משפחת Battino
בטין
מקור השם, תולדותיה ויוחסיה של שושלת Battino — שם משפחה יהודי והעקבות שהותיר.
רישום זיכרון · נאמן, לא בעלים
מפת השושלת
הספר הגדול — Battino
Introduction
Livourne, XVIIe siècle. Sur les quais d'une ville franche que les grands-ducs de Toscane ont ouverte à tous les exilés du monde, des familles venues d'Ibérie, d'Afrique du Nord et des échelles ottomanes se côtoient, prient, commercent et impriment. C'est dans ce creuset que le nom Battino s'inscrit avec le plus de vraisemblance documentée — un nom séfarade à terminaison italienne, porté dans l'aire toscane aux XVIIe et XVIIIe siècles, et dont des ramifications orientales, plus incertaines, conduisent vers l'Empire ottoman et peut-être vers Salonique. Ce livre ne retrace pas une seule lignée continue dont les archives livreraient chaque maillon ; il reconstruit le cadre dans lequel des familles nommées Battino ont vécu, travaillé, prié et transmis un nom à travers cinq siècles de dispersion méditerranéenne.
Est séfarade, rappelons-le, celui qui appartient à la branche « espagnole » du peuple juif, c'est-à-dire au judaïsme du pourtour méditerranéen et donc au judaïsme oriental [Harissa, Les noms de famille séfarades]. La lignée Battino s'inscrit dans ce monde-là : dans ses ports, ses caravansérails, ses imprimeries hébraïques et ses confréries de bienfaisance. L'histoire qu'on va lire est donc celle d'une fidélité — à un nom, à une Loi, à une mémoire — tressée à l'histoire collective d'Israël.
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Chapitre 1 : Livourne, ville-refuge et berceau toscan de la lignée
Nul autre lieu ne s'impose d'emblée autant que Livourne pour qui cherche les Battino. C'est là, dans la cité franche que les Médicis ont bâtie sur le rivage tyrrhénien, que la présence de familles portant ce nom est associée à la communauté judéo-italienne de Toscane, selon la mémoire communautaire conservée par les sources onomastiques et généalogiques consultées. L'histoire de Livourne est elle-même une leçon de tolérance institutionnalisée.
Par les Livornine — les lettres patentes accordées en 1591 et 1593 par le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis — la ville invitait marchands, artisans et réfugiés de toutes nations, et singulièrement les Juifs séfarades et les conversos désireux de revenir au judaïsme, à s'établir librement, à pratiquer leur culte sans contrainte et à commercer sous la protection ducale. Ces deux chartes constituent l'un des actes fondateurs du judaïsme livournais : elles accordaient immunité pour les crimes antérieurs, liberté d'exercice religieux, droit à l'arbitrage interne par les rabbins, et exemption des marques discriminatoires en usage dans d'autres États italiens. En quelques décennies, Livourne devint l'une des communautés juives les plus prospères et les plus libres d'Europe.
Les Juifs séfarades installés à Livourne, appelés Grana (קורנים, Gorneyim en hébreu), essaimèrent vers l'Afrique du Nord dès le XVe siècle, puis vers Amsterdam, Venise, Bilbao et les Amériques. À son apogée, la communauté juive de Livourne comptait près de dix mille âmes ; à partir de la fin du XIXe siècle, après que la ville eut perdu son statut de port franc, ce nombre déclina, et en 1904 il ne restait plus que trois mille Juifs à Livourne, beaucoup ayant émigré vers d'autres villes et d'autres nations.
C'est dans ce terreau que le nom Battino s'enracine avec le plus de consistance. Les familles qui vivaient à Livourne aux XVIIe et XVIIIe siècles partageaient un univers commun : le grand commerce maritime vers les Levant et le Maghreb, l'imprimerie hébraïque — Livourne fut l'une des capitales mondiales du livre hébreu —, l'étude talmudique et les confréries de bienfaisance. Appartenir à la Nation juive de Livourne, comme on appelait collectivement la communauté, c'était participer à un projet civique autant que religieux, dans lequel la tsedaka — la justice redistributive que la tradition nomme aussi charité — était érigée en institution : confréries pour les pauvres, dot pour les jeunes filles sans ressources, rachat des captifs enlevés par les corsaires de Méditerranée.
