משפחת Benolol
בנולול
מקור השם, תולדותיה ויוחסיה של שושלת Benolol — שם משפחה יהודי והעקבות שהותיר.
רישום זיכרון · נאמן, לא בעלים
הספר הגדול — Benolol
Introduction
Le nom Benolol appartient à ce corpus d'appellations qui traversent l'histoire des communautés juives du Maroc comme autant de fils tenaces, résistant aux migrations, aux guerres et aux ruptures administratives. Rare, peu documenté dans les grandes sources imprimées, il n'en est pas moins réel : les registres de Geneanet attestent, pour le XXe siècle, des porteurs du nom installés entre le Maroc et l'Algérie, nés dans des familles elles-mêmes liées aux grandes souches séfarades du Maghreb occidental. C'est de ces traces concrètes — une naissance, une alliance, un prénom d'ancêtre — que ce livre part, avant de remonter vers l'histoire longue qui les rend intelligibles.
La démarche impose une honnêteté rigoureuse. La lignée Benolol ne compte pas, à ce jour, de personnage dont l'histoire ait retenu le nom propre avec certitude pour les siècles anciens. Une exception bouleversante surgit pourtant du XXe siècle : le sergent Moshe Benolol, né à Rabat en 1940, mort au printemps 1974 des blessures reçues sur le plateau du Golan, est la première figure Benolol à nom et prénom dont le destin soit documenté par des sources officielles — la fiche du registre Izkor du ministère de la Défense israélien et la base Honor Israel's Fallen. Les autres figures dont ce livre traite appartiennent pour la plupart à la famille Benoliel — dont le lien onomastique avec les Benolol est discuté au fil des pages sans qu'aucune source ne permette de l'établir avec certitude — ou au cadre communautaire partagé par l'ensemble des Juifs du nord du Maroc à l'époque moderne. Là où l'archive fait défaut, le texte le dit. Là où elle parle, il la suit.
L'ouvrage de référence pour l'onomastique reste celui d'Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, qui offre le contexte indispensable à toute lecture du patronyme Benolol. Mais le livre s'ouvre sur Tanger et sur le XIXe siècle, sur des vies vécues et documentées, avant de revenir vers l'étymologie et les variantes du nom — car c'est ainsi que fonctionne une histoire familiale digne de ce nom : elle part des faits et remonte vers les questions, non l'inverse.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 1 : Tanger au XIXe siècle — le milieu d'où surgit le nom
Tanger occupe dans l'histoire juive du Maroc une place singulière. Cité portuaire ouverte sur l'Atlantique et sur la Méditerranée, carrefour de toutes les influences depuis l'Antiquité, elle fut au XIXe siècle l'une des villes les plus cosmopolites du monde méditerranéen. Sa communauté juive, héritière directe de l'exil d'Espagne de 1492, y avait développé une culture dense et hybride : la langue haketía — ce judéo-espagnol marocain mêlé d'hébreu, d'arabe et de portugais — y résonnait dans les ruelles du mellah comme dans les comptoirs des marchands.
C'est dans cet espace que le nom Benoliel — probable parenté onomastique des Benolol, sans que cette parenté soit formellement établie — s'enracine avec le plus d'évidence. Les familles portant ce patronyme ou ses variantes y sont attestées à travers plusieurs générations, dans des registres communautaires, des publications de l'Alliance israélite universelle et des archives photographiques. Tanger était également, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, une ville en voie de placer sous un régime de gouvernance internationale qui aboutit formellement au statut de zone internationale en 1923 : ce processus lui conférait une ouverture exceptionnelle bien avant sa formalisation définitive. Les Juifs tangérois pouvaient bénéficier de protections consulaires, accéder aux nouvelles écoles de l'Alliance, voyager vers Lisbonne, Gibraltar ou Marseille avec une facilité rare.
