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Zakhor
1780 – 1783 · Berlin, Altona

L’allemand en lettres hébraïques

Il traduit la Torah en allemand pour ses fils, et l’imprime en caractères hébreux. Des rabbins mettent l’ouvrage au ban.

VastgesteldHaskalaTraductionMendelssohnLangue

Moses Mendelssohn, philosophe à Berlin, entreprend vers 1780 une traduction du Pentateuque en allemand, accompagnée d’un commentaire hébreu.

L’ensemble s’appelle Netivot ha-Chalom, les Sentiers de la paix, et se connaît sous le nom de Bi’our — le commentaire.

Il l’a commencé, dit-il, pour l’instruction de ses propres fils.

Le dispositif

La traduction est en allemand LITTÉRAIRE — la langue de Lessing et de Kant, non le yiddish parlé dans les maisons.

Elle est imprimée en CARACTÈRES HÉBRAÏQUES, pour être lisible par des gens qui savent l’alphabet hébreu et pas l’alphabet latin.

Le commentaire, lui, est en hébreu, et il fait appel à la tradition exégétique classique. Rien dans l’objet ne se présente comme une rupture.

Ce que cela vise

Faire passer les Juifs d’Allemagne du yiddish à l’allemand, en se servant du seul texte que tout le monde lit déjà.

L’alphabet hébreu est le pont : on lit un allemand correct sans avoir appris à lire l’allemand.

C’est une opération pédagogique d’une efficacité redoutable, et ses adversaires l’ont parfaitement comprise.

Le ban

Raphael Kohen, rabbin d’Altona, et son gendre Hirsch Janow mettent la traduction au ban.

L’objection n’est pas que le texte soit faux : c’est qu’il apprend l’allemand, et que l’allemand ouvre sur tout le reste.

Plusieurs collaborateurs prennent peur et se retirent, dont le grammairien Salomon Dubno. Mendelssohn achève seul, en mars 1783.

Qui avait raison

Le Bi’our a formé la génération de la Haskala et ouvert la culture allemande à des dizaines de milliers de Juifs.

Une part de cette génération et de la suivante s’est convertie ou a quitté toute pratique — quatre des six enfants de Mendelssohn lui-même sont passés au christianisme.

Les opposants avaient donc vu juste sur les effets, et Mendelssohn sur les moyens. C’est le genre de querelle où personne ne se trompe et où l’on n’en tire aucune leçon utilisable.