Avila 家族
דא אבילה
Avila 家族的姓氏起源、历史与家谱——一个犹太姓氏及其留下的踪迹。
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大书 — Avila
Introduction
Il est des noms qui portent en eux la mémoire d'une pierre et d'un peuple. Avila — parfois écrit Ávila, Abila, d'Avila, Davila, de Avila ou Ben Avila — est de ceux-là. Patronyme d'origine toponymique, il renvoie à la vieille cité castillane d'Ávila, ceinturée de ses remparts romans, où prospéra durant le Moyen Âge l'une des communautés juives les plus vivantes de la couronne de Castille. Le nom figure aujourd'hui parmi les patronymes séfarades recensés, témoins de l'immense dispersion qui suivit les persécutions ibériques et l'expulsion de 1492.
Ce Grand Livre ne prétend pas reconstituer une généalogie continue — aucune lignée séfarade n'a traversé sans rupture cinq siècles d'exils. Il propose plutôt de suivre le fil d'un nom : de la juiverie castillane d'où il tire son origine, aux routes de l'exil vers le Portugal, l'Afrique du Nord, l'Empire ottoman, les Provinces-Unies et le Nouveau Monde. À travers ce parcours, on verra se dessiner ce que la tradition d'Israël nomme ses vertus — l'étude de la Loi, la fidélité dans l'épreuve, la charité communautaire, le soin de l'étranger et l'espérance messianique — non comme des ornements, mais comme des faits attestés par l'histoire d'une cité et des hommes qui en portèrent le nom.
La communauté juive d'Ávila fut aussi, chose remarquable, l'une des matrices de la mystique juive médiévale. C'est à Ávila que le rabbin Moïse de León rédigea ou transcrivit le Sefer ha-Zohar, le « Livre de la Splendeur », pilier de toute la kabbale ultérieure. Porter le nom d'Avila, c'est donc porter en soi la mémoire d'un lieu où confluèrent l'apport à la pensée juive et la ferveur eschatologique — avant que l'histoire n'exige de ses habitants de choisir entre la fuite, la conversion ou le bûcher.
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- v1 · 现用 · 2026年8月13日
Chapitre 1 : La juiverie d'Ávila — une communauté entre remparts et Torah
La communauté juive d'Ávila fut l'une des plus anciennes et des plus considérées de la Castille médiévale. Installée dès le haut Moyen Âge à l'intérieur des remparts romans que l'on admire encore, elle disposait d'une aljama — corps communautaire autonome doté de ses propres tribunaux rabbiniques — reconnue par la couronne, d'écoles talmudiques et de plusieurs synagogues. Ses membres exerçaient les métiers de l'artisanat, du commerce, de la médecine et de la finance, et certains servirent d'intermédiaires fiscaux auprès des seigneurs et des évêques. Cette insertion économique, loin d'être une simple survie, exprime une vertu que le judaïsme a toujours tenue en haute estime : l'action économique mise au service de la collectivité — la fiscalité et le crédit étant, dans l'ordre médiéval, des fonctions vitales que les communautés juives assumaient souvent au prix de leur sécurité.
Moïse de León, rabbin établi à Ávila, transcrivit — ou composa, selon la perspective adoptée — le Zohar, le maître livre de la kabbale, œuvre qui allait régir durablement la spiritualité juive mondiale. La chose est capitale pour notre propos : la ville qui donna son nom au patronyme Avila fut simultanément l'un des centres du rayonnement intellectuel et mystique du judaïsme médiéval. Porter le nom de cette cité, c'est porter la mémoire d'un lieu où la pensée juive atteignit l'une de ses cimes.