Cette liberté de circulation explique que les porteurs de noms comme Benoliel ou Benolol se retrouvent, dès la fin du XIXe siècle, dans des villes aussi différentes que Tanger, Lisbonne, Oran et Casablanca. Le mellah de Tanger n'était pas un enfermement : c'était un point de départ, et les familles du Détroit savaient en faire usage. La valeur du voyage, du commerce et de l'ouverture à l'autre, si profondément ancrée dans la tradition séfarade, s'exprimait ici dans des trajectoires concrètes, vérifiables dans les archives consulaires et les annuaires commerciaux.
Il faut mentionner un épisode qui éclaire la précarité sous-jacente à cette apparente liberté. En 1859, lors de la guerre hispano-marocaine, la famille de José Benoliel — dont le patronyme est vraisemblablement apparenté aux Benolol — dut fuir Tanger pour se réfugier en Espagne, ne rentrant qu'en 1860 au terme du conflit. Cette brève diaspora forcée rappelle que l'ouverture de Tanger sur l'Europe était aussi une vulnérabilité : les communautés juives du nord du Maroc vivaient à portée des convulsions politiques des deux rives du Détroit.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 2 : José Benoliel à Lisbonne — le savant de la *haketía*
Parmi les membres documentés de la famille Benoliel — dont les Benolol constituent peut-être une variante graphique, sans que ce lien soit établi par des sources généalogiques directes —, c'est José Benoliel (1858–1937) qui offre le portrait le plus accompli d'un homme de son temps et de sa communauté. Né à Tanger dans une famille juive séfarade, il fut élève de l'Alliance israélite universelle, dont il fréquenta également l'école à Paris, complétant ainsi une formation qui conjuguait tradition hébraïque — il étudia aussi à la yeshiva — et modernité européenne.
Sa jeunesse professionnelle le mena loin de Tanger : il enseigna à Mikveh Israel, l'école agricole fondée par l'Alliance près de Jaffa, puis travailla à Mogador avant de s'installer à Lisbonne en 1881. Dans la capitale portugaise, où il demeura jusqu'à sa retraite en 1921, il déploya une activité intellectuelle remarquable : professeur de français, d'hébreu et d'arabe dans plusieurs établissements, traducteur, orientaliste, il maîtrisait le portugais, l'espagnol, le français, l'hébreu et l'arabe. En 1887, il devint instructeur de français à l'Escola Industrial Marquês de Pombal ; en 1888, le conseil du Cours supérieur des Lettres l'autorisa à dispenser un cours libre d'hébreu, qu'il tint de 1888 à 1891.
Son œuvre scientifique majeure est une étude approfondie de la haketía, le judéo-espagnol marocain, publiée en fascicules dans le Boletín de la Real Academia Española de 1926 à 1952, sous le titre Dialecto judeo-hispano-marroquí o Hakitía. Ce travail, qui embrasse le corpus littéraire, les proverbes et le lexique hérité du roman ibérique, de l'hébreu et de l'arabe, est resté pendant des décennies la référence fondatrice pour les spécialistes de cette langue menacée. Il fut réédité en volume à Madrid par le CSIC en 1977, quarante ans après la mort de son auteur, témoignage de sa durabilité scientifique.
Ce que cette trajectoire exprime dépasse la biographie individuelle. José Benoliel incarne une vertu centrale du judaïsme séfarade marocain : le respect du savoir transmis par la tradition conjugué à une curiosité sans frontières pour les langues et les cultures de l'autre. Son œuvre sur la haketía est un acte de tikkun — de réparation et de sauvegarde — accompli au profit de deux cultures à la fois, la portugaise et la judéo-marocaine. Il ne choisit pas entre ses héritages ; il les fait dialoguer, et en les documentant, il les arrache à l'oubli. Il mourut à Tanger en 1937, laissant une œuvre que les chercheurs des XXe et XXIe siècles continuent de citer.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 3 : Abraham et Judah Benoliel, photographes de l'empire chérifien
À Tanger, une autre branche de la famille Benoliel a laissé une trace d'une nature très différente, mais tout aussi significative : une trace visuelle. Abraham Benoliel fut l'un des premiers photographes professionnels établis dans la ville, actif à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, au moment où la photographie commençait à documenter, avec une précision inédite, les populations, les paysages et les événements du Maroc pré-protectorat.
