משפחת Belamich
מקור השם, תולדותיה ויוחסיה של שושלת Belamich — שם משפחה יהודי והעקבות שהותיר.
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הספר הגדול — Belamich
Introduction
À Fès, à Marrakech, à Sefrou, à Mogador ou dans les bourgades de l'Atlas, des familles juives ont maintenu, génération après génération, le fil de la Loi, de la prière et de l'entraide. Parmi elles, des porteurs du nom Belamich — nom dont la consonance arabo-berbère trahit l'enracinement profond dans le terreau commun des communautés du Maroc. Ce Grand Livre ne prétend pas restituer une généalogie continue là où les archives font défaut. Il s'attache à situer le nom Belamich dans l'histoire longue des Juifs du Maroc, à en proposer les lectures étymologiques les plus vraisemblables, et à faire ressortir, aux endroits où les faits le permettent, les valeurs que la tradition juive a portées à travers ces communautés : l'attachement à la Loi, la charité (tsedaka), l'entraide communautaire, l'accueil de l'étranger et la fidélité à la mémoire d'Israël.
Ce livre s'ouvre non sur une étymologie, mais sur la vie elle-même : la vie d'une communauté au long cours, marquée par des siècles de présence sur une terre que les Juifs du Maroc appelaient sans détour leur pays, et qu'ils ont quittée, pour la plupart, au siècle dernier. Ce qui relève de l'établi sera distingué de ce qui relève du probable ou du transmis, car l'honnêteté du récit compte davantage que sa continuité apparente.
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Chapitre 1 : Une présence millénaire — les Juifs dans le paysage marocain
La présence juive au Maroc est parmi les plus anciennes de la diaspora. Elle est attestée dès l'Antiquité dans les régions côtières et dans certains lieux de l'intérieur, et elle fut renforcée, au cours des siècles, par des vagues d'arrivées successives qui firent du judaïsme marocain l'une des communautés les plus complexes et les plus fécond du monde juif méditerranéen. Deux grandes souches s'y croisèrent : d'un côté les toshavim — les « habitants » autochtones, souvent berbérophones, enracinés depuis des temps immémoriaux dans les campagnes de l'Atlas, du Drâa, du Tafilalet et du Sous — de l'autre les megorashim, les « expulsés » venus d'Espagne après 1492 et de Portugal après 1497, qui apportèrent avec eux une culture rabbinique raffinée, un hébreu de chancellerie et une connaissance du monde ibérique et ottoman.
Cette double souche laissa des traces durables dans la vie religieuse, juridique et culturelle des communautés. Les deux groupes n'avaient pas les mêmes rites liturgiques, pas les mêmes coutumes (minhagim), pas les mêmes référents légaux. Pendant plusieurs générations, ils maintinrent des tribunaux rabbiniques distincts, des synagogues distinctes, parfois des quartiers distincts. Peu à peu, dans la plupart des villes, les coutumes se fondirent sans totalement se confondre, et le résultat de ce long brassage fut un judaïsme marocain à la personnalité très affirmée : savant et populaire à la fois, fidèle à la halakha tout en étant ouvert aux adaptations locales, profondément mystique dans certaines régions — le culte des saints (hiloula) en témoigne — et résolument pratique dans d'autres.
Une lignée portant un nom à consonance arabo-berbère comme Belamich s'inscrit dans ce paysage du côté des communautés les plus anciennes. Elle n'est ni celle des cours royales ni celle des grandes académies talmudiques de Fès ; elle est, plus vraisemblablement, celle des familles qui ont vécu cette histoire de l'intérieur, dans les mellahs des villes moyennes ou dans les villages de l'arrière-pays, portant la Loi sans nécessairement la commenter, pratiquant la charité sans nécessairement la théoriser.
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Chapitre 2 : Le mellah, l'entraide et la charité — une économie morale du quotidien
La vie des Juifs du Maroc s'organisa longtemps autour du mellah, quartier réservé qui fut à la fois une protection et un enfermement. Les premiers mellahs apparurent à Fès à la fin du XIVe siècle ; d'autres suivirent dans les principales villes du pays, imposés tantôt par les sultans pour des raisons d'ordre public, tantôt sollicités par les communautés elles-mêmes pour se prémunir contre les violences de la foule. Dans ce périmètre contraint vivait une société complète : la synagogue (slat), l'école (heder ou talmud-tora), le tribunal rabbinique (bet din), le bain rituel (mikvé), les boucheries cachers et les boutiques d'artisans.
