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Zakhor
1286 – 1307 · Ensisheim, Alsace

Il refuse qu’on le rachète

La rançon est réunie. Il interdit qu’on la paie, parce qu’alors on enlèverait le suivant. Il meurt en prison sept ans plus tard.

VastgesteldRançonMaharamOtagePrécédent

Meir ben Baroukh de Rothenburg — le Maharam — est la plus haute autorité rabbinique d’Allemagne au XIIIᵉ siècle.

En 1286, la pression fiscale et les vexations de Rodolphe Iᵉʳ de Habsbourg poussent des communautés entières à vouloir émigrer vers la terre d’Israël. Le Maharam part avec les siens.

Il est arrêté en Lombardie et enfermé dans une forteresse près d’Ensisheim, en Alsace. Une rançon énorme est réclamée.

Le refus

Les communautés réunissent la somme — les chiffres transmis varient, vingt mille ou vingt-trois mille marcs d’argent.

Il interdit qu’on la paie.

Son motif est juridique et il le formule comme tel : la Mishna interdit de racheter des captifs au-delà de leur valeur, précisément pour ne pas encourager d’autres enlèvements. S’il est racheté, tous les rabbins d’Allemagne seront pris l’un après l’autre.

Ce que cela suppose

Il applique à son propre cas une règle qu’il aurait appliquée à un autre.

Il sait qu’il mourra là. Il y reste sept ans, continue d’enseigner et de répondre à des questions de droit depuis sa cellule — des responsa écrits en captivité nous sont parvenus.

Il meurt le 19 iyar 1293.

Le corps

Rodolphe refuse de rendre la dépouille tant que la rançon n’est pas versée. Le calcul est parfait : un mort ne peut plus interdire quoi que ce soit.

Le corps reste quatorze ans aux mains du pouvoir.

En 1307, un homme d’affaires juif d’Alsace, Alexandre ben Salomon Wimpfen, paie la somme de sa poche pour obtenir la dépouille et la faire enterrer à Worms. Il demande pour seul salaire d’être inhumé à côté de lui. Les deux pierres sont encore là.

Ce que la décision a coûté et à qui

Elle n’a pas empêché ce qu’elle voulait empêcher : les extorsions ont continué, et le judaïsme allemand a été ravagé au siècle suivant.

Elle a en revanche établi un précédent qu’on discute encore, et qui n’a rien perdu de son actualité : jusqu’à quel prix rachète-t-on un otage, sachant que le prix payé fixe celui du prochain ?

Le Maharam a répondu par un principe, contre son propre intérêt, en connaissance de cause. C’est le seul cas de la tradition où l’auteur de la règle en est aussi la victime.