Son œuvre est considérable : on évalue à environ soixante mille clichés l'ensemble de sa production sur près de trois décennies, couvrant la société tangéroise dans toute sa diversité — le mellah et la médina, les diplomates et les marchands, les fêtes religieuses et les scènes de rue. Ce travail constitue aujourd'hui une source de premier ordre pour l'histoire sociale de Tanger à l'époque de son émergence internationale. Après la mort d'Abraham, son fils Judah Benoliel, lui-même photographe, hérita de l'ensemble du fonds et entreprit, à partir de 1943, d'en distribuer une partie entre collections privées et institutions, parmi lesquelles le Centro Português de Fotografia, le Museu da Assembleia da República, l'Arquivo Histórico Militar, la Fundação da Casa de Bragança et la Guarda Nacional Republicana.
Ce patrimoine visuel porte une valeur que l'on pourrait appeler, dans les termes de la tradition juive, zikaron — mémoire active, délibérément conservée et transmise. Abraham Benoliel n'a pas seulement photographié : il a accompli un acte de témoignage, fixant sur la pellicule un monde qui allait être profondément bouleversé par le protectorat et par les migrations du XXe siècle. Que son fils ait pris soin de confier ce fonds à des institutions publiques plutôt que de le laisser se perdre témoigne d'une même conscience : la mémoire est un bien collectif, pas une propriété privée. C'est cet ethos de la transmission — remettre à la communauté ce que l'on a reçu — qui relie silencieusement les Benoliel aux valeurs que la lignée Benolol, dans son cercle plus discret, a très probablement partagées.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 4 : Le nom et ses formes — Benolol entre onomastique et histoire
L'analyse du patronyme Benolol s'impose à tout chercheur qui tente de reconstituer la lignée, et elle mérite d'être conduite avec la prudence que lui consacre Abraham I. Laredo dans son ouvrage de référence Les Noms des Juifs du Maroc. Le nom se construit sur la particule sémitique Ben- (« fils de ») suivie d'un radical -olol dont l'origine reste étymologiquement ouverte. Trois pistes méritent d'être présentées, sans qu'aucune puisse être tenue pour établie.
La première hypothèse voit dans -olol la cristallisation d'un nom ou d'un surnom d'ancêtre — schéma le plus fréquent dans l'onomastique judéo-marocaine, où le patronyme naît du figement du prénom du fondateur. La seconde rapproche Benolol de la famille Benoliel, dont les variantes graphiques — Benoliel, Benolel, Benoliol — sont largement attestées dans le nord du Maroc et dans les communautés atlantiques. Une élision vocalique ou une altération dialectale aurait alors produit la forme Benolol. La troisième piste, plus spéculative, envisage un radical d'origine berbère ou arabe dialectale, dont la signification originelle se serait obscurcie au fil des générations.
La pluralité des graphies est un fait central de cette histoire. Un même porteur du nom a pu se voir transcrit Benolol, Ben Olol, Benoliel ou Benolel selon que le scribe écrivait en caractères hébraïques, arabes ou latins, selon la langue de l'acte et selon l'époque. L'administration coloniale française, en fixant les états civils à partir des années 1910, a cristallisé des graphies parfois arbitraires. Toute reconstitution généalogique doit donc tenir compte de ces variantes et résister à la tentation de séparer mécaniquement ce que l'histoire avait peut-être réuni sous des orthographes différentes.
