Naar de inhoud
Zakhor
avant 70 · Ophel, Jérusalem

La pierre de Théodotos

Une dalle de calcaire dit qu'il existait à Jérusalem, avant la destruction du Temple, une synagogue avec chambres d'hôtes et eau courante pour les pèlerins.

VastgesteldÉpigraphieJérusalemSynagoguePèlerinage

En décembre 1913, l'archéologue français Raymond Weill fouille la colline de l'Ophel, au sud de l'esplanade du Temple. Il remonte d'une citerne une dalle de calcaire de soixante-quinze centimètres sur quarante et un, couverte d'une inscription en grec.

Elle commémore la construction d'un ensemble de bâtiments par un certain Théodotos, fils de Vettenus, prêtre et archisynagogue — chef de synagogue. Le texte précise que son père et son grand-père avaient porté le même titre.

Ce que Théodotos a fait bâtir

L'inscription énumère : une synagogue pour la lecture de la Loi et l'enseignement des commandements, et, attenants, une hôtellerie, des chambres et des installations d'eau.

Le tout est destiné, dit-elle, aux étrangers qui en ont besoin — c'est-à-dire aux Juifs de la diaspora venus en pèlerinage. Une synagogue de Jérusalem n'était donc pas seulement un lieu de prière : c'était un équipement d'accueil, avec des lits et de l'eau pour les ablutions.

Le nom du père, Vettenus, est latin. On y a vu la trace d'une famille d'affranchis romains revenue à Jérusalem — l'hypothèse est plausible et invérifiable, et la rubrique ne la donne pas pour acquise.

Pourquoi cette dalle compte tellement

La paléographie la place à l'époque hérodienne ou au tout début de l'époque romaine, en tout cas avant la destruction du Temple en 70.

C'est la première preuve archéologique de l'existence d'une synagogue antérieure à la Grande Révolte. Jusqu'à cette découverte, on n'avait sur ce point que des textes — les Actes des Apôtres, Flavius Josèphe, la littérature rabbinique — et l'on pouvait soutenir que la synagogue était née après la destruction, pour remplacer le Temple.

Or ce document dit exactement l'inverse : il existait des synagogues à Jérusalem même, à l'ombre du Temple, pendant qu'il fonctionnait encore. Les deux institutions coexistaient, et elles ne faisaient pas la même chose — l'une sacrifiait, l'autre lisait et enseignait.

Trois générations d'une même charge

Le détail des trois générations d'archisynagogues mérite qu'on s'y arrête. Il indique une charge transmise, donc une institution déjà installée depuis longtemps au moment où la pierre est gravée.

Une inscription ne fonde jamais ce qu'elle mentionne : elle le suppose. Théodotos n'inventait pas la synagogue, il en rebâtissait une, dans une famille qui en dirigeait depuis au moins deux générations.

Une pierre trouvée dans une citerne

L'endroit de la découverte est lui-même une information. La dalle n'était pas en place : elle avait été jetée dans une citerne, avec des remblais, comme on se débarrasse d'un décombre.

Cela s'accorde avec la destruction de 70 et l'arasement du quartier. Le monument qu'elle célébrait a disparu sans laisser d'autre trace ; c'est le déblai qui a conservé sa mémoire.

Elle est aujourd'hui au musée Rockefeller de Jérusalem — un objet unique, qui tient toute une institution sur dix lignes de grec.