Cette implication dans la vie collective n'était pas optionnelle ; elle était l'expression même de la règle talmudique : kol Israël arévim zé la-zé, « tout Israël est garant l'un de l'autre ». Là où les Battino ont vécu de ce commerce et de cette solidarité livournaise, ils auront participé à l'une des formes les plus accomplies qu'ait connues le judaïsme méditerranéen de la première modernité.
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Chapitre 2 : L'aire toscane — Pise, Florence et la Toscane des Médicis
Livourne n'était pas une île. Elle s'inscrivait dans un réseau toscan plus vaste, où Pise, Florence, Sienne et de petites bourgades comme Pitigliano hébergeaient des Juifs depuis le Moyen Âge, souvent sous statut condottal renouvelable. Les archives civiles de ces villes — recensements, contrats, actes de mariage, registres de décès — constituent aujourd'hui les sources primaires les plus précieuses pour reconstituer les généalogies séfarades d'Italie centrale. Des bases de données généalogiques recensent ainsi des enregistrements civils de Pise, Florence, Sienne et Pitigliano, témoignant de la densité de la présence juive en Toscane.
Le patronyme Battino, par sa terminaison en -ino, appartient à une famille morphologique bien attestée en Italie : ce suffixe diminutif ou affectueux — omniprésent dans la toponymie et l'anthroponymie de la Péninsule — s'appliquait aussi bien à des diminutifs de prénoms qu'à des qualificatifs de métier ou d'origine. De nombreux patronymes très anciens apparaissaient parmi les noms juifs répertoriés en Italie du Nord, tels Olivetti, Sanguinetti, Padovani ou Vitali [Long, Noms corses et patronymes juifs d'Italie]. Battino s'inscrit dans cette tradition d'italianisation d'un substrat ibérique ou hébreu antérieur, sans qu'on puisse, en l'état des sources, trancher sur l'étymon premier.
La Toscane des XVIIe–XIXe siècles offrit aux familles juives un cadre d'exception, relatif aux autres États d'Europe. Même après la fin du grand-duché médicéen en 1737, sous les Habsbourg-Lorraine, les Juifs toscans conservèrent une partie de leurs libertés et furent parmi les premiers en Italie à bénéficier de l'émancipation napoléonienne en 1796. Cette émancipation fut fragile — la Restauration en rogna les acquis — mais elle amorça un processus d'intégration civique qui allait, au XIXe siècle, transformer profondément les familles juives d'Italie. Le savoir talmudique y côtoyait désormais la culture classique européenne ; le marchand séfarade pouvait aussi devenir avocat, médecin ou professeur. C'est dans cette transition que les Battino toscans, si des branches y persistèrent jusqu'au XIXe siècle, auront navigué entre tradition et modernité.
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Chapitre 3 : Les routes du Levant — L'Empire ottoman et la nébuleuse ladinophone
Parallèlement à la branche toscane, le nom Battino pouvait rejoindre, par les circuits du commerce séfarade, les grands foyers de l'Orient méditerranéen. Les familles livournaises entretenaient des réseaux denses avec les échelles ottomanes — Smyrne, Constantinople, Salonique — où les marchands juifs servaient d'intermédiaires entre l'Empire et les places européennes. Les Juifs séfarades arrivèrent à Salonique dans les décennies qui suivirent l'Expulsion de 1492 ; ils transitèrent possiblement par l'Italie et l'Afrique du Nord. Dès la fin du XVIe siècle, Salonique était devenue la « Jérusalem des Balkans » : une ville où le judéo-espagnol — le ladino — était la langue de la rue, du commerce, de la prière et de l'imprimerie.