Qu'il faille voir dans Benolol et Benoliel deux branches d'une même souche ou deux familles distinctes aux patronymes convergeants, la conjecture reste plausible mais non démontrable en l'état de la documentation. Les données généalogiques disponibles sur Geneanet attestent, pour le XXe siècle, l'existence de porteurs du nom Benolol dans les communautés juives du Maghreb occidental : un Benolol né vers 1920, fils d'Abraham et de Yochebed Sananes, marié avec Meriem Louski et décédé en 1983 ; un autre Benolol marié avec Rachel Hatchouel en 1918. Ces attestations, modestes en nombre, confirment que le nom a bien existé comme entité graphique distincte. Le lien de parenté avec les Benoliel, séduisant et plausible, demeure une conjecture que les sources disponibles ne permettent ni de confirmer ni d'écarter définitivement.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 5 : Les Juifs du Maroc — cadre long et mémoire commune
Pour comprendre les Benolol dans leur profondeur historique, il faut les replacer dans la longue durée de la présence juive au Maroc, l'une des plus anciennes et des plus continues du bassin méditerranéen. Cette présence est antérieure à l'islamisation du Maghreb et s'est maintenue à travers les siècles malgré les bouleversements dynastiques, les persécutions ponctuelles et les réorganisations communautaires. Deux grandes composantes structurent le judaïsme marocain : les Toshavim, juifs autochtones souvent berbérophones ou arabophones, et les Megorashim, descendants des exilés d'Espagne et du Portugal après 1492.
L'arrivée massive des réfugiés ibériques à la fin du XVe siècle a profondément transformé les communautés du nord. À Fès, Tétouan, Tanger, Salé ou Meknès, les nouveaux venus apportèrent la langue haketía, leurs traditions liturgiques séfarades, leurs institutions et leur patrimoine onomastique. C'est dans ce creuset que les patronymes comme Benoliel — et, par dérivation conjecturale, Benolol — se sont constitués ou consolidés. La vie communautaire s'organisait autour de la kehilla : tribunaux rabbiniques, synagogues, confréries de bienfaisance, registres de mariages et de naissances. C'est de ces archives que dépend toute reconstitution sérieuse d'une lignée, et c'est leur conservation inégale qui explique les lacunes qui persistent dans l'histoire des Benolol.
La valeur de l'implication dans la vie collective — service à la kehilla, soin apporté aux plus fragiles, exercice de la justice communautaire — fut le socle invisible sur lequel reposait la dignité des familles. Cette vertu, que la tradition hébraïque résume dans le concept de gemilout hassadim (bienfaisance envers autrui), s'exprimait dans les gestes ordinaires autant que dans les charges officielles : le notable qui arbitre un conflit commercial, le riche marchand qui dote les filles pauvres, le sofer qui copie les rouleaux de la Torah pour la synagogue du mellah. Ce cadre collectif était celui dans lequel les Benolol vécurent, même si aucun d'eux ne peut être nommément rattaché à l'un de ces rôles pour les siècles antérieurs au XXe.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 6 : L'Alliance israélite universelle et la transformation du judaïsme marocain
Aucune histoire des familles juives du Maroc au XIXe siècle ne peut faire l'économie de l'Alliance israélite universelle. Fondée à Paris en 1860 par des Juifs français soucieux de défendre leurs coreligionnaires persécutés à travers le monde, elle ouvrit sa première école au Maroc à Tétouan en 1862 et étendit progressivement son réseau à toutes les grandes communautés du pays. Le projet était ambitieux et porteur de tensions à la fois : émanciper par l'éducation, ouvrir à la modernité, sans rompre avec la tradition religieuse.
La famille Benoliel fut directement touchée par cette institution. José Benoliel fut lui-même élève de l'Alliance à Tanger, puis à Paris, et c'est cette formation qui lui donna les outils linguistiques et intellectuels de sa carrière portugaise et de son travail sur la haketía. Les archives de l'Alliance conservées à Paris et à Jérusalem mentionnent par ailleurs un Salomon Benoliel dans le contexte des communautés de Tanger, cité dans la revue Paix et droit, organe de l'Alliance. Ce Salomon est identifié dans les sources comme le frère de José Benoliel, bien que cette filiation repose sur une mention dans la littérature secondaire et mérite d'être traitée avec prudence faute de document d'état civil confirmant explicitement cette parenté.
