cette culture du livre imprimé qui ne se séparait jamais, dans la conscience juive de l'époque, de l'obligation d'étude.
La concentration dans les ghettos paradoxalement renforça les solidarités lignagères et la transmission des patronymes, fixant pour des siècles la présence des Finzi dans des villes comme Ferrare et Mantoue. Les registres des confréries (hevrot) de Ferrare et de Mantoue mentionnent des Finzi parmi leurs membres et parfois parmi leurs dirigeants — ces confréries de bienfaisance, sociétés d'étude et caisses de secours constituant dans l'espace du ghetto la trame vivante de la solidarité communautaire. La tsedaka — la justice et la charité confondues en un seul mot hébreu — n'était pas dans ce contexte une vertu abstraite mais une pratique quotidienne, inscrite dans des registres, portée par des noms.
Florence représente une autre étape de ce parcours. La branche florentine de la lignée remonte à Yehiel ben Abraham Finzi, rabbin à Florence vers 1660 selon la Jewish Encyclopedia, dont les responsa sont conservés en manuscrit. Sa présence dans la cité de l'Arno — foyer juif de la Renaissance médicéenne et siège d'une grande synagogue inaugurée en 1882 — témoigne de l'implantation des Finzi dans la Toscane, même si la documentation précise sur ce personnage reste fragmentaire et ne permet pas d'affirmer un enracinement aussi ancien que dans les cités padouane ou mantouane.
La période vit aussi se diversifier la diaspora du nom au-delà de l'Italie : des porteurs du patronyme Finzi sont attestés dans le bassin méditerranéen et l'Empire ottoman, où s'étaient réfugiés nombre de juifs italiens et séfarades, ainsi que dans les Balkans et à Jérusalem. Cette extension géographique explique que le nom Finzi se rencontre aujourd'hui dans des communautés aussi éloignées que celles d'Afrique du Nord et du Levant. La continuité du nom, à travers expulsions, ségrégation et migrations, illustre la résilience d'une identité familiale et confessionnelle — une résilience qui n'est pas stoïcisme passif mais volonté active de ne pas disparaître.
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Chapitre 5 : Isaac Raphael Finzi, Giuseppe Finzi et le siècle de l'émancipation (XVIIIe–XIXe siècles)
L'émancipation des juifs italiens ne fut pas un événement soudain mais le fruit d'une longue maturation, dont les premières lueurs républicaines napoléoniennes donnèrent en Italie du Nord un avant-goût aussi bref qu'intense. C'est dans ce contexte que la figure d'Isaac Raphael ben Elisha Michael Finzi prend toute son importance.
Né à Ferrare en 1728 et mort à Padoue en 1813, Isaac Raphael Finzi fut l'un des prédicateurs juifs les plus célèbres de son temps. Ce qui distingue son éloquence est un détail significatif : des chrétiens venaient régulièrement l'écouter prêcher. En une époque où les murs du ghetto séparaient encore physiquement les deux mondes, cette porosité — un rabbin dont la parole traverse les frontières confessionnelles — dit quelque chose d'une conception du judaïsme ouverte sur l'universel. Isaac Raphael Finzi ne le faisait pas par prosélytisme mais par la seule force d'une parole capable de toucher au-delà de sa communauté d'origine. La lignée ferraraise avait déjà, avec Samuel Sar Shalom, cultivé cette capacité de dialogue : Isaac Raphael en fut l'héritier le plus accompli.
En 1806, Napoléon convoqua à Paris un Sanhédrin — assemblée délibérative de rabbins et de notables juifs destinée à répondre officiellement à des questions sur la compatibilité entre la Loi juive et les exigences de la citoyenneté française. Isaac Raphael Finzi en fut membre et, plus encore, vice-président. Cette position n'était pas honorifique : elle engageait le représentant dans des débats théologiques et juridiques d'une portée considérable, dont les réponses allaient définir, pour une génération, les termes du rapport entre halakha et droit civil. Qu'un Finzi — héritier de la longue tradition rabbinique de sa famille, descendant du rabbinat ferrarais — se trouve au cœur de cette assemblée dit à quel point le nom avait accumulé, au fil des siècles, un capital d'autorité intellectuelle et morale reconnu bien au-delà des frontières italiennes.
