Ce que Samuel David Luzzatto avait patiemment réuni à Padoue ne lui survécut pas comme un ensemble. Dès la fin des années 1860, sa bibliothèque fut mise en vente et démembrée : ses manuscrits partirent dans des directions différentes, achetés par des collectionneurs et des institutions de plusieurs pays.
Une bibliothèque éclatée, c'est une pensée éparpillée. Les volumes qui se répondaient sur les mêmes rayons se retrouvèrent séparés par des frontières et des catalogues étrangers les uns aux autres. Pour le chercheur, suivre le fonds Luzzatto revient à recoller un vase brisé dont les éclats sont conservés dans plusieurs musées à la fois.
C'est précisément le projet que mène le Musée des Manuscrits du Judaïsme Maghrébin : recenser, institution par institution, ce qui appartint au fonds Luzzatto, et reconstituer virtuellement la collection que l'histoire a dispersée.
Reconstituer une bibliothèque éclatée n'est pas seulement un travail d'érudits. C'est une manière de rendre à une œuvre son unité perdue, et de tenir ensemble, par le savoir, ce que le marché a séparé.