Pour les familles de condition plus modeste, comme les Benolol dont les traces sont moins visibles dans les archives imprimées, l'Alliance représentait un levier d'ascension sociale : les enfants qui en sortaient parlaient le français, maîtrisaient le calcul commercial, pouvaient prétendre à des emplois dans le négoce international ou dans les administrations consulaires. On en trouve un écho indirect et tardif dans la biographie de Moshe Benolol, né à Rabat en 1940, qui avait achevé sa scolarité à Casablanca et passé ses examens de fin d'études en français avant d'émigrer en Israël : cet ancrage scolaire francophone est l'héritage direct, à une génération de distance, des écoles que l'Alliance avait implantées dans toutes les grandes villes du Maroc. Cette transformation sociale, douce mais profonde, préparait les grandes migrations du XXe siècle, en dotant les familles juives marocaines des compétences nécessaires pour s'intégrer dans les sociétés d'accueil.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 7 : Moshe Benolol — de Rabat au plateau du Golan
Le XXe siècle a produit, pour la lignée Benolol, une figure dont le destin est documenté avec une précision que les siècles antérieurs n'ont pas permise. Moshe (Morris) Benolol naît le 29 octobre 1940 à Rabat, fils de Michael et Simi Benolol. Sa famille appartient à cette génération de Juifs marocains qui vivent la fin du protectorat dans une tension croissante entre enracinement au Maroc et appel vers Israël. À l'été 1955, Michael et Simi font le choix de l'alya ; Morris, lui, reste quelques mois supplémentaires au Maroc pour achever sa scolarité à Casablanca, où il prépare et obtient ses examens en français. Ce détail est révélateur : le jeune homme sacrifie le départ immédiat à l'exigence du savoir, un trait que ceux qui le connaîtront retrouveront dans toute sa vie.
Il arrive en Israël en 1956 dans le cadre de l'alya de la jeunesse. À son arrivée, il est envoyé au kibboutz Ein Hashlosha, mais en quitte rapidement les structures pour rejoindre ses parents, qui vivent alors dans un camp de transit (ma'abara) à Kakun, dans la vallée de Hefer. Son père y peine à trouver ses marques ; Morris travaille à ses côtés. Fin 1957, la famille s'installe à Kiryat Shmona, dans le nord de la Galilée, ville d'immigration et de reconstruction où de nombreuses familles juives marocaines ont alors posé leurs bagages. C'est là que Morris vivra jusqu'à sa mort.
Sa jeunesse israélienne est celle d'un homme tourné vers les autres. Passionné de littérature française — il traduit en hébreu, pour lui-même, des textes qu'il aime — il exerce le métier de métallurgiste dans les usines Gibor de Kiryat Shmona, une compétence acquise par l'apprentissage autodidacte et qui lui vaut la réputation d'un ouvrier sérieux et ponctuel. En mai 1959, il est incorporé dans Tsahal. Il choisit, durant son service régulier, de suivre une formation de secouriste — paramedic — au Corps médical. Ses supérieurs notent un dévouement singulier : « Je ne connais pas un seul soldat qui ait jamais eu un différend avec Morris », dit l'un d'eux. Cette phrase, rapportée sur sa fiche de la base Honor Israel's Fallen, résume en une ligne une qualité que la tradition juive nomme ahavat Israel — l'amour du prochain en son sens le plus concret.
Il quitte l'armée en octobre 1961 et retourne à la vie civile à Kiryat Shmona. Mais la guerre du Kippour, en octobre 1973, le rappelle sous les drapeaux comme réserviste. Sur le plateau du Golan, dans les combats qui suivent le cessez-le-feu et qui prolongent la guerre sous forme d'escarmouches et de bombardements sporadiques, il est déployé à Tel Shams. C'est là que survient l'événement qui scelle son destin : un bombardement éclate ; Morris prend la place d'un autre secouriste pour protéger un conducteur de tracteur exposé dans le champ. Il est grièvement blessé. Pendant quatre mois, il lutte pour sa vie, d'abord à l'hôpital Rambam de Haïfa, puis à l'hôpital Ichilov de Tel-Aviv. Il succombe à ses blessures le 1er mai 1974.