La génération suivante connut l'émancipation parachevée par le Risorgimento, et avec elle une tentation nouvelle : celle de l'engagement civique total, de l'identité italienne portée avec autant d'ardeur que l'identité juive. C'est l'histoire de Giuseppe Finzi (1815–1886), né à Rivarolo Fuori dans la province de Mantoue, patriote, révolutionnaire et parlementaire. Étudiant à Padoue à dix-sept ans, il rejoignit dès 1834 la Giovane Italia de Mazzini. En 1844, il rencontra Mazzini à Londres et fut chargé de la propagande nationaliste en Suisse et en Lombardie.
En 1848, Giuseppe Finzi se battit derrière les barricades des cinque giornate de Milan. Après la défaite de Novara, il organisa un régiment de bersaglieri mantouan, combattit contre les troupes pontificales à Rome, fut arrêté par un tribunal militaire autrichien à Mantoue et condamné à dix-huit ans de prison — peine dont il ne purga qu'une partie grâce à l'amnistie de 1856. Libéré, il devint l'un des confidents de Garibaldi, fut chargé de rassembler et de gérer les fonds de l'expédition des Mille en Sicile, puis tenta de préparer le terrain à Naples pour l'entrée de Garibaldi. Après l'unification, il fut nommé commissaire royal pour la province de Mantoue et siégea pendant vingt-cinq ans à la Chambre des députés.
Le parcours de Giuseppe Finzi est celui d'un homme pour qui l'engagement dans la chose publique n'était pas séparable de ses convictions morales les plus profondes. Issu d'une famille dont le rabbinat et l'érudition avaient constitué les piliers, il transféra vers la politique nationale cette même exigence d'implication totale, cette même conviction que l'on répond de ses contemporains. Sa présence parmi les proches de Mazzini et de Garibaldi, dans l'un des moments fondateurs de l'histoire italienne, inscrit le nom Finzi dans la grande histoire du XIXe siècle avec une clarté que peu de familles juives italiennes peuvent revendiquer. Il y avait là une forme de tikkun olam — la réparation du monde — traduite en actes civiques concrets : participer à la construction d'un État de droit constituait bien, pour un juif du XIXe siècle, une manière d'accomplir cette exigence millénaire.
L'émancipation fut ainsi vécue par les Finzi de ce siècle à deux niveaux : celui, institutionnel et rabbinique, d'Isaac Raphael au Sanhédrin de Paris ; celui, révolutionnaire et civique, de Giuseppe sur les barricades de Milan. Ces deux modes d'engagement expriment la même conviction que la tradition juive a portée depuis Hillel : on ne peut pas s'abstraire du monde, on n'a pas le droit de rester spectateur quand la justice est en jeu.
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Chapitre 6 : La branche anglaise — Gerald Finzi, compositeur (1901–1956)
L'émancipation et la dispersion européenne du XIXe siècle portèrent certaines branches de la famille au-delà des frontières italiennes. Des Finzi d'origine italienne s'établirent en Angleterre, s'engageant dans le négoce, et c'est de cette branche insulaire que naquit, le 14 juillet 1901 à Londres, le compositeur Gerald Raphael Finzi. Son père, John Abraham Finzi, était d'ascendance juive italienne ; sa mère, Eliza Emma Leverson, était d'ascendance juive allemande. De cette double origine, Gerald Finzi tira un tempérament que ses contemporains qualifièrent de résolument anglais dans ses préoccupations artistiques, sans que cette anglicité réelle efface les traces d'une histoire familiale plus ancienne et plus complexe.