Ce qui faisait la fierté morale de ces communautés, cependant, ce n'était pas seulement l'organisation matérielle, c'était l'économie du don et de l'entraide qui la sous-tendait. La tsedaka — terme que la tradition traduit à la fois par charité et par justice, rappelant ainsi que le soin de l'autre est une obligation légale, non un geste spontané — se traduisait en institutions concrètes : caisses pour les pauvres alimentées par les notables, dot pour les jeunes filles sans ressources (hakhnassat kalla), soin aux malades (bikkur holim), rachat des captifs (pidyon shevuyim), accueil des voyageurs. Ces institutions n'étaient pas des ornements communautaires ; elles étaient le squelette moral de la vie collective, confiées à des confréries souvent héréditaires, régies par des règlements précis.
Une famille comme les Belamich, si elle a vécu dans ces mellahs — hypothèse hautement probable pour toute lignée juive marocaine —, aura nécessairement pris part à cette économie de la solidarité, qu'elle ait donné ou reçu. C'est l'une des vertus les mieux incarnées par le judaïsme marocain dans son ensemble : la conviction que nul membre de la communauté ne devait être abandonné, et que le soin de l'autre — l'orphelin, la veuve, l'étranger de passage — relevait de la justice autant que de la bonté. En s'inscrivant dans ce tissu, la lignée participe d'une vertu que la tradition d'Israël a portée depuis les prophètes : la commandement de poursuivre la justice (tsedek, Deutéronome 16, 20), que les communautés du Maghreb ont traduit en institutions concrètes, bien avant que les États modernes n'inventent leurs propres systèmes de protection sociale.
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Chapitre 3 : Savoirs rabbiniques et vie intellectuelle dans les communautés marocaines
Le Maroc juif fut une terre d'étude intense. Fès, ville impériale et intellectuelle, fut dès le Moyen Âge le foyer d'une vie talmudique brillante. Meknès, Marrakech, Salé, Sefrou, Debdou, Ouezzane, Taroudant et bien des bourgades de l'Atlas produisirent des rabbins, des décisionnaires (poskim), des kabbalistes, des copistes et des hommes de prière dont les responsa, les commentaires et les manuscrits nourrissent encore la recherche contemporaine. La halakha y fut vivante, souvent adaptée aux réalités locales par des taqqanot — ordonnances communautaires promulguées par les grandes assemblées rabbiniques — dont les fameuses Taqqanot des exilés de Castille installés à Fès au XVe siècle demeurent un monument du droit rabbinique sépharade.
La figure de Rabbi Yosef ibn Migash (mort en 1141), grand maître talmudique lié aux cercles andalous et marocains, ou celle de Rabbi Vidal Sarfati, décisionnaire installé à Fès au XVe siècle, illustrent la densité de cette vie intellectuelle. Plus tard, les familles Abensour, Toledano, Berdugo, Ibn Danan et tant d'autres incarnèrent une continuité rabbinique ininterrompue, de génération en génération, dans ces mêmes villes. Cette tradition du savoir transmis, de maître à disciple et de père en fils, est elle-même une vertu cardinale : elle a permis à Israël de demeurer un peuple du Livre à travers les siècles et les exils, sans que chaque transmetteur ait eu à laisser un nom dans les catalogues.
Nous ne disposons pas, à ce jour, d'attestation documentaire reliant explicitement le nom Belamich à une figure rabbinique ou savante identifiée. L'honnêteté impose de le dire, et de ne prêter à la lignée aucune gloire d'emprunt. Mais dans un monde où l'alphabétisation hébraïque était largement répandue chez les hommes, où chaque père aspirait à ce que son fils récite correctement la Torah et participe à l'office, il est vraisemblable que des membres de la lignée aient su lire, prier, transmettre les prières et les coutumes. Cette transmission humble — les bénédictions du shabbat, les mélodies de Kippour, les récits de la Haggada de Pâque — est elle-même une forme d'implication dans la vie collective d'Israël, moins visible que l'érudition rabbinique, mais aussi nécessaire à la survie du peuple.
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Chapitre 4 : Métiers, échanges et présence dans l'économie du Maroc
L'économie des Juifs du Maroc reposait sur un éventail de métiers bien documentés. Les orfèvres et bijoutiers juifs étaient réputés dans tout le pays, réalisant pour les femmes berbères et arabes les parures et les ceintures d'argent qui constituaient une part de leur dot et de leur richesse personnelle. Le travail du cuir, le tissage, la teinture, la cordonnerie, la taille des vêtements, la pharmacopée populaire et les activités de change et de prêt formaient l'autre socle de cette économie artisanale et marchande. Dans les campagnes, des colporteurs juifs parcouraient les semaines de marché (souks) pour apporter aux populations rurales les produits qu'elles ne fabriquaient pas elles-mêmes, tissant ainsi un réseau d'échanges qui traversait les frontières linguistiques et tribales.