Il est inhumé au cimetière de Kiryat Shmona. Sa fiche figure au registre officiel Izkor du ministère de la Défense israélien, qui recense les soldats morts en service ou des suites de leurs blessures. Il avait trente-trois ans. La mort de Moshe Benolol n'est pas le geste d'un héros de roman : c'est l'aboutissement logique d'un caractère, d'un homme qui, depuis l'adolescence, avait fait de la protection des siens la constante de son existence. La tradition juive a un nom pour cette disposition : mesirat nefesh, le don de soi pour autrui. Il l'a incarnée, à l'âge de trente-trois ans, sur les hauteurs du Golan.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Chapitre 8 : La dispersion du XXe siècle et la reconstruction mémorielle
Le destin de Moshe Benolol s'inscrit dans un mouvement de fond qui emporta la quasi-totalité des familles juives marocaines au cours du XXe siècle. L'instauration du protectorat français et espagnol en 1912 ouvrit une période de modernisation accélérée : généralisation de l'état civil — qui figea définitivement les graphies des patronymes —, francisation par l'école, mobilité géographique vers les grandes villes. Casablanca, qui comptait à peine quelques milliers d'habitants juifs au début du siècle, en abritait plusieurs dizaines de milliers au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
La seconde moitié du siècle fut celle des grands départs. La création de l'État d'Israël en 1948, les tensions liées à la décolonisation et l'indépendance du Maroc en 1956 provoquèrent une émigration massive. La communauté juive du Maroc, qui comptait plusieurs centaines de milliers de personnes au lendemain de la guerre, se réduisit en quelques décennies à quelques milliers d'âmes, la grande majorité ayant émigré vers Israël, la France, le Canada, l'Espagne et les Amériques. La famille Benolol en est une illustration précise : Michael et Simi Benolol quittent Rabat à l'été 1955, leur fils Morris les rejoint en 1956, et la famille s'installe à Kiryat Shmona à la fin de 1957, suivant la trajectoire de milliers d'autres familles marocaines vers le nord de la Galilée.
Cette dispersion a paradoxalement à la fois fragilisé et ravivé la mémoire familiale. Fragilisée, parce que l'éclatement géographique a rompu la continuité des lieux et des registres ; ravivée, parce que la diaspora marocaine a développé, dès la fin du XXe siècle, un intense travail de remémoration — associations culturelles, publications, projets de numérisation des archives séfarades, arbres généalogiques mis en ligne. Des bases comme Geneanet ou MyHeritage ont permis à des porteurs du nom dispersés entre Israël, la France et le Canada de se retrouver et de reconstituer des branches familiales que les migrations avaient dissociées. Le registre Izkor du ministère de la Défense israélien, pour sa part, maintient vivante la mémoire de ceux qui, comme Moshe Benolol, ont payé de leur vie leur appartenance à leur nouvelle patrie. C'est dans ce mouvement de réappropriation que s'inscrit le présent ouvrage.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Les grandes figures
José Benoliel (1858–1937) — Né à Tanger dans une famille juive séfarade, José Benoliel étudia à l'Alliance israélite universelle — à Tanger puis à Paris — et à la yeshiva, avant de s'établir à Lisbonne en 1881 comme professeur de français, d'hébreu et d'arabe. Son œuvre maîtresse est l'étude du judéo-espagnol marocain, Dialecto judeo-hispano-marroquí o Hakitía, publiée en fascicules dans le Boletín de la Real Academia Española de 1926 à 1952 et rééditée en volume par le CSIC à Madrid en 1977. De retour à Tanger en 1921, il y présida la communauté juive jusqu'à sa mort et soutint la fondation d'un séminaire rabbinique alliant études religieuses et sciences profanes.
Abraham Benoliel (dates inconnues, actif fin XIXe – début XXe siècle) — Photographe professionnel établi à Tanger, Abraham Benoliel constitua au fil de trois décennies un fonds d'environ soixante mille clichés documentant la société tangéroise de l'époque : le mellah et la médina, les populations et leurs fêtes, les personnalités diplomatiques et les scènes de la vie ordinaire. Ce travail, d'une ampleur exceptionnelle pour l'époque, représente aujourd'hui une source de premier ordre pour l'histoire sociale du nord du Maroc au tournant du XXe siècle.
