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Zakhor
1826 – 1866 · Vienne

La voix de la synagogue

Un chantre de vingt-deux ans réordonne le chant synagogal viennois et commande une pièce à Schubert. Sa manière de chanter est encore celle qu’on entend.

VastgesteldSulzerMusiqueVienneLiturgie

Le 12 février 1826, Salomon Sulzer, vingt-deux ans, venu de Hohenems dans le Vorarlberg, passe une audition à Vienne. Il chante des mélodies traditionnelles avec deux choristes de sa ville natale.

Il est nommé chantre du nouveau temple de la Seitenstettengasse — le Stadttempel — et y restera quarante ans.

L’état du chant synagogal

Le chant de la synagogue ashkénaze s’était transmis oralement, sans notation, avec une grande liberté d’ornementation laissée au chantre.

Les critiques du temps — y compris à l’intérieur des communautés — le trouvaient désordonné, chargé de fioritures, sans tenue.

La tentation réformatrice était de tout remplacer par de la musique d’orgue à l’allemande, comme à Hambourg. Sulzer fait autre chose.

Ce qu’il écrit dans sa préface

Sulzer publie son répertoire sous le titre Schir Zion, en deux volumes (1838-1840, puis 1865-1866) : le premier corpus complet et organisé de musique synagogale en hébreu, pour chantre et chœur d’hommes à quatre voix.

Sa préface énonce le programme : considérer les mélodies traditionnelles, nettoyer leur caractère ancien et digne des ajouts et des ornements de mauvais goût, et les reconstruire selon le texte et les règles de l’harmonie.

Ce n’est donc ni une conservation ni un remplacement : c’est une restauration au sens où l’entendait le XIXᵉ siècle, avec ce que ce mot suppose de choix personnels présentés comme un retour.

Schubert

Sulzer commande des pièces à des compositeurs viennois de son entourage, dont Franz Schubert, qui met en musique le psaume 92 en hébreu.

La pièce figure dans Schir Zion. Elle est chantée dans des synagogues du monde entier.

L’épisode dit quelque chose de la Vienne de 1828 : un compositeur catholique écrit pour un office juif, à la demande d’un chantre, sans que cela paraisse remarquable à personne.

Ce que sa voix a produit

Sulzer était surtout un chanteur, et les témoignages sur sa voix sont unanimes — Liszt et Schumann l’ont entendu et l’ont écrit.

Son répertoire s’est répandu dans toute l’Europe centrale, puis en Amérique avec l’émigration. Le rite viennois est devenu, de fait, un standard.

C’est un cas rare où l’on peut dater le moment où une tradition orale est devenue un répertoire écrit — et mesurer ce que l’écriture a fixé, en même temps qu’elle sauvait.