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Zakhor
1947 – 1954 · Qumrân, mer Morte

Sept rouleaux dans une jarre

Un berger lance une pierre dans une grotte et entend de la poterie. Les quatre rouleaux qui partent chez un archevêque reviendront par une petite annonce.

VastgesteldManuscrits de la mer MorteQumrânArchéologieBible

Entre la fin de 1946 et le début de 1947, Mohammed edh-Dhib, jeune berger de la tribu bédouine des Ta'amireh, cherche une chèvre égarée dans les collines qui dominent la mer Morte.

Il jette une pierre dans une cavité, s'attendant à un bruit de roche ou à la chèvre. Il entend de la poterie se briser.

Dans ce qu'on appellera la grotte 1, il trouve des jarres contenant sept rouleaux anciens.

Quatre d'un côté, trois de l'autre

Les Bédouins vendent quatre rouleaux à un antiquaire de Bethléem, Kando, et trois à un second marchand.

Kando revend ses quatre à Mar Athanase Yeshua Samuel, métropolite de l'Église syriaque orthodoxe de Jérusalem, pour une somme dérisoire.

Les trois autres — dont un rouleau d'Isaïe — sont achetés à Bethléem par Eleazar Sukenik, de l'Université hébraïque, au moment précis où les Nations unies votent le partage de la Palestine. Il négociait pendant que le pays basculait dans la guerre.

Une petite annonce dans le Wall Street Journal

Ne parvenant pas à vendre ses quatre rouleaux à Jérusalem, le métropolite les emporte aux États-Unis. Ils sont exposés à la Bibliothèque du Congrès. Aucun acheteur ne se présente.

En 1954, il place une petite annonce dans le Wall Street Journal : rubrique divers, quatre manuscrits de la mer Morte à vendre.

Yigael Yadin — archéologue, ancien chef d'état-major, et fils d'Eleazar Sukenik — les fait acheter par intermédiaires pour le compte d'Israël, pour 250 000 dollars. Le père avait acquis trois rouleaux en 1947 ; le fils rachète les quatre autres sept ans plus tard, sans que le vendeur sache à qui il vend.

Ce que les grottes ont changé

Onze grottes livreront au total les restes de plusieurs centaines de manuscrits, copiés entre le IIIᵉ siècle avant notre ère et le Iᵉʳ de la nôtre.

Le rouleau d'Isaïe de la grotte 1 est complet et antérieur d'environ mille ans au plus ancien manuscrit hébreu de la Bible connu jusque-là. Sa comparaison avec le texte massorétique montre une stabilité remarquable — et des écarts réels, qu'il faut nommer aussi.

Le reste du corpus n'est pas biblique : règles d'une communauté, hymnes, commentaires, calendriers. Il documente un judaïsme du Second Temple beaucoup plus divers que ce que les textes rabbiniques laissaient supposer.

Ce qui n'est toujours pas tranché

L'attribution des manuscrits à une communauté esséniennne installée sur le site de Qumrân est l'hypothèse dominante depuis Roland de Vaux, mais elle n'a jamais fait l'unanimité — d'autres y voient une bibliothèque venue de Jérusalem et mise à l'abri.

Le débat porte sur des points concrets : l'usage réel du bâtiment, la nature des salles, la cohérence entre les textes et les vestiges.

Les rouleaux acquis par Israël sont conservés au Sanctuaire du Livre, à Jérusalem. Le point de départ de tout ce dossier reste une pierre jetée dans une grotte par un adolescent qui cherchait une chèvre.