Judah Benoliel (dates inconnues, actif à partir de 1943) — Fils et héritier d'Abraham Benoliel, lui-même photographe, Judah Benoliel prit en charge après la mort de son père le fonds photographique familial. À partir de 1943, il entreprit de le distribuer à des institutions portugaises et marocaines, parmi lesquelles le Centro Português de Fotografia, le Museu da Assembleia da República, l'Arquivo Histórico Militar, la Fundação da Casa de Bragança et la Guarda Nacional Republicana. Cet acte de transmission volontaire transforma un patrimoine privé en mémoire collective accessible aux chercheurs et au public.
Salomon Benoliel (dates inconnues, actif en lien avec les communautés du début du XXe siècle) — Personnalité de la communauté juive de Tanger, Salomon Benoliel est cité dans la revue Paix et droit, organe de l'Alliance israélite universelle, dans le contexte des réseaux communautaires tangérois. Les sources secondaires l'indiquent comme frère de José Benoliel, sans qu'un document d'état civil permette à ce jour de confirmer cette filiation avec certitude. Son rôle précis reste difficile à cerner faute de sources complémentaires, mais sa présence dans ces publications témoigne de l'implication de la famille dans les réseaux institutionnels de la vie juive marocaine à l'époque du protectorat naissant.
Sergent Moshe (Morris) Benoliel (1940–1974) — Né le 29 octobre 1940 à Rabat (Maroc), fils de Michael et Simi Benolol, Moshe est la première figure de la lignée Benolol proprement dite dont le destin soit documenté par des sources officielles. Immigré en Israël en 1956 dans le cadre de l'alya de la jeunesse, il s'installe avec sa famille à Kiryat Shmona fin 1957. Secouriste militaire dans les réserves de Tsahal, il est grièvement blessé à Tel Shams sur le plateau du Golan lors des combats sporadiques qui suivent la guerre du Kippour, en prenant la place d'un autre secouriste pour protéger un conducteur de tracteur. Il succombe à ses blessures le 1er mai 1974, après quatre mois d'hospitalisation à l'hôpital Rambam de Haïfa puis à l'hôpital Ichilov de Tel-Aviv. Il est inhumé à Kiryat Shmona. Sa fiche figure au registre Izkor du ministère de la Défense israélien.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
Conclusion
Au terme de ce parcours, la lignée Benolol apparaît comme un fil singulier dans la trame du judaïsme marocain — discret dans l'archive, mais réel et continu. Son nom, construit sur la particule Ben-, la rattache au vaste corpus onomastique recensé par Abraham I. Laredo ; son radical demeure étymologiquement ouvert, et sa parenté avec la famille séfarade des Benoliel relève de la conjecture plausible plutôt que du fait définitivement établi. Cette honnêteté sur les limites du savoir disponible n'est pas une faiblesse : elle est la condition d'une histoire familiale rigoureuse, qui distingue ce qu'elle sait de ce qu'elle suppose.
Ce que ce livre a pu restituer tient à la fois aux figures documentées — José Benoliel le polyglotte et savant de la haketía, Abraham le photographe, Judah le transmetteur, Moshe le secouriste mort sur le Golan — et au cadre commun qui fut vraisemblablement celui des Benolol : le mellah de Tanger, les écoles de l'Alliance, les registres de la kehilla, les migrations du XXe siècle. Ces hommes ont vécu dans l'entre-deux permanent qui caractérise l'identité séfarade marocaine : entre l'hébreu et la haketía, entre la tradition rabbinique et la modernité européenne, entre l'enracinement au Maghreb et l'appel de la diaspora.