Le patronyme lui-même procède directement du nom de la ville. Selon l'usage médiéval ibérique, les juifs adoptaient fréquemment comme nom de famille celui de leur ville d'origine ou de résidence, précédé de la particule de. Ainsi de Ávila désigna d'abord une provenance avant de devenir un patronyme héréditaire, transmis ensuite dans la diaspora séfarade sous ses formes multiples — Avila, Davila, D'Avila, Ben Avila. L'onomastique, ici, n'est pas un ornement érudit : elle est la preuve que le lien entre le nom et la ville d'Ávila traversa les siècles et les continents.
Les membres de l'aljama d'Ávila participèrent aussi à l'éclosion de la culture castillane au sens le plus large. Les juifs participèrent à l'éclosion de la science et de la littérature castillanes, notamment sous Alphonse le Sage (1254–1284). Cette implication dans la vie intellectuelle du royaume illustre la vocation du judaïsme à nourrir la pensée du monde qui l'entoure, sans y perdre son identité propre — vertu d'ouverture au savoir que la tradition nomme parfois hokhma, la sagesse appliquée à la connaissance du monde.
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Chapitre 2 : Le Zohar naît à Ávila — Moïse de León et la mystique castillane
Au tournant des années 1280–1300, la Castille centrale — Guadalajara, Ávila, Ségovie — vit fleurir un cercle de kabbalistes dont l'œuvre allait bouleverser durablement la spiritualité juive. C'est dans cette aire géographique que fut diffusé le Sefer ha-Zohar, le « Livre de la Splendeur », attribué par la tradition à Rabbi Shimon bar Yohaï mais mis en forme dans la Castille de cette époque. Les origines du Zohar sont controversées par la critique moderne, mais à Safed, le Zohar conserva son statut de livre composé sous l'inspiration divine par Rabbi Siméon bar Yohai ; on tenait pour évident que le manuscrit avait été porté en Espagne par les vents favorables au XIIIe siècle, et que Moïse de León l'aurait simplement recopié. Quelle que soit la part respective de la transcription et de la composition, le fait historique demeure : Moïse de León, rabbin à Ávila, transcrivit ou écrivit le maître livre de la kabbale, le Zohar.
Ávila fut aussi le théâtre d'un épisode célèbre du messianisme médiéval. Vers 1295, un homme que les sources désignent comme le « prophète d'Ávila » suscita dans la communauté juive de la ville une intense attente de la rédemption, annonçant une délivrance imminente. L'événement, rapporté par les chroniqueurs, illustre la ferveur eschatologique qui traversait alors le judaïsme castillan, tourmenté par la précarité de sa condition. Cette espérance messianique, si elle confine parfois à l'illusion, appartient au cœur de la mémoire d'Israël : elle est la manière dont un peuple opprimé maintint vivant l'horizon de la justice.
On ne saurait, sans anachronisme, rattacher une famille Avila précise à ces figures ; le nom, à cette date, désignait une provenance plus qu'une lignée close. Mais le lieu qui donna son nom au patronyme fut aussi celui où le savoir mystique et l'attente du salut s'exprimèrent avec une force rare. La mystique kabbalistique née à Ávila allait, après l'expulsion, se transplanter à Safed en Galilée, où elle connut sa seconde floraison au XVIe siècle — un transfert de feu spirituel d'Occident en Orient que la dispersion séfarade rendit possible. En cela, la tradition née dans cette cité castillane participe directement de l'apport à la pensée juive le plus durable que la Sepharad ait produit.
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Chapitre 3 : Le crépuscule d'Ávila — persécutions, conversos et bûcher
Le XVe siècle fut, pour les juifs d'Espagne, un long crépuscule. En 1391, une vague de massacres, inaugurée à Séville le 15 mars, déferla sur les communautés de Castille et d'Aragon, déterminant l'apostasie et l'émigration de multiples familles, ainsi que la disparition de communautés entières. Les prédications forcées, les discriminations légales et les pogroms contraignirent des milliers de familles à la conversion. De ces conversions naquit la classe des conversos, chrétiens nouveaux dont beaucoup continuèrent, dans le secret des demeures, à observer les commandements de leurs pères. Le patronyme Davila / de Ávila se rencontre précisément parmi ces familles de conversos, dont certaines furent poursuivies par l'Inquisition établie en 1478.
