- העברית שם
- דְּבָרִים
- טראַנסליטעריישן
- Devarim
- פרקים
- 34
Un homme qui va mourir parle devant le Jourdain à des gens qui n'ont pas vécu ce qu'il raconte. La génération née au désert reçoit l'histoire de ses parents : c'est la première mise en scène d'une transmission à des héritiers non-témoins, et c'est la situation exacte de toute mémoire familiale.
Le livre redit la Loi en la réorganisant, rappelle les échecs sans les adoucir, et porte le Shema Israël avec l'ordre de répéter ces paroles aux enfants — assis, en marchant, en se couchant. La transmission y est prescrite comme une pratique quotidienne, pas comme une cérémonie annuelle.
Il installe aussi un pouvoir limité, ce qui est rare dans la littérature de son temps : le roi est soumis à la Loi et doit en écrire une copie pour lui-même, les juges ne prennent pas de présents, un seul témoin ne suffit jamais, et l'on ne détruit pas les arbres fruitiers d'une ville assiégée. La déclaration des prémices y fait réciter à chacun, à la première personne, « mon père était un Araméen errant » — une histoire familiale et collective dite à voix haute, obligatoirement, par tout le monde.
Le danger que le livre désigne n'est pas la persécution mais la prospérité : « garde-toi d'oublier », quand tu auras mangé et bâti. L'oubli est nommé comme la menace principale, et le souvenir comme une discipline à tenir dans l'aisance. Moïse laisse enfin un poème, en disant pourquoi : pour qu'il serve de témoin quand on aura oublié. La forme chantée se retient mieux que la prose.
La critique voit dans ce livre le cœur de l'historiographie dite deutéronomiste, mise en forme autour du VIIᵉ siècle.