ÉLIEZER BEN JOËL HA-LÉVI ()
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Talmudiste allemand ; né probablement à Bonn 1160-65 ; mort vers 1235. Il appartenait à une famille allemande de savants ; son père, Joël ben Issac ha-Levi, était un professeur éminent du Talmud, et son grand-père maternel était Eliezer b. Nathan, peut-être le plus grand talmudiste d'Allemagne au début du douzième siècle. Le premier maître d'Eliezer fut son père ; il fréquenta ensuite les yeshibot de Metz, Mayence et Spire. Ses maîtres à Mayence et Spire furent [Eliezer b. Samuel](/articles/5625-eliezer-b-samuel) et Moïse b. Salomon ha-Kohen, deux disciples de Jacob Tam. [Isaac b. Asher II.](/articles/8157-isaac-ben-asher-ii) de la yeshibah de Spire est souvent désigné par lui comme son maître. Eliezer s'établit d'abord à Bonn, puis se rendit à Bingen, où lui et sa famille échappèrent de justesse à un massacre à la Nouvelle Année. À cette occasion, il perdit tous ses biens, y compris ses livres et manuscrits.
En 1200, il succéda à son père comme grand-rabbin de Cologne, ses adjoints étant Menahem b. David et Shealtiel b. Menahem ; il dirigeait en même temps une large yeshibah. Il prit part au Synode de Mayence (1220 ou 1223), qui avait pour objet l'amélioration de la condition morale, religieuse et sociale des communautés. Le fils de sa fille, Hillel, fut le père de Mordecai b. Hillel, et parmi ses disciples on peut mentionner Isaac b. Moïse, qui cite fréquemment son maître dans son « Or Zarua' ».
Ses œuvres.
Eliezer déploya une activité littéraire aux facettes nombreuses. Ses commentaires sur la Bible et ses gloses montrent qu'il était influencé par le mysticisme allemand de son époque. Comme son collègue Eleazar de Worms, il attachait une grande importance à la gemaṭria, bien que nombre de ses gloses soient d'ordre grammatical et lexicographique. Les quatre poèmes liturgiques d'Eliezer qui ont été conservés expriment les souffrances d'Israël, dont il avait lui-même une ample expérience. Ils se distinguent par la richesse de la pensée et la perfection de la forme, et figurent parmi les meilleurs piyyuṭim allemands. Il s'était cependant consacré principalement au Talmud et à la Halakah. Il écrivit des tosafot sur divers traités talmudiques, celles sur Baba Ḳamma, Ketubot, Yebamot et Nedarim étant cités par des autorités ultérieures ; mais elles sont peu connues, car il perdit les manuscrits à Bingen. Ses principales productions, « Abi ha-'Ezri » et « Abi Asaf », traitent de questions ritualistiques et acquirent une grande autorité en Allemagne. Tous deux suivent surtout l'arrangement des traités du Talmud, l'auteur expliquant d'abord les différents passages du Talmud en particulier en référence aux Midrashim halakiques Sifra et Sifre, et au Talmud de Jérusalem, puis énonçant les règles des observances religieuses, en ajoutant ses propres responsa ou ceux d'autres autorités relatifs au sujet.
Eliezer, comme la plupart des savants allemands, manquait de talent en matière de présentation, et les œuvres dans lesquelles il tenta de codifier les lois régissant la vie quotidienne sont plus ou moins chaotiques dans leur arrangement. Le « Abi ha-'Ezri » contient la plupart du matériel discuté dans Berakot, dans le Seder Mo'ed, dans Ḥullin et dans Niddah, et traite également de « issur we-hetter » (ce qui est interdit et permis), et certaines parties des lois du mariage. Le « Abi Asaf » contient le matériel se rapportant aux ordres Nashim et Neziḳin, donc la plus grande partie des lois du mariage, et la loi talmudico-rabbinique. En dépit de ces défauts méthodologiques, les œuvres d'Eliezer jouirent de la plus haute réputation au Moyen Âge, et sont abondamment louées par ses contemporains. Jusqu'à présent, seul un petit fragment du « Abi ha-'Ezri », sous le titre  (Cracovie, 1882), a été publié, tandis que l'ensemble de l'œuvre est conservé en manuscrit à la Bodleian Library (Neubauer, nos 637-639) et dans plusieurs autres bibliothèques. Azulai vit une partie du « Abi Asaf » en manuscrit, et l'œuvre peut encore subsister. Un traité d'Eliezer sur l'ordonnance légale de la Ketubah subsiste également (MS. De Rossi, n° 563). De longs extraits du « Abi Asaf » se trouvent dans le « Or Zarua' » d'Isaac b. Moïse, dans les responsa de Meïr de Rothenburg, dans le « Mordecai », dans les Haggahot Maimuniyyot, et dans les Halakot d'Asher b. Jehiel. Ils ne sont pas seulement d'une grande valeur pour l'étude de la Halakah, mais revêtent également un grand intérêt pour l'histoire de la littérature juive. Les responsa d'Eliezer donnent des informations sur des autorités et des œuvres par ailleurs peu ou point connues. Ces extraits donnent également une idée adéquate de la personnalité d'Eliezer. Il observait lui-même rigoureusement les pratiques religieuses, gardant même le Jour de l'Expiation deux jours de suite, tandis qu'en même temps il était indulgent envers les autres. Il permit, par exemple, les musiciens non-juifs aux mariages le Sabbat. Mais il était inflexible dans les différends relatifs aux mœurs. Il appliqua rigoureusement le décret de Rabbénou Gershon contre la polygamie, ne permettant même pas à un mari de se remarier en cas de folie incurable de l'épouse.