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Zakhor
VIᵉ siècle · Maon (Nirim), Néguev occidental

Les bêtes du pavement

Sous une route en construction du Néguev, une synagogue byzantine où défilent des lions, une poule qui pond, et deux éléphants.

VastgesteldMosaïqueSynagogue antiqueNéguevByzance

En 1957, des travaux de route dans le Néguev occidental, entre les kibboutzim Nirim et Nir Oz, ouvrent le sol sur un pavement de mosaïque. La fouille de sauvetage est menée par Shalom Levy à la fin des années cinquante, puis reprise par Ora Yogev en 1980.

Ce qui apparaît est une synagogue. Elle a reçu au VIᵉ siècle une réfection qui a percé son mur nord et bâti une abside pour l'arche de la Torah ; le bâtiment lui-même est plus ancien, sans qu'on puisse en dater la fondation.

Une ménorah entre deux lions

Devant l'abside, le pavement place une ménorah à sept branches posée sur trois pieds en pattes de lion, flanquée de deux lions qui la regardent.

Autour d'elle, les objets du culte : un loulav, un etrog, un chofar. C'est le répertoire habituel des synagogues de l'Antiquité tardive, celui qu'on retrouve de Hammat Tibériade aux verres dorés de Rome — un vocabulaire commun à une diaspora qui ne se parlait pas.

Une vigne, et tout ce qui vit dedans

Le reste du sol est une treille. Une amphore, encadrée de deux paons, laisse partir une vigne dont les rinceaux dessinent des médaillons, et chaque médaillon tient un motif.

On y trouve des lions qui rugissent, des oiseaux en cage et des oiseaux libres, des fruits, des palmiers, les gestes de la vendange — et deux éléphants, dessinés avec une gaucherie touchante par un artisan qui, selon toute vraisemblance, n'en avait jamais vu. Ailleurs, une poule pond un œuf.

Il faut mesurer ce que cela contredit. On répète volontiers qu'un judaïsme antique se serait interdit les figures ; ce pavement, comme les chambres peintes des catacombes romaines, dit autre chose. Le deuxième commandement se lisait, et il se lisait diversement.

L'inscription, et ce qu'elle ne dit pas

Une inscription araméenne accompagne le pavement. Sa partie haute bénit l'ensemble des membres de la communauté ; sa partie basse nomme trois donateurs.

C'est la structure ordinaire de ces dédicaces, et elle porte une information qu'on néglige : ces sols ont été payés par souscription. Une synagogue de village du Néguev, au VIᵉ siècle, pouvait réunir de quoi commander un pavement figuré à un atelier — et tenait à ce que les noms des payeurs y restent.

L'église d'à côté a le même sol

À quelques kilomètres de là, à Shellal, un pavement d'église découvert par des troupes australiennes pendant la Première Guerre mondiale présente la même composition : une amphore, deux paons, une treille à médaillons, des bêtes.

Les spécialistes tiennent les deux pour l'œuvre d'un même atelier, ou du moins d'un même cahier de modèles. Une synagogue et une église du même canton, à la même époque, ont donc commandé leur sol au même artisan, qui a changé la scène centrale et gardé tout le reste.

Cela ne dit rien de l'entente entre les deux communautés — on ne déduit pas une concorde d'un contrat de maçonnerie. Cela dit qu'elles vivaient dans le même monde matériel, et qu'elles y achetaient au même endroit.

Le sol qui est parti et qui est revenu

Le pavement est resté des décennies exposé aux intempéries et aux dégradations. En 2006, il a été déposé et transporté au musée Rockefeller de Jérusalem pour restauration.

Il a ensuite été rapporté à Maon, remis à sa place, et ouvert au public. C'est une décision qui mérite d'être notée : on aurait pu le garder au musée, mieux gardé et mieux vu. On a préféré qu'il retourne au sol qu'il pavait.