Le lien entre Livourne et Salonique n'était pas seulement géographique : en quelques mois au XVIIe siècle, près de cinq cents familles séfarades souvent originaires de Livourne, soit deux mille Juifs, rejoignirent des mouvements religieux qui agitaient le monde ottoman. Cette circulation continuelle entre la Toscane et l'Orient illustre à quel point les familles séfarades n'étaient pas d'un lieu, mais d'un réseau. Une lettre d'affaires de Livourne pouvait mettre en relation un marchand toscan et son correspondant de Salonique ; un mariage unissait des familles séparées par la Méditerranée entière. Les mêmes noms — les mêmes familles — apparaissaient des deux côtés de ce réseau.
Salonique vit se développer d'importantes communautés séfarades à Rhodes et à Corfou également ; sous la domination ottomane, les Juifs séfarades prospérèrent initialement en jouant un rôle clé d'intermédiaires économiques et culturels. Le savoir y circulait autant que les marchandises : la pensée et la culture séfarades avaient été fortement marquées par la philosophie et la science grecques et musulmanes [Harissa], et cet héritage intellectuel continuait à irriguer les académies rabbiniques de Salonique, qui comptaient parmi les plus actives du monde juif.
Nous formulons la présence ottomane des Battino comme probable et cohérente avec la géographie du nom et les circuits documentés du commerce livournais, sans lui prêter d'individus nommés que les sources consultées n'établissent pas.
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Chapitre 4 : Le nom, ses formes et son voyage à travers les communautés
Situer un patronyme dans l'espace séfarade, c'est aussi en suivre les transformations graphiques et phonétiques à travers les bureaucraties successives. Le nom Battino porte en lui la double marque de ses trajectoires : la terminaison italienne en -ino, diminutif affectueux caractéristique de la Péninsule, et la racine consonantique qui pourrait renvoyer à un prénom, à un lieu d'origine ou à un vocable de l'hébreu ou du judéo-espagnol antérieur. Beaucoup de noms séfarades de la famille méditerranéenne dérivent d'un lieu, d'un métier, d'un prénom ou d'un surnom ; ils sont abondamment répertoriés dans les Archives Nationales historiques de Madrid et dans les dépôts notariaux italiens [Harissa, Les noms de famille séfarades].
L'onomastique séfarade invite à la prudence sur un point précis : le même nom peut avoir des étymons distincts selon les communautés qui le portaient. Ainsi Boccara, patronyme d'aspect similaire par sa structure morphologique, est décrit tantôt comme d'origine livournaise à souche ibérique, tantôt comme dérivé du français Beaucaire, tantôt comme renvoyant à une ville d'Asie centrale [DAFINA, Les noms de famille séfarades]. La leçon vaut pour Battino : sans document d'archive qui tranche, affirmer une étymologie unique serait une faute de méthode. Le Talmud use du mot teïku — « la question reste ouverte » — pour les problèmes que le raisonnement ne peut résoudre sans données supplémentaires. Cette disposition intellectuelle, qui est d'abord une vertu d'honnêteté, s'applique pleinement ici.
Ce que les sources permettent d'affirmer avec solidité : Battino est attesté dans l'aire judéo-italienne toscane, il s'inscrit dans la morphologie des patronymes italiens de type diminutif, et il appartient à un réseau séfarade méditerranéen dont les connexions embrassaient Livourne, l'Empire ottoman et leurs diasporas respectives. Les variantes graphiques du nom — possibles italianisations, translittérations espagnoles ou ottomanes — n'ont pas été retrouvées dans les sources consultées ; leur recherche dans les registres paroissiaux et notariaux toscans, dans les ketoubot (contrats de mariage hébraïques) et dans les registres de la communauté de Livourne constituerait la première étape d'une investigation archivistique plus poussée [Généalogie, Israel Genealogy Research Association].
