En mai 1753, un projet de loi est déposé aux Communes : permettre aux Juifs résidant en Grande-Bretagne d’être naturalisés par acte du Parlement, sans avoir à recevoir le sacrement chrétien.
La portée réelle est minime. Il s’agit d’un petit nombre de Juifs fortunés nés à l’étranger, qui devraient chacun obtenir un acte privé.
La loi reçoit la sanction royale le 7 juillet 1753.
Ce qui se déclenche
En six mois, des dizaines d’articles, de pamphlets et de caricatures paraissent.
On annonce que les Juifs vont transformer la cathédrale Saint-Paul en synagogue. Que tous les mâles britanniques seront circoncis. On ressort l’accusation de meurtre rituel.
Le mot d’ordre des opposants est « No Jews, no wooden shoes » — pas de Juifs, pas de sabots : les Juifs et les Français dans la même formule.
L’abrogation
Le gouvernement Pelham cède devant la clameur, en vue des élections générales de 1754.
La loi est abrogée dès la rentrée parlementaire, en novembre 1753 selon certains décomptes, au début de 1754 selon d’autres — les sources varient sur la date exacte du vote final.
Elle n’avait naturalisé personne. Et les pamphlets ont continué de paraître après l’abrogation, dénonçant une prise de contrôle juive de la Grande-Bretagne.
Ce que l’épisode montre
L’Angleterre de 1753 comptait peut-être huit mille Juifs, pour six millions d’habitants. Aucun ne siégeait, aucun n’exerçait de charge publique.
La panique ne portait donc sur rien de réel. Elle portait sur ce que la loi SIGNIFIAIT : qu’on puisse devenir anglais sans être chrétien.
Une société peut supporter la présence et refuser l’appartenance. C’est exactement la ligne que la loi franchissait, et c’est pourquoi son contenu dérisoire n’a protégé de rien.
Ce qui a suivi
Rien pendant un siècle. La naturalisation des Juifs étrangers est restée impossible sans conversion.
Il faudra 1858 et le serment de Lionel de Rothschild, puis 1866 et 1871, pour que les dernières barrières tombent.
L’émancipation britannique s’est faite par abrogations successives, sur cent vingt ans — et 1753 est la démonstration de ce qui arrivait quand on essayait de faire vite.