La figure de Moshe Benolol, la seule de cette lignée dont nous connaissions avec certitude le prénom, le lieu de naissance, la trajectoire et la mort, donne au livre une résonance nouvelle. Elle incarne avec une clarté saisissante la valeur que cette lignée aura, entre toutes, le mieux exprimée : le don de soi pour protéger l'autre, cette mesirat nefesh qui traverse le judaïsme depuis ses textes fondateurs jusqu'aux gestes les plus ordinaires de la vie communautaire. Qu'il s'agisse de José Benoliel sauvegardant la haketía pour les générations qui viendraient après lui, d'Abraham Benoliel fixant sur la pellicule le visage d'un monde condamné au changement, de Judah Benoliel confiant ce fonds aux institutions publiques, ou de Moshe Benolol prenant la place d'un camarade sous les bombes du Golan : chacun, à sa façon, a remis à la communauté plus qu'il n'en avait reçu.
Puisse ce volume servir de point de départ. Le dépouillement des ketubot de Tanger et de Tétouan, des archives de l'Alliance israélite universelle conservées à Paris et à Jérusalem, des registres consulaires et des bases généalogiques séfarades permettra, le jour venu, de transformer en certitudes ce qui ne peut aujourd'hui être présenté que comme probable. La mémoire des Benolol mérite cette patience.
---
גרסאות (1)
- v1 · נוכחית · 11 באוג׳ 2026
המשיכו בקריאת הספר הגדול הזה
התחברו או צרו חשבון חינם כדי לקרוא את הספר הגדול בשלמותו — וגלו, עקבו והעשירו את הלינאגות הרלוונטיות עבורכם.
אימייל אחד, הקשה אחת. ללא סיסמה; אפשר לצאת בכל רגע.
„Benolol” הוא חלק מהסיפור שלכם?
צרו מרחב חברים כדי לעקוב אחר המשפחות שקרובות לליבכם, לקבל עדכון על גילויים חדשים ולתרום — ללא סיסמה.
אימייל אחד, הקשה אחת. ללא סיסמה; אפשר לצאת בכל רגע.
הספר הזה מספר על בני משפחת Benolol. למשפחתכם עצמה יש אולי גם ספר גדול — חפשו את שם המשפחה שלכם כדי לגלות אותו, או כדי ליצור אותו.
כדי לחקור לעומק את הזיכרון, הארכיונים המשפחתיים והעדויות של השושלת Benolol, שמרו ושתפו את כתובתה הייעודית:
zakhor.ai/benololהכתובת zakhor.ai/benolol מובילה ישירות לעמוד זה. הארכיונים, האילן היוחסין והסיפורים שהקהילה תפקיד כאן ישלימו את הדיוקן ההיסטורי המוצג כאן.
🔗 ציטוט / קישור לדף זה
העתיקו אחד מהפורמטים כדי לצטט דף זה או לקשר אליו.
קישור
https://zakhor.ai/benololHTML
<a href="https://zakhor.ai/he/grands-livres/familles/benolol">הספר הגדול — Benolol — Zakhor</a>ציטוט
הספר הגדול — Benolol — Zakhor, https://zakhor.ai/he/grands-livres/familles/benololגרסאות השם (2)
שם אחד, מאה פנים.
אותו שם משפחה, המתועתק באופן שונה לפי השפות, התקופות והתפוצות.
לטינית1
עברית1
המשפחה שלכם כותבת את השם אחרת?
לזכר
מאגר השמות המרכזי של קורבנות השואה של יד ושם מתעד את הנשים, הגברים והילדים שנרצחו בשואה. ניתן לחפש בו את האנשים שנשאו את השם Benolol.
חיפוש «Benolol» ביד ושםהחיפוש מתבצע ישירות בארכיוני יד ושם; Zakhor אינה מעתיקה ואינה שומרת נתונים שמיים כלשהם. נוכחותו או היעדרו של שם במאגר אינם ממצים. למידע נוסף
ימי הספר הזה
לספר זה עדיין אין יום זיכרון. המקורות המתעדים את Benolol נותנים שנים ומאות שנים, לעולם לא יום; אנו לא משדכים אותו.
תאריך המוכר לכם — הזכרון, הילולה, יום השנה של עזיבה? תנו לו את יומו
ביבליוגרפיה
- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)