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Zakhor
janvier – avril 1953 · Moscou

Les blouses blanches

Neuf médecins du Kremlin accusés d’assassiner les dirigeants. Six sont juifs. Le procès n’a jamais eu lieu, parce que Staline est mort.

WaarschijnlijkURSSComplotCosmopolitesInterruption

Le 13 janvier 1953, la Pravda et l’agence TASS annoncent la découverte d’un complot au sein de l’élite médicale soviétique.

Neuf médecins du Kremlin sont accusés d’avoir assassiné des dirigeants soviétiques par de faux diagnostics et d’en préparer d’autres.

Six d’entre eux sont juifs.

Le vocabulaire

Ils sont présentés comme agents des services américains et britanniques, et au service de la juiverie internationale — nommément, de l’organisation d’entraide Joint.

La presse soviétique employait depuis 1948 l’expression cosmopolites sans racines pour désigner les Juifs, sans jamais avoir à écrire le mot.

Le Comité antifasciste juif avait été dissous, ses dirigeants arrêtés, et treize d’entre eux fusillés en août 1952 — l’affaire dite de la Nuit des poètes assassinés.

Ce qui se préparait

Une campagne de dénonciations s’emballe. Des médecins juifs sont chassés des hôpitaux dans tout le pays, des patients refusent de se faire soigner par eux.

Des rumeurs circulent sur une déportation massive des Juifs soviétiques vers la Sibérie et l’Extrême-Orient.

Certaines archives ouvertes après 1991 appuient l’hypothèse d’une déportation planifiée. La question reste ouverte, et le registre du probable s’impose sur ce point précis — non sur l’accusation, qui est établie.

Le 5 mars

Staline est trouvé inconscient le 1ᵉʳ mars 1953 et meurt le 5.

On a beaucoup écrit que ses gardes n’avaient pas osé entrer, et que les médecins avaient tardé — dans un pays où l’on venait d’arrêter les meilleurs d’entre eux pour avoir soigné.

Le 4 avril 1953, la Pravda annonce que l’affaire était fabriquée et que les aveux avaient été obtenus par des moyens inadmissibles. Les survivants sont libérés.

Ce que l’interruption laisse en suspens

Le procès n’a pas eu lieu. Personne ne sait ce qu’il aurait produit.

C’est la seule fois dans cette rubrique où une catastrophe annoncée s’arrête à cause d’une hémorragie cérébrale.

Deux millions et demi de Juifs soviétiques ont vécu trois mois dans l’attente. Ceux qui l’ont raconté ensuite disent tous la même chose : ils avaient préparé une valise.