Gerald Finzi (1901–1956) est principalement célèbre pour ses mélodies sur des poèmes de Thomas Hardy, pour son Dies Natalis d'après Thomas Traherne, pour son Clarinet Concerto et pour ses œuvres chorales, où s'exprime un lyrisme pastoral profondément ancré dans la tradition anglaise. Son œuvre est une méditation sur la durée, la mémoire et la fragilité des choses : des thèmes qui, replacés dans la longue histoire de sa lignée, résonnent autrement que comme de simples topoi romantiques.
Le rattachement de Gerald Finzi à l'ancienne lignée juive italienne relève de l'intersection entre tradition familiale et documentation : si l'origine juive italienne du patronyme est établie et si la judéité de ses ascendants directs est attestée, l'affirmation d'une filiation continue remontant aux Finzi médiévaux de Padoue reste plausible sans être démontrée acte par acte. Le compositeur lui-même, élevé dans un milieu largement détaché de la pratique religieuse — il se définissait comme agnostique — incarne le destin sécularisé de tant de familles juives européennes au seuil du XXe siècle.
On ne saurait cependant réduire Gerald Finzi à ce destin de la désaffiliation. Les vertus qui traversent la longue histoire de sa lignée — le soin apporté à la transmission, le respect du travail bien fait, la sensibilité à la beauté formelle — trouvèrent en lui une expression nouvelle, déplacée du cadre religieux vers celui de l'art. Gerald Finzi ne composa pas de musique liturgique hébraïque, mais il mit en musique des poètes avec une fidélité scrupuleuse à leur texte, un souci de ne pas trahir la parole de l'autre, qui n'est pas sans résonance avec la manière dont les copistes de manuscrits hébraïques de sa lignée traitaient les textes qu'ils transmettaient.
Gerald Finzi fut par ailleurs un homme généreux dans sa vie professionnelle : il contribua à la redécouverte de compositeurs anglais oubliés du XVIIIe siècle, soutint des musiciens comme le poète-compositeur Ivor Gurney — qui avait été gazé pendant la Première Guerre mondiale et passé les quinze dernières années de sa vie dans un établissement psychiatrique —, favorisa les jeunes musiciens et s'impliqua dans la vie musicale de son époque avec un désintéressement que ses contemporains notèrent. Ces gestes — identifier un talent, lui ouvrir une porte, préserver une œuvre menacée d'oubli — participent de la même éthique que la tsedaka appliquée au domaine culturel : donner non pour être remercié, mais parce que l'œuvre humaine mérite d'être préservée et partagée. C'est, au fond, ce que Mordecai Finzi faisait cinq siècles plus tôt en traduisant l'algèbre d'Abu Kamil : rendre accessible ce qui risquait de rester inaccessible, transmettre ce qui risquait de se perdre.
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Chapitre 7 : La Shoah et le nom — de la persécution à la mémoire littéraire (XXe siècle)
Le XXe siècle apporta à la judéité italienne, et donc aux Finzi demeurés en Italie, l'épreuve des lois raciales et de la déportation. Les leggi razziali promulguées par le régime fasciste à partir de 1938 excluèrent les juifs de l'école publique, de l'université, de l'armée et de nombreuses professions, brisant des décennies d'intégration. Des familles qui avaient servi dans l'armée italienne lors de la Grande Guerre, dont certains membres avaient combattu pour l'unité nationale dès le Risorgimento — comme Giuseppe Finzi l'avait fait une génération avant eux —, se trouvèrent soudain déclarées étrangères à la nation qu'elles avaient contribué à bâtir.
Après l'occupation allemande de septembre 1943, la persécution bascula dans la déportation et l'extermination : environ sept à huit mille juifs d'Italie furent déportés, dans leur grande majorité vers Auschwitz, et la plupart assassinés. Les communautés de Ferrare, de Mantoue et des autres villes où les Finzi étaient enracinés depuis des siècles furent frappées. Le recensement nominatif établi par Liliana Picciotto dans Il libro della memoria recense les noms des déportés juifs d'Italie, et le patronyme Finzi y figure parmi les familles touchées.