Dans les mois précédant l'expulsion, la ville d'Ávila fut le théâtre d'un acte de violence particulièrement révélateur de la spirale alors en cours. En novembre 1491, deux semaines avant la chute de Grenade, cinq juifs et six convertis furent envoyés au bûcher d'Ávila. Cet autodafé, lié à l'affaire dite des « Saints Enfants d'Ávila » — accusation de meurtre rituel forgée par les inquisiteurs contre des juifs locaux —, résume à lui seul la logique de terreur qui précéda et prépara l'édit d'expulsion. Il souligne aussi combien la ville d'Ávila fut, jusqu'à la fin, un enjeu central dans l'histoire du judaïsme ibérique.
Paradoxalement, c'est de cette même cité qu'émergea l'une des voix chrétiennes les plus courageuses en faveur des convertis et des juifs. Alfonso Fernández de Madrigal (1405–1455), un cristiano viejo, évêque d'Ávila, écrivain extraordinairement fécond, prit non seulement la défense des conversos mais aussi des juifs en commençant par rejeter l'accusation centrale de deicidio judío. Sa voix demeure une anomalie remarquable dans le paysage intellectuel de la Castille du XVe siècle, témoignant que même dans les heures les plus sombres, la tolérance et la défense de l'autre pouvaient se frayer un chemin — fût-ce depuis un siège épiscopal.
La fidélité obstinée des crypto-juifs qui, sous le nom de Davila, transmirent en silence l'allumage des lumières du shabbat et les interdits alimentaires, témoigne d'une vertu que la tradition place au sommet : la sanctification du Nom dans l'épreuve, la fidélité maintenue contre la peur. Il faut nommer aussi les ombres. Toutes les familles ne résistèrent pas ; certaines s'assimilèrent pleinement au catholicisme, et le nom Ávila devint alors, pour d'autres branches, un patronyme entièrement chrétien. L'honnêteté du récit exige de reconnaître que le même nom recouvre des destins opposés — la fidélité secrète et l'oubli assumé — et que l'histoire ne les départage pas toujours.
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Chapitre 4 : L'exil de 1492 — Portugal, première halte
L'édit de Grenade, promulgué le 31 mars 1492 par les Rois Catholiques, ordonna aux juifs de Castille et d'Aragon de se convertir ou de quitter le royaume dans un délai de quelques mois. Plus d'une centaine de milliers de juifs et de marranes choisirent l'exil. La première destination de beaucoup d'exilés castillans fut le Portugal voisin, dont la frontière était proche et la langue accessible. Le royaume lusitanien sembla d'abord offrir un refuge — moyennant le versement d'une lourde taxe au roi João II. Ce répit fut de courte durée : en 1497, le roi Manuel Ier imposa à son tour la conversion forcée, transformant en un jour des dizaines de milliers de juifs en cristãos novos, chrétiens nouveaux portugais.
Pour les familles portant le nom d'Avila — ou D'Avila, dans la forme que leur imposait désormais l'usage portugais —, ce passage ibérique fut décisif. Plusieurs branches se réclamèrent plus tard de cette étape lisboète ou portoise, conservant le souvenir d'ancêtres « venus d'Espagne » et arrivés au Portugal avant de poursuivre leur route. L'étape portugaise n'est pas un simple transit : elle forgea une couche supplémentaire d'identité, mêlant au fonds castillan une culture lusitanienne qui transparaît encore, des siècles plus tard, dans certaines formulations familiales. Elle fut aussi le creuset où s'intensifia la pratique crypto-judaïque : loin des grandes villes et des inquisiteurs, les cristãos novos de l'intérieur du Portugal maintinrent des réseaux d'observance secrète que les historiens ont pu reconstituer à partir des archives du Saint-Office de Lisbonne et d'Évora.
