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Zakhor
1249 – 1394 · La Rochelle

Quarante-cinq jours

Le roi de France donne quarante-cinq jours pour vendre et partir. Il faudra quatre siècles pour qu’un Juif habite de nouveau la ville.

УстановленоFranceExpulsion1394Aunis

En 1249, Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, prend un édit d’expulsion contre les Juifs de La Rochelle.

Le bannissement est de courte durée : ils sont de nouveau dans la ville à la fin du même siècle.

C’est le rythme ordinaire de la France médiévale — expulser, rappeler, taxer, expulser encore.

Le compte des expulsions

Philippe Auguste chasse en 1182 et rappelle en 1198. Saint Louis brûle le Talmud en 1242. Philippe le Bel expulse en 1306 et confisque tout ; Louis X rappelle en 1315, pour douze ans. On chasse encore en 1322, on rappelle en 1359.

Chaque retour est vendu : les Juifs paient pour rentrer, et l’on saisit leurs créances quand ils repartent.

L’expulsion n’est pas seulement une politique religieuse. C’est un instrument de finances publiques, et il fonctionne parce qu’on peut le répéter.

1394

L’édit du 17 septembre 1394 de Charles VI est le septième, et il se veut définitif.

Quarante-cinq jours sont accordés pour vendre ses biens et quitter le royaume.

Il n’y a plus de communauté juive à La Rochelle après cette date. Il n’y en aura plus, officiellement, du XIVᵉ siècle à la fin du XVIIIᵉ.

Ce que « définitif » a voulu dire

L’édit de 1394 tient, à la différence des six précédents. La France reste sans Juifs déclarés pendant près de quatre siècles — sauf en Alsace, en Lorraine, dans le Comtat Venaissin pontifical, et à Bordeaux et Bayonne où des marchands portugais vivent en nouveaux chrétiens.

Ce dernier point vaut d’être noté ici : la façade atlantique n’a pas été vide de Juifs, elle a été vide de Juifs qui le disaient. Le Grand Livre des Juifs portugais du Sud-Ouest raconte cette présence-là.

La Rochelle, port huguenot puis port négrier, n’a pas eu cette communauté nouvelle-chrétienne : elle a eu quatre siècles de rien.

Le retour

Il faut attendre l’émancipation de 1791 pour qu’un Juif puisse légalement résider dans la ville, et bien plus longtemps pour qu’il s’y constitue une communauté.

Une synagogue existe aujourd’hui à La Rochelle. Elle ne descend de rien : elle recommence.

Entre les deux, quatre siècles pendant lesquels il n’y a strictement rien à raconter. C’est aussi une histoire, et elle mérite d’être écrite comme telle.