La mémoire de cette destruction se cristallisa autour du nom Finzi grâce à une œuvre littéraire. En 1962 parut Il giardino dei Finzi-Contini (Le Jardin des Finzi-Contini), roman de l'écrivain ferrarais Giorgio Bassani, lui-même issu de la communauté juive de Ferrare. L'œuvre raconte le destin d'une famille juive aristocratique fictive de Ferrare, les Finzi-Contini, dans les années qui précèdent et accompagnent les lois raciales fascistes, retranchée derrière les murs de son vaste jardin avant d'être emportée par la déportation.
Il importe de distinguer ici la mémoire et l'histoire. Les Finzi-Contini du roman sont une création littéraire : Bassani composa cette famille et son jardin comme une fiction, nourrie de l'atmosphère réelle de la Ferrare juive qu'il avait connue, mais sans correspondance directe avec une famille existante portant ce nom composé. Le patronyme « Finzi », lui, est bien un nom historique de la judéité ferraraise et italienne ; le « Contini » accolé relève de l'invention romanesque. Ce qui fit la puissance de l'œuvre, c'est qu'elle mit en scène avec une justesse cruelle le mécanisme par lequel une famille cultivée et isolée choisit le retrait là où la résistance ou la fuite auraient peut-être été possibles. Le jardin des Finzi-Contini est le symbole d'une tentation : se soustraire à l'histoire derrière les murs d'une culture raffinée, comme si la beauté pouvait constituer une protection contre la barbarie.
L'adaptation cinématographique réalisée par Vittorio De Sica en 1970, couronnée de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, amplifia encore la notoriété mondiale du nom. Par cette double consécration littéraire et cinématographique, le nom Finzi quitta le strict domaine de l'archive généalogique pour entrer dans l'imaginaire universel comme métonymie de la judéité italienne anéantie par la Shoah. La mémoire collective retient désormais les Finzi autant par le roman que par les registres, et l'historien doit veiller à ne pas confondre les deux ordres de réalité.
Il faut pourtant reconnaître que la confusion, ici, n'est pas entièrement stérile. Bassani avait compris quelque chose d'essentiel : que le nom Finzi, ancré dans la judéité ferraraise depuis des siècles, portait une densité historique suffisante pour servir de vecteur à une mémoire collective plus large. En choisissant ce nom pour sa famille fictive, il accomplit un acte de reconnaissance envers une lignée réelle. Le roman est ainsi devenu, involontairement, un monument élevé à la mémoire des vrais Finzi autant qu'à celle des victimes fictives.
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Chapitre 8 : Héritage dispersé et mémoire vivante au XXIe siècle
L'histoire d'une lignée ne s'arrête pas à ses catastrophes, même lorsque celles-ci sont aussi dévastatrices que la Shoah. Des Finzi ont survécu — en Italie, en Angleterre, aux États-Unis et dans d'autres pays — et portent aujourd'hui le nom dans des contextes radicalement différents de ceux qui ont constitué l'histoire décrite dans les chapitres précédents.
En Italie, les communautés juives de Ferrare, de Mantoue et des autres villes où les Finzi étaient présents ont été profondément diminuées par la Shoah et par les migrations qui ont suivi. La communauté juive de Ferrare, qui comptait plusieurs centaines de membres dans les années 1930, n'est plus aujourd'hui qu'une petite fraternité maintenue grâce à l'engagement de quelques familles et à la mémoire entretenue par des institutions culturelles. Le Museo Nazionale dell'Ebraismo Italiano e della Shoah (MEIS) de Ferrare, inauguré au XXIe siècle, s'efforce de préserver et de transmettre cette mémoire. Le nom Finzi y résonne, porté par les registres, les objets et les récits d'une communauté qui fut l'une des plus anciennes et des plus cultivées d'Italie.