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Chapitre 5 : Les mégorashim au Maroc — Fès, Meknès et la mémoire castillane
Vers le sud, les exilés d'Espagne — les megorashim, « ceux qui ont été chassés » — gagnèrent le Maroc, où des communautés juives étaient établies de longue date. Ils s'établirent dans les États musulmans d'Afrique du Nord. Fès et Meknès devinrent les deux grands foyers de l'installation séfarade au Maroc. Le nom Avila, sous la forme Ben Avila ou simplement Avila, est attesté dans ces communautés séfarades marocaines, porté par des descendants des expulsés castillans attachés à leurs coutumes d'origine.
Ce attachement mérite qu'on s'y arrête. Les megorashim formèrent, au sein des communautés marocaines, une couche distincte des toshavim — les juifs marocains préexistants — et maintinrent leurs propres rites liturgiques, leur propre prononciation de l'hébreu et leurs propres usages culinaires castillans pendant des générations. Certains de leurs rabbins composèrent des responsa (she'elot ou-teshuvot) pour trancher des questions nées de cette cohabitation entre deux traditions. Cette fidélité aux usages castillans, transmise de père en fils dans les mellahs de Fès et de Meknès, exprime une forme d'implication dans la vie collective et de soin apporté à la transmission : c'est la communauté qui garde vivante l'identité, en codifiant ses pratiques et en confiant à ses rabbins le soin de les défendre.
L'intégration fut cependant progressive. Les megorashim épousèrent des familles toshavim, apprirent l'arabe dialectal marocain (darija) en plus du judéo-espagnol, et leurs descendants participèrent pleinement à la vie économique et communautaire du Maroc. Le nom Avila, qui avait traversé la Méditerranée, s'ancra ainsi dans un nouveau sol sans perdre sa résonance ibérique. Certaines familles de ce nom exercèrent des fonctions de courtiers (tujjar al-sultan, marchands du sultan) auprès du Makhzen, perpétuant l'action économique comme moyen d'insertion et de protection que leurs ancêtres d'Ávila avaient pratiquée auprès des seigneurs castillans.
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Chapitre 6 : L'Orient séfarade — de Salonique à Istanbul
À l'est, les exilés de 1492 rejoignirent l'Empire ottoman, où le sultan Bayezid II avait accueilli les exilés avec une ouverture qui fit l'admiration des chroniqueurs juifs de l'époque. Salonique, Constantinople et Izmir devinrent des capitales séfarades où la langue judéo-espagnole, le ladino, perpétua la mémoire de la Sepharad perdue. L'inscription du nom Avila au registre des patronymes séfarades reconnus atteste cette continuité : le nom survécut à la ville, la mémoire au territoire. La présence du patronyme parmi les communautés judéo-espagnoles d'Orient est davantage transmise que strictement documentée par des archives nominatives, mais elle s'inscrit dans le mouvement général d'une diaspora qui essaima jusqu'aux rives de la Corne d'Or et aux quais d'Izmir.
Dans ces communautés d'accueil se déploya l'une des plus belles vertus d'Israël : l'hospitalité envers l'étranger et l'entraide. Les exilés d'hier devenaient les bienfaiteurs des exilés de demain, fondant des confréries de charité (hevrot) pour racheter les captifs, doter les orphelines et enterrer les indigents. Le soin de l'autre, commandement récurrent de la Torah — « tu aimeras l'étranger, car vous fûtes étrangers au pays d'Égypte » — trouva dans ces sociétés séfarades une incarnation concrète et quotidienne.
L'Empire ottoman fut aussi un espace d'intense production intellectuelle pour les Séfarades. Les rabbins de Salonique et de Constantinople rédigèrent des codes de loi, des commentaires bibliques et des recueils de responsa qui renouvelèrent le droit rabbinique. La kabbale née à Ávila retrouva à Safed, en Galilée, un second souffle avec Rabbi Moïse Cordovero et Rabbi Isaac Louria — le célèbre Ari —, tous deux héritiers de la tradition mystique ibérique. Ce fil qui relie la Castille du XIIIe siècle à la Galilée du XVIe illustre comment une pensée née dans une juiverie castillane put traverser l'exil et se recomposer en une forme nouvelle, plus universelle encore.