Dans les villes côtières et dans les grandes cités impériales, certaines familles juives occupaient des fonctions de courtiers (tujjar al-sultan, marchands du sultan) auprès des dynasties alaouites, servant d'intermédiaires avec les marchands européens, négociant des traités de commerce, finançant des expéditions. Ces grands négociants n'étaient toutefois qu'une minorité : la masse des Juifs marocains vivait de métiers modestes, exercés dans les conditions souvent précaires du mellah, sans que cela compromette leur dignité ni leur attachement à la Loi.
Rien, dans les sources vérifiées à notre disposition, ne fixe un métier particulier à la lignée Belamich. Toute affirmation en ce sens relèverait de la conjecture. On peut néanmoins situer la famille dans ce paysage laborieux où le travail honnête, la probité dans les transactions et le maintien du foyer étaient tenus pour des devoirs autant religieux qu'économiques. Le respect du juste poids, la parole tenue, la solidarité entre confrères d'un même corps de métier prolongeaient dans l'atelier et sur le marché les exigences de la Loi — ce que la tradition désigne par le terme d'éthique des affaires (mishpat ha-mamonot), domaine dans lequel les rabbins marocains légiférèrent abondamment.
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Chapitre 5 : Le patronyme Belamich — physionomie et lectures possibles
Le patronyme Belamich se lit d'abord dans sa morphologie. Le préfixe bel- (ou ben-, bou-) est l'une des marques les plus courantes de la nomination maghrébine, arabe et berbère : il signifie « fils de » ou « celui de », et introduit un nom, un métier, une origine ou une qualité. On le retrouve dans d'innombrables noms judéo-marocains — Ben Attar, Bel Haj, Bou Hnach, Belkassem, Ben Soussane, pour n'en citer que quelques-uns. La seconde partie, -amich (ou Amich, Hamich), constitue le noyau nominal auquel le préfixe s'agrège. Selon les principes établis par Abraham I. Laredo dans son ouvrage de référence sur l'onomastique juive du Maroc, ce type de composition — préfixe filiatif suivi d'un radical arabe, berbère ou hébraïque — est caractéristique d'une large part des patronymes juifs du pays.
L'incertitude porte sur le radical lui-même, et il convient de la nommer plutôt que de la masquer. Amich peut renvoyer à un anthroponyme berbère localisé, à un diminutif affectif d'un prénom plus long, ou à une forme dialectale dont la trace s'est perdue dans les transitions de graphie entre l'arabe, l'hébreu et le français colonial. Les scribes, notaires, rabbins et administrateurs du protectorat ont transcrit les noms judéo-marocains selon des conventions très variables, et un même patronyme peut apparaître sous des formes sensiblement différentes d'un registre à l'autre : Belamich, Ben Amich, Bel Amich, ou encore Bamich dans certains documents. Cette flottaison graphique est elle-même une donnée historique : elle témoigne du long chemin entre le nom prononcé dans le foyer et le nom fixé par l'administration.
Ce que l'on peut affirmer avec sûreté, c'est l'appartenance du nom à l'aire culturelle judéo-marocaine et son enracinement dans un mode de nomination partagé par les populations juives et musulmanes du pays. Ce trait témoigne, à lui seul, de la longue coexistence des communautés dans un même paysage linguistique et culturel — coexistence souvent présentée comme idyllique, mais qui fut en réalité complexe, mêlant des siècles de proximité quotidienne, d'échanges commerciaux et culturels, à des épisodes de violences, d'exactions fiscales et de discrimination institutionnelle sous le régime de la dhimma.
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Chapitre 6 : Le tournant du XXe siècle — Alliance israélite, protectorat et transformation des communautés
Le XXe siècle bouleversa profondément le judaïsme marocain, et ce bouleversement commença en réalité dès la fin du XIXe siècle avec l'arrivée de l'Alliance israélite universelle. Fondée à Paris en 1860, l'Alliance ouvrit des écoles dans les principales villes du Maroc, offrant aux enfants juifs un enseignement en français, en hébreu et dans les disciplines modernes. Cette scolarisation eut des effets considérables : elle forma une génération de Juifs marocains qui s'exprimaient en français, qui connaissaient la géographie et l'histoire de l'Europe, qui pouvaient accéder à des professions libérales et à des emplois dans l'administration coloniale après l'instauration du protectorat français en 1912. Elle modifia aussi profondément la place de la femme dans la communauté, en donnant aux filles un accès à l'éducation formelle qui leur avait souvent été refusé.