La diaspora américaine du patronyme constitue un autre horizon vivant. Des Finzi se trouvent aujourd'hui aux États-Unis, descendants des vagues migratoires du XIXe et du début du XXe siècle, pour la plupart intégrés dans une judéité américaine plurielle où la conscience des origines italiennes se maintient avec des intensités variables selon les familles. En Angleterre, la notoriété du compositeur Gerald Finzi a contribué à ancrer le nom dans la culture musicale du pays, et la Gerald Finzi Trust y veille à la diffusion et à la préservation de son œuvre.
La question de la transmission mémorielle est au cœur de la vocation de cet ouvrage. Dans la tradition juive, le commandement de zachor — souviens-toi — est l'un des plus fondamentaux : il engage chaque génération à ne pas laisser s'effacer la mémoire de ce qui fut. En retraçant l'histoire des Finzi depuis les registres médiévaux d'Ancône jusqu'aux victimes de la Shoah et aux héritiers d'aujourd'hui dispersés sur plusieurs continents, ce livre accomplit à sa façon cet acte de mémoire — non par piété abstraite, mais parce que l'histoire documentée d'une famille est elle-même un argument contre l'oubli.
Les descendants du nom Finzi héritent de cette histoire sans en avoir toujours conscience. Certains la connaissent, l'étudient et la transmettent ; d'autres ne savent du nom que ce qu'ils ont pu lire dans le roman de Bassani ou voir dans le film de De Sica. Cette asymétrie de la mémoire est elle-même une donnée historique : l'œuvre d'art a, dans ce cas, dépassé l'archive dans sa capacité de diffusion. Mais l'archive reste, et avec elle la possibilité d'une connaissance plus juste — moins belle peut-être, moins dramatique certainement, mais plus vraie dans ses nuances, ses silences et ses lacunes.
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Les grandes figures
Musetino di Ancona (dates inconnues, actif vers 1369–1380) — En hébreu Musetino del fu Museto do Finzi di Ancona. Premier porteur du nom Finzi attesté par les archives, originaire d'Ancône, il est à l'origine de la fondation du premier bureau de prêt sur gages juif de Padoue en 1369, en compagnie de ses fils Emanuel, Solomon et Cajo. Il acquiert avec eux des biens immobiliers à Padoue en 1380, signe d'un ancrage durable. Sa figure inaugure la longue histoire de la lignée, à l'intersection entre économie, mobilité et enracinement communautaire.
Cajo (Isaac ben Moses) Finzi (dates inconnues, actif vers 1380–1416) — Fils de Musetino, qualifié de magister gayus dans un document de 1389, ce qui atteste d'une reconnaissance de son autorité intellectuelle au-delà de son rôle de banquier. Identifié avec l'Isaac ben Moses Finzi qui représenta sa communauté au congrès juif de Bologne en 1416, il incarne dès cette génération le double registre — économique et représentatif — qui caractérise les Finzi de la période médiévale.
Solomon Finzi († 1421) — Frère de Cajo, fils de Musetino, il possédait un manuscrit biblique (Codex Asher n° 2) contenant la généalogie de la famille Finzi, transmis après sa mort à son fils Abraham puis au petit-fils Mordecai. Ce manuscrit généalogique, circulant de main en main pendant plusieurs générations, est le premier acte de mémoire documenté de la lignée.
Abraham Finzi († 1446) — Fils de Solomon, réceptionnaire du codex généalogique familial qu'il transmit à son fils Mordecai. Père du grand savant mantouan, il représente le maillon de la transmission entre la génération fondatrice padouane et l'apogée intellectuelle du XVe siècle.