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Chapitre 7 : Amsterdam, le Nouveau Monde et la persistance d'un nom
Une part des exilés, après le Portugal, fit route vers les Provinces-Unies. Amsterdam, la « Jérusalem du Nord », accueillit au XVIIe siècle une florissante communauté portugaise où d'anciens conversos revinrent ouvertement au judaïsme de leurs ancêtres. Des branches portant le nom D'Avila sont revendiquées dans cette diaspora nord-européenne. C'est dans ce milieu de retour et de reconstruction que se rejoua, pour bien des familles séfarades, la réconciliation entre le nom hérité et la foi retrouvée : des hommes et des femmes qui avaient vécu toute leur existence sous une identité catholique reprenaient la circoncision, l'étude de la Torah et l'observance du shabbat — un acte de courage moral que la communauté d'Amsterdam accompagnait avec des institutions d'enseignement et de charité remarquables, dont la synagogue portugaise d'Amsterdam, achevée en 1675, reste le plus visible témoignage.
L'expansion ibérique ouvrit parallèlement aux conversos une échappée paradoxale : fuir l'Inquisition d'Europe en gagnant les colonies d'Amérique — où, pourtant, le Saint-Office finit par les rattraper. Des porteurs du nom Davila / de Ávila se retrouvèrent ainsi au Mexique, au Pérou et au Brésil, tantôt marchands, tantôt établis de longue date. Les tribunaux inquisitoriaux de Lima, de Mexico et de Carthagène des Indes jugèrent, aux XVIe et XVIIe siècles, de nombreux crypto-juifs accusés de « judaïser ». Là où la tradition d'une famille conserve le souvenir d'ancêtres « venus d'Espagne » et discrètement fidèles aux usages juifs, les registres inquisitoriaux confirment souvent l'existence de réseaux de conversos solidaires, unis par le mariage, le négoce et le secret partagé. Cette solidarité clandestine, qui faisait circuler prières, livres et nourritures rituelles à travers l'Atlantique, exprime l'implication dans la vie collective et la fidélité à la Loi dans les conditions les plus adverses.
L'historien doit cependant se garder de lire dans chaque procès inquisitorial une héroïque résistance. Certaines dénonciations naquirent de la peur, de la rivalité ou de la contrainte. La vérité de ces vies se tient dans cet entre-deux inconfortable, où la fidélité et la fragilité humaine se mêlent inextricablement.
À l'âge des émancipations, aux XIXe et XXe siècles, les familles séfarades quittèrent peu à peu les mellahs du Maroc et les quartiers de l'Empire ottoman finissant pour la France, l'Amérique du Nord et, après 1948, l'État d'Israël. Le nom Avila, sous ses graphies diverses, accompagna ces migrations, comme une signature discrète de l'origine ibérique. Sa présence durable dans les listes de patronymes séfarades de référence n'est pas un détail érudit : elle est la preuve matérielle qu'un nom peut être le dernier reliquaire d'une histoire. Là où les archives ont brûlé, où les pierres tombales se sont effacées, le nom demeure — porté, transmis, parfois hispanisé, parfois hébraïsé, mais toujours reconnaissable. C'est en ce sens que le patronyme accomplit une fonction éminemment juive : la transmission, le zakhor — « souviens-toi » — qui fait de la mémoire un commandement. Les descendants qui aujourd'hui recherchent leurs racines séfarades participent, sans toujours le savoir, de ce même mouvement : reconstituer une lignée, c'est réparer une continuité brisée, et cette réparation — tikkoun — est elle-même un acte de piété filiale et de justice envers les disparus.