Le protectorat lui-même transforma la carte économique et sociale des Juifs marocains. Les grandes villes — Casablanca en tête — devinrent des pôles d'attraction vers lesquels migrèrent de nombreuses familles venues des mellahs de l'intérieur. Les Juifs du protectorat français bénéficièrent d'un statut ambigu : ils n'avaient pas la citoyenneté française (le décret Crémieux de 1870 ne s'appliquait qu'en Algérie), mais ils jouissaient d'une protection relative et d'un accès aux structures modernes d'éducation et de commerce. Cet entre-deux définit une génération entière : ni tout à fait française, ni tout à fait marocaine au sens traditionnel, formée par deux cultures et parfois écartelée entre elles.
Ce moment de transformation est sans doute celui où les porteurs du nom Belamich, comme des milliers d'autres familles, durent négocier une identité recomposée — entre les prières du mellah et l'école de l'Alliance, entre l'hébreu liturgique et le français administratif, entre le mariage arrangé par le rabbi et les aspirations d'une jeunesse scolarisée. Cette capacité à naviguer entre les mondes, à adapter les formes sans trahir le fond, est elle-même une vertu ancienne dans l'histoire juive : une souplesse qui ne doit pas être confondue avec l'assimilation, car au fond du foyer, les chandelles du shabbat continuaient de brûler.
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Chapitre 7 : L'exil et la dispersion — les Belamich dans la diaspora contemporaine
Après la création de l'État d'Israël en 1948 et l'indépendance du Maroc en 1956, la très grande majorité des Juifs marocains émigra. Les destinations furent variées : Israël pour les plus nombreux, attirés par le sionisme ou poussés par les tensions de l'après-indépendance ; la France pour ceux qui avaient été scolarisés par l'Alliance et se sentaient proches de la culture française ; le Canada, l'Espagne, l'Amérique du Sud, et pour une petite partie l'Amérique du Nord anglophone. En l'espace d'une génération, une communauté qui comptait quelque deux cent cinquante mille âmes se réduisit à quelques milliers de personnes au Maroc, tandis que des centaines de milliers de ses membres se dispersaient sur quatre continents.
Ce déracinement massif est l'une des grandes fractures de l'histoire juive contemporaine, souvent moins connue que la Shoah mais également fondatrice d'identités et de mémoires. Pour les familles qui quittèrent le Maroc, il s'accompagna d'une perte matérielle souvent totale — maisons laissées, commerces vendus à la hâte ou abandonnés, cimetières confiés à la garde incertaine du temps — et d'une recomposition identitaire longue et parfois douloureuse dans les sociétés d'accueil. En Israël, les Juifs marocains durent souvent affronter la condescendance des Juifs ashkénazes qui dominaient les institutions du jeune État ; en France, ils durent s'intégrer dans une société qui regardait l'immigration nord-africaine d'un œil ambivalent.
Les porteurs du nom Belamich ont vraisemblablement connu ce déracinement et cette recomposition. C'est dans ces nouvelles terres que s'exprime une autre vertu, moins visible mais essentielle : la fidélité à la mémoire, le soin de conserver les prénoms hérités, les mélodies liturgiques du rite marocain, les recettes des fêtes, les récits des grands-parents, les noms des cimetières laissés au Maroc. Cette piété de la mémoire — que la tradition juive nomme zikaron, souvenir — relie le destin singulier d'une lignée à celui de tout un peuple qui, d'exil en exil, a fait de la transmission le cœur de sa survie. Reconstituer un nom, comme le fait ce livre, participe de ce même geste : rendre un visage à ce que l'histoire aurait pu effacer.
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Les grandes figures
La documentation disponible à ce jour ne permet pas d'identifier de figure individuellement nommée et attestée par les archives au sein de la lignée Belamich elle-même. L'honnêteté du récit impose de le dire sans détour. En revanche, plusieurs figures historiques majeures ont structuré le monde dans lequel les Belamich ont vécu : rabbins, décisionnaires, érudits et communautés dont la mémoire éclaire la trajectoire de toute famille juive marocaine. Ces notices sont des figures du contexte documenté ; elles ne sont pas attribuées à la lignée, mais permettent de situer le nom dans son époque et son milieu.