Mordecai (Angelo) ben Abraham Finzi [מרדכי בן אברהם פינצי] (vers 1407–1476) — Médecin, astronome, mathématicien et grammairien, il est la figure la plus remarquable de toute la lignée. Établi à Mantoue, il compose les Luḥot (tables astronomiques, Tabulæ Longitudinis Dierum, avant 1480), traduit en hébreu l'algèbre d'Abu Kamil (Taḥbulat ha-Mispar) et un traité de géométrie (Ḥokmat ha-Medidah), rédige des gloses grammaticales et possède une bibliothèque de quelque deux cents codices. Banquier en même temps que savant, il incarne la synthèse entre engagement intellectuel et présence dans le monde.
Jacob Israel ben Raphael Finzi (dates inconnues, actif 1540–1560) — Rabbin à Pesaro, correspondant de Moses Provençal et de Nathaniel Trabotti. Sa critique de la chronologie d'Azariah del Rossi — que ce dernier jugea assez sérieuse pour y répondre dans son Ma'amar Tsedeq Olamim — atteste d'une autorité intellectuelle et d'un engagement dans la controverse talmudique qui honore la tradition familiale d'érudition.
Solomon ben Eliakim Finzi (dates inconnues, actif 1536–1552) — Rabbin à Forlì (1536) puis à Bologne (1552), auteur du Maftéaḥ ha-Gemara, traité méthodologique sur le Talmud publié à Venise en 1622 et réédité en latin à Helmstedt en 1697, puis dans la Clavis Talmudica Maxima (Hanau, 1714 et 1740). Sa diffusion dans les cercles érudits chrétiens de l'Europe du Nord témoigne d'une influence dépassant les frontières communautaires.
Hananiah Finzi ben Solomon (dates inconnues, actif vers 1587) — Rabbin et poète de Gazuolo, près de Mantoue, copropriétaire en 1587 d'une imprimerie à Venise qui publia la seconde partie du Maḥzor Romi (rite romain de la prière). Ses poèmes sont conservés dans le recueil Kenaf Renanim. Figure de la culture juive mantouane du XVIe siècle, il cumula vocation religieuse, création littéraire et engagement dans la diffusion imprimée de la liturgie.
Ḥézéqiah ben Benjamin Finzi (dates inconnues, actif fin XVIe–début XVIIe siècle) — Talmudiste ferrarais qualifié par les sources de son époque comme l'un des plus grands de son temps. Il compta parmi ses élèves Leon da Modena, prédicateur, poète et historien, l'une des figures les plus brillantes et les plus débattues de la culture juive vénitienne du début du XVIIe siècle. Que la formation d'un esprit aussi singulier que celui de Leon da Modena soit passée par un Finzi dit la hauteur de l'autorité rabbinique que la branche ferraraise avait atteinte.
Gur Aryeh ha-Levi Finzi (dates inconnues, actif à Mantoue en 1665) — Rabbin à Mantoue en 1665, auteur d'un remarquable commentaire sur le Choulhan Aroukh de Joseph Karo. Ce commentaire fut édité et publié à Mantoue entre 1721 et 1723 par son grand-neveu Gur Aryeh ben Benjamin Finzi (mort en 1754), qui en rédigea l'introduction. Son engagement dans la halakha vivante témoigne d'une conception rabbinique active, soucieuse d'adapter le droit aux réalités de son temps.
Samuel Sar Shalom Finzi († 1791) — Rabbin et prédicateur à Ferrare, élève du grand talmudiste Isaac Lampronti. Ses sermons, conservés en manuscrit sous le titre Imre Emet (Paroles de vérité), attiraient des auditoires mixtes, juifs et chrétiens, fait remarquable dans un contexte encore marqué par les séparations du ghetto. Cette capacité à traverser les frontières confessionnelles par la parole dit quelque chose d'une vision du judaïsme ouverte sur l'universel.
Isaac Raphael ben Elisha Michael Finzi (1728–1813) — Né à Ferrare, mort à Padoue. L'un des plus célèbres prédicateurs juifs de son temps, dont la réputation dépassa les murs de sa communauté : des chrétiens venaient l'entendre prêcher. Membre du Sanhédrin convoqué par Napoléon à Paris en 1806, il en fut élu vice-président — position qui l'engagea dans les débats décisifs sur la compatibilité entre la halakha et les exigences de la citoyenneté française. Sa vie, tendue entre la fidélité à la tradition rabbinique et les impératifs d'une époque en mutation, résume les tensions et les promesses du siècle de l'émancipation.