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Les grandes figures
Moïse de León (vers 1240 – 1305) — En hébreu : Moshé ben Shemtov de León. Rabbin et mystique castillan, établi à Ávila où il travailla à la rédaction ou à la transcription du Sefer ha-Zohar, le « Livre de la Splendeur », texte fondateur de toute la kabbale juive. Son rôle dans la gestation de cette œuvre, discuté par la critique moderne, n'efface pas l'essentiel : c'est à Ávila, foyer du nom qui nous occupe, que le Zohar fut mis en circulation à la fin du XIIIe siècle. Moïse de León laissa une empreinte décisive sur la spiritualité juive mondiale, de la Galilée du XVIe siècle jusqu'au hassidisme d'Europe orientale.
Le « prophète d'Ávila » (dates inconnues, actif vers 1295) — Personnage dont le nom demeure ignoré, désigné dans les sources médiévales par sa seule fonction prophétique et sa ville d'attache. Il suscita au sein de l'aljama d'Ávila, vers 1295, une intense attente messianique, annonçant une rédemption imminente. L'épisode, rapporté par des chroniqueurs juifs, illustre la ferveur eschatologique du judaïsme castillan de la fin du XIIIe siècle, alors éprouvé par la précarité de sa condition. Il témoigne de la vie spirituelle intense qui animait la communauté juive de la ville dont le patronyme Avila tire son nom.
Alfonso Fernández de Madrigal (1405 – 1455) — Théologien et évêque chrétien d'Ávila, surnommé el Tostado pour sa prodigieuse production écrite. Figure d'exception dans l'Espagne du XVe siècle, il prit publiquement la défense des conversos et des juifs, rejetant notamment l'accusation de deicidio (déicide collectif) que ses contemporains brandissaient contre eux. Son action, celle d'un cristiano viejo assumant des positions courageuses dans un contexte de haine croissante, s'inscrit dans l'histoire d'Ávila comme un contrepoint moral aux violences inquisitoriales. Elle illustre, depuis le camp chrétien, la vertu de tolérance que la tradition juive place parmi les idéaux de la relation à l'autre.
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Conclusion
De la cité fortifiée de Castille aux mellahs du Maghreb, des synagogues de Salonique aux tribunaux du Nouveau Monde, le nom Avila trace la carte d'un exil et d'une fidélité. Il n'existe pas une famille Avila, mais une constellation de branches unies par une origine commune — une ville, une langue perdue, une Loi transmise dans le secret.
La particularité de cette lignée tient à ce que la ville qui lui donna son nom fut elle-même un lieu d'exception dans l'histoire du judaïsme : à Ávila naquit ou fut mis en circulation le Zohar, le texte qui allait nourrir la spiritualité juive pendant sept siècles ; à Ávila retentit la voix d'un prophète messianique ; à Ávila brûlèrent, en novembre 1491, des juifs et des convertis — prélude direct à l'expulsion. Rarement un nom de lieu aura résumé à lui seul un tel arc de l'histoire juive médiévale : la grandeur intellectuelle et mystique, la ferveur spirituelle, puis la persécution et le déracinement.
S'il faut nommer, entre toutes, la vertu que cette lignée aura le mieux exprimée, ce serait la fidélité dans la dispersion : cette obstination à demeurer soi sous des noms changeants, à transmettre l'essentiel — l'étude, la charité, le souvenir — quand tout invitait à l'oubli. Née d'une cité où fleurirent la mystique et l'espérance messianique, éprouvée par la conversion forcée et l'Inquisition, dispersée sur trois continents entre le Portugal, le Maroc, l'Empire ottoman, Amsterdam et le Nouveau Monde, la famille Avila incarne à sa manière la vocation d'Israël tout entier : faire de la mémoire une demeure, et du nom un serment. En cela, son destin singulier rejoint la mémoire collective d'un peuple pour qui se souvenir est déjà espérer.
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