सामग्री पर जाएँ
Zakhor
1936 – 1940 · Sheikh Abreik (Beit She'arim), vallée de Jezréel

La brèche du gardien

Un veilleur signale une fissure dans une paroi. Derrière, la nécropole où l'on faisait porter ses morts depuis Palmyre, Beyrouth et le Yémen.

स्थापितBeit She'arimAlexander ZaïdJudah haNasiÉpigraphie

En 1936, sur les collines qui dominent la vallée de Jezréel, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Haïfa, un gardien fait sa ronde. Il s'appelle Alexander Zaïd et surveille depuis dix ans les terres achetées par le Fonds national juif autour d'un lieu que l'on nomme alors Sheikh Abreik.

Il signale ce jour-là une brèche dans la paroi d'une grotte connue. Elle donne sur une autre grotte, couverte d'inscriptions.

Un veilleur né en Sibérie

Zaïd était né en 1886 à Zima, dans le gouvernement d'Irkoutsk. Son père avait été déporté de Vilna en Sibérie pour activité révolutionnaire ; sa mère était subbotnik, de ces paysans russes qui gardaient le sabbat et que l'Empire déportait pour cela.

Le judaïsme lui venait donc par deux routes à la fois : l'exil d'un côté, le passage de l'autre.

Il arrive en Palestine en 1904, travaille comme ouvrier et tailleur de pierre à Rishon LeZion, à Ben Shemen, à Jérusalem. En 1907 il participe à la fondation de Bar-Giora, première organisation de gardiens juifs, puis en 1909 à celle du Hashomer. À partir de 1926, il garde les terres de Sheikh Abreik, où il vit avec sa femme et ses enfants.

La brèche

Zaïd prévient Yitzhak Ben-Zvi, son camarade du Hashomer et futur second président de l'État d'Israël, qui alerte à son tour l'archéologue Benjamin Mazar, auquel il était apparenté par alliance et qui comptait parmi les très rares archéologues juifs du pays.

Ils descendirent dans les grottes à la bougie. Mazar y fouilla de 1936 à 1940 pour la Société d'exploration de la Palestine juive — la future Israel Exploration Society — et Nahman Avigad reprit le chantier dans les années 1950.

Une découverte majeure a donc commencé par un rapport de service.

Ce qu'il y avait derrière

Une nécropole entière, taillée dans un calcaire tendre, en usage du Iᵉʳ au IVᵉ siècle. Les décomptes ne concordent pas — une vingtaine de caveaux numérotés dans les relevés de fouille, plus de trente systèmes de grottes selon d'autres présentations —, et il n'y a pas lieu de trancher : un caveau se prolonge, se subdivise, communique avec le voisin.

Le caveau 14 porte trois inscriptions, dont deux nomment Rabbi Shimon et Rabbi Gamliel, les deux fils de Juda le Prince — Judah haNasi, celui qui fixa la Michna vers 200, et dont la tradition talmudique rapporte qu'on le porta à Beit She'arim.

Trois cents épitaphes, et surtout du grec

On a relevé près de trois cents inscriptions funéraires sur ces parois. La plupart sont en grec ; les autres en hébreu, en araméen, quelques-unes en araméen palmyrénien.

C'est le fait le plus instructif du site, et le plus contre-intuitif. Le patriarche qui a fixé la Michna en hébreu repose dans un cimetière dont les épitaphes sont majoritairement grecques.

Ce n'est pas une contradiction à résoudre. C'est la langue que parlaient réellement les juifs de ce monde-là, et le rappel qu'une communauté peut tenir sa langue sacrée et sa langue quotidienne à la fois, jusque sur les tombes.

Ceux qu'on rapportait

Les inscriptions nomment les provenances : Beyrouth, Sidon, Tyr, Antioche, Palmyre, la Mésène en Babylonie, le Himyar au Yémen.

On rapportait donc les morts. Une nécropole devient alors une carte de la diaspora : qui pouvait payer ce transport se faisait porter là, en Terre d'Israël, à proximité de Rabbi.

Ce n'est pas un détail d'archéologie funéraire. Cela dit à quelle distance un homme d'Arabie du Sud ou de Babylonie se tenait de la Galilée dans sa tête, longtemps après que la souveraineté eut disparu.

La suite

La bourgade fut détruite lors de la révolte de Gallus, en 351-352. Des voleurs de tombes vinrent aux VIIIᵉ et IXᵉ siècles, datés par les lampes de terre cuite qu'ils y ont laissées.

Alexander Zaïd n'a pas vu la fin de la fouille : il fut tué dans une embuscade le 10 juillet 1938 — certaines notices donnent le 11 —, deux ans après sa trouvaille. Une statue équestre de bronze fut élevée en 1941, remplacée en 1979.

La nécropole est inscrite depuis 2015 au patrimoine mondial de l'UNESCO, sous un nom qui dit ce que Mazar y avait lu : un haut lieu du renouveau juif.

Zaïd était payé pour garder une terre qu'on venait d'acheter afin d'y installer des vivants. Ce qu'il y a trouvé, c'est que d'autres l'habitaient déjà — et qu'ils étaient venus, eux aussi, de très loin.