Giuseppe Finzi (1815–1886) — Né à Rivarolo Fuori (province de Mantoue), mort le 17 décembre 1886. Patriote, révolutionnaire et parlementaire, il combattit sur les barricades des cinque giornate de Milan en 1848, organisa un régiment de bersaglieri, fut condamné à dix-huit ans de prison par un tribunal militaire autrichien et amnistié en 1856. Confident de Garibaldi, chargé des fonds de l'expédition des Mille, commissaire royal pour Mantoue après l'unification, il siégea vingt-cinq ans à la Chambre des députés. Figure majeure du Risorgimento juif et italien, il incarne l'engagement civique comme expression d'une éthique héritée de la tradition familiale.
Yehiel ben Abraham Finzi (dates inconnues, actif vers 1660) — Rabbin à Florence vers 1660, ancêtre direct de la branche florentine de la lignée telle que la recense la Jewish Encyclopedia. Ses responsa sont conservés en manuscrit. Sa présence à Florence témoigne de l'implantation des Finzi dans la Toscane, même si la documentation sur ce personnage demeure fragmentaire.
Gerald Raphael Finzi (1901–1956) — Compositeur anglais, né à Londres le 14 juillet 1901, fils d'un père d'ascendance juive italienne et d'une mère d'ascendance juive allemande. Auteur du Dies Natalis (d'après Thomas Traherne), du Clarinet Concerto, de cycles de mélodies sur des poèmes de Thomas Hardy et d'œuvres chorales, il est l'une des voix majeures de la musique anglaise du XXe siècle. Agnostique, résolument anglais dans ses préoccupations artistiques, généreux envers les compositeurs oubliés et les jeunes musiciens, il incarna dans le domaine artistique les vertus de transmission et de partage qui traversent la longue histoire de sa lignée.
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Conclusion
L'histoire des Finzi épouse, en raccourci, celle de la judéité italienne tout entière — mais en en offrant une coupe particulièrement nette, parce que la documentation en est exceptionnellement continue. Attestée dès les années 1360 comme lignée de banquiers et de négociants ancrés à Ancône et à Padoue, la famille se hisse au XVe siècle à l'apogée de l'érudition scientifique avec Mordecai Finzi de Mantoue, astronome, mathématicien et traducteur dont les manuscrits traversèrent les siècles ; elle développe aux XVe–XVIIIe siècles une vocation rabbinique et intellectuelle remarquablement constante, de Jacob Israel ben Raphael à Gur Aryeh ha-Levi, de Ḥézéqiah ben Benjamin — maître de Leon da Modena — à Samuel Sar Shalom, de Solomon ben Eliakim à Isaac Raphael, vice-président du Sanhédrin de Paris ; elle traverse l'épreuve des ghettos de la Contre-Réforme sans s'effacer, maintenant dans l'espace resserré des quartiers clos les solidarités de la charité communautaire ; elle s'engage dans l'émancipation avec la passion d'un Giuseppe Finzi combattant sur les barricades du Risorgimento ; elle disperse ensuite en Angleterre et aux États-Unis des branches qui portent le nom dans d'autres langues et d'autres arts ; elle subit enfin, au XXe siècle, la persécution fasciste et la déportation, dont la mémoire fut paradoxalement cristallisée et universalisée par le roman de Bassani et le film de De Sica.
De cette trajectoire millénaire, si l'on cherche à nommer ce que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimé, deux vertus se dégagent avec constance de ce que les faits documentés permettent d'établir.