Abraham I. Laredo (dates inconnues, actif au XXe siècle) — Érudit et historien de l'onomastique séfarade et judéo-marocaine, auteur de l'ouvrage de référence Les Noms des Juifs du Maroc, publié au XXe siècle et demeurant l'instrument de travail indispensable à quiconque cherche à comprendre l'origine et la structure des patronymes juifs du Maghreb. Son œuvre a permis de classer des centaines de noms selon leurs origines hébraïques, arabes, berbères ou ibériques, et constitue la principale source savante pour l'étude du patronyme Belamich. Sans son travail de dépouillement systématique des registres communautaires et des actes rabbiniques, la reconstitution de l'onomastique judéo-marocaine demeurerait inaccessible aux chercheurs comme aux familles.
Rabbi Yosef ibn Migash (vers 1077–1141) — Rabbin et décisionnaire talmudique de premier rang, né en Andalousie et formé dans les grandes académies ibériques avant de devenir le maître de Maïmonide par l'intermédiaire de son fils. Sa carrière s'inscrit dans la zone de contact entre l'Espagne musulmane et le Maghreb, zone dont le judaïsme marocain est l'héritier direct. Ses responsa et ses commentaires du Talmud, rédigés en Espagne mais diffusés dans tout le monde sépharade, influencèrent durablement la halakha pratiquée au Maroc. Il figure parmi les grands maîtres dont la pensée juridique irrigua les tribunaux rabbiniques des villes marocaines pendant plusieurs siècles.
Rabbi Vidal Sarfati (dates inconnues, actif à Fès au XVe siècle) — Décisionnaire installé à Fès après les grandes migrations sépharades de la fin du XVe siècle, il est l'une des figures qui contribuèrent à la rédaction et à la promulgation des Taqqanot de Fès — ordonnances rabbiniques qui réglèrent pour des générations le droit matrimonial, successoral et commercial des communautés judéo-marocaines issues des exilés de Castille. Ces taqqanot constituent un monument du droit rabbinique sépharade adapté aux réalités nord-africaines, et leur influence se fit sentir dans toutes les villes où s'installèrent des familles issues de l'exil ibérique comme dans les communautés autochtones avec lesquelles elles coexistèrent.
L'Alliance israélite universelle (fondée en 1860, Paris) — Institution plutôt que personne, mais acteur historique d'une importance telle qu'il serait impossible de comprendre la transformation du judaïsme marocain au XXe siècle sans elle. Fondée à Paris par des Juifs français soucieux d'« émanciper » leurs coreligionnaires d'Orient et du Maghreb, l'Alliance ouvrit ses premières écoles au Maroc dans la seconde moitié du XIXe siècle. En transmettant la langue française et les disciplines modernes aux enfants des mellahs, elle forma la génération qui vécut le protectorat, négocia l'indépendance et prépara l'émigration. Elle fut pour beaucoup de familles juives marocaines — vraisemblablement pour des porteurs du nom Belamich — le vecteur principal de leur entrée dans la modernité.
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Conclusion
De la lignée Belamich, l'archive dit peu, et il faut avoir la sobriété de le reconnaître : pas de généalogie continue, pas de figure nominalement attestée dans les documents conservés, pas d'étymologie certaine — seulement un nom bien enraciné dans l'onomastique judéo-marocaine, dont la morphologie renvoie au fonds arabo-berbère commun aux communautés du pays. Mais ce silence documentaire n'est pas un vide de sens. Il est le sort ordinaire de la très grande majorité des familles juives du Maghreb, dont la grandeur ne s'est pas écrite dans les catalogues mais s'est vécue dans la fidélité quotidienne.
À travers les chapitres de ce livre, une réalité s'est dessinée : les Belamich ont appartenu à ce monde du mellah et de l'Atlas, de la prière et du marché, de l'exil intérieur puis de l'exil extérieur, qui est le monde du judaïsme marocain dans toute sa profondeur. Ils ont participé, à leur mesure, à l'économie morale de la tsedaka, à la transmission humble de la Loi et des coutumes, à la recomposition identitaire qu'impose tout déracinement. Ce que cette lignée aura, entre toutes les vertus, le mieux exprimé — à l'image de la communauté qui l'a portée — c'est la fidélité de la transmission : cette obstination discrète à maintenir la Loi, la prière, la charité et la mémoire d'une génération à la suivante, dans le mellah comme sur les routes de l'exil.
Car c'est par des familles sans éclat apparent, mais constantes et enracinées, qu'Israël a traversé les siècles. En restituant ce nom et en le situant dans l'histoire des Juifs du Maroc, ce Grand Livre honore moins un individu qu'une chaîne de transmetteurs anonymes, et rappelle que se souvenir — zakhor — est, dans la tradition juive, l'une des formes les plus hautes de la justice.
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- Abraham I. Laredo, Les Noms des Juifs du Maroc, CSIC, Madrid (1978)