La première est la transmission : à chaque génération, les Finzi ont veillé à ce que quelque chose passe — un savoir, un nom, un texte, une institution, une pratique communautaire. Solomon Finzi transmettait le codex généalogique familial ; Mordecai Finzi transmettait le savoir scientifique entre les traditions arabe, latine et hébraïque ; Hananiah Finzi transmettait la liturgie par le biais de l'imprimerie ; Solomon ben Eliakim transmettait la méthode talmudique à travers une Europe savante au-delà des frontières du ghetto ; les prédicateurs ferrarais transmettaient la parole rabbinique au-delà des frontières confessionnelles ; Gerald Finzi transmettait les poètes anglais oubliés. Cette mesorah — la chaîne de tradition —, les Finzi l'ont incarnée non dans un geste héroïque unique, mais dans la durée têtue d'une présence maintenue siècle après siècle.
La seconde vertu est l'engagement dans la vie du monde : les Finzi n'ont pas été une famille de mystiques retirés de la cité, mais une famille d'acteurs — économiques, savants, communautaires, civiques. Cette présence dans le siècle, cette volonté de participer à la vie collective de leur temps, est elle-même une valeur juive fondamentale. Le judaïsme n'est pas une religion de la fuite hors du monde mais de l'engagement en son sein, de la responsabilité envers les autres membres de la communauté humaine. En cela, les Finzi rejoignent la longue liste des familles juives qui ont fait de leur particularité non pas un mur mais un point d'ancrage à partir duquel ils se sont tournés vers le monde — vers Padoue d'abord, puis vers Mantoue, Ferrare et Crémone, puis vers Paris et Milan, puis vers Londres et New York.
Le destin singulier du nom est d'avoir été élevé, par le roman de Bassani et le film de De Sica, au rang de symbole universel. Ce livre s'est efforcé de tenir ensemble ces deux mémoires : celle, vérifiable, des actes et des registres, et celle, transmise, de la légende. Il rappelle aussi que derrière chaque grand nom — qu'il soit porté par une fiction ou inscrit dans un registre de déportés — il y a des femmes et des hommes qui ont vécu, travaillé, étudié, prié, aimé et transmis, avec la conviction silencieuse que ce qu'ils portaient valait la peine d'être gardé.
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Ḥokmat ha-Medidah (traité de géométrie, traduction/adaptation)
Mordekhai Finzi (traducteur)
Traduction de Mordekhai Finzi (traducteur). (XVᵉ s.)
Traduction hébraïque de l'Algèbre d'Abu Kamil (Taḥbulat ha-Mispar)
Mordekhai Finzi (traducteur)
Traduction de Mordekhai Finzi (traducteur). (XVᵉ s.)
Luḥot (Tables astronomiques ; « Tabulæ Longitudinis Dierum »)
Mordekhai Finzi
Traité astronomique de Mordekhai Finzi. (av. 1480)
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参考文献
- Robert Bonfil, Jewish Life in Renaissance Italy (1994)
- Roberto G. Salvadori, Gli ebrei di Firenze. Dalle origini ai giorni nostri (2000)
- Michele Luzzati, La casa dell'ebreo. Saggi sugli ebrei a Pisa e in Toscana nel Medioevo e nel Rinascimento (1985)
- Barbara Armani, Il confine invisibile. L'élite ebraica di Firenze 1840-1914 (2006)
- Giuseppe Veltri, La tradizione etica ebraica medievale: dal Musare al Menorat HaMaor (2003)
- Jewish Encyclopedia (1901–1906), FINZI — Jewish Encyclopedia, JewishEncyclopedia.com (Funk & Wagnalls) (1904) ↗
- Encyclopaedia Judaica, Finzi — Encyclopaedia Judaica (via Encyclopedia.com), Encyclopedia.com (Gale / Keter) (2007) ↗
- Jewish Encyclopedia (1901–1906), FINZI, GIUSEPPE — Jewish Encyclopedia, JewishEncyclopedia.com (Funk & Wagnalls) (1904) ↗
- jewishencyclopedia.com ↗