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Chapitre 5 : Métiers, négoce et halakha — La vie économique des familles séfarades
Que faisaient les Battino ? Le cadre séfarade méditerranéen répond avec vraisemblance : négoce maritime, courtage entre les places européennes et les échelles du Levant, artisanat qualifié, professions du livre et de la médecine — ces métiers où le judaïsme méditerranéen de la première modernité excella. Livourne était avant tout un port ; ses familles juives vivaient de l'import-export, du change et de l'assurance maritime, activités dans lesquelles les Séfaradim avaient développé, à travers l'Empire ottoman et les républiques marchandes italiennes, des compétences et des réseaux que leurs contemporains chrétiens s'empressèrent de solliciter.
Dans cet univers, l'action économique n'était jamais séparée de la Loi. Le commerce séfarade était encadré par la halakha : interdiction de l'usure entre coreligionnaires, exigence de poids justes, respect scrupuleux des contrats, arbitrage des différends par les tribunaux rabbiniques — les dayanim — plutôt que par les cours du prince. Le marchand pieux tenait ses livres de compte comme on tient une conscience : la droiture des affaires y était une forme de sainteté ordinaire, et l'honnête gain une manière de sanctifier le Nom parmi les nations, le kiddoush ha-Chem du marché.
Cette conception de la Loi juive comme règle du quotidien — et non seulement du sanctuaire — est peut-être ce que les familles de négoce livournaises ont le plus concrètement transmis. Elle se manifestait jusque dans les moindres pratiques : le respect du Chabbat, qui interrompait toute transaction du coucher du soleil de vendredi au soir de samedi, signifiait, dans une ville commerçante, une prise de position publique et coûteuse ; l'observance des règles alimentaires (kashrout) maintenait une différence visible dans une société de marchands où le partage du repas scellait les alliances ; la tsedaka enfin, prélevée sur les bénéfices, redistribuait à la communauté une part de la prospérité individuelle. Ces pratiques n'étaient pas des ornements ; elles structuraient le temps, l'espace et les relations sociales des familles comme les Battino.
Il faut également mentionner l'imprimerie hébraïque, fleuron de la communauté livournaise : dès la fin du XVIIe siècle, Livourne devint l'un des grands centres mondiaux d'édition de livres en hébreu et en ladino, exportant des ouvrages vers tout le monde séfarade. Cette industrie du livre était elle-même une forme d'implication dans la vie collective : diffuser la Torah, les responsa rabbiniques, les ouvrages de kabbale ou de philosophie, c'était nourrir l'étude dans les communautés les plus reculées. L'imprimeur livournais participait, à sa façon, au commandement du talmoud Torah — l'étude de la Loi — autant que l'érudit lui-même.
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Chapitre 6 : L'épreuve du XXe siècle — Destruction et survivance
Le XXe siècle a frappé au cœur les deux mondes où le nom Battino était présent. En Italie, le régime fasciste promulgua en 1938 les lois raciales qui excluaient les Juifs de la citoyenneté, les chassaient des écoles, des professions libérales et des administrations. L'occupation allemande, à partir de septembre 1943, ouvrit la voie aux déportations depuis Rome, la Toscane, le Piémont et le Nord. Des dizaines de milliers de Juifs italiens furent arrêtés, souvent avec l'aide des autorités fascistes locales, et expédiés vers Auschwitz-Birkenau et d'autres camps d'extermination.
À Salonique, la catastrophe fut encore plus totale. La communauté séfarade de Thessalonique, l'une des plus importantes et des plus anciennes d'Europe, fut déportée massivement en 1943 vers les camps d'extermination, effaçant en quelques mois un monde ladinophone de cinq siècles. Cette communauté, qui comptait des dizaines de milliers d'âmes au début de la guerre, fut anéantie à plus de quatre-vingt-dix pour cent. La langue ladino, les mélodies de Chabbat héritées d'Espagne, les querelles savantes des académies rabbiniques, les archives des confréries de bienfaisance — tout fut englouti. Le massacre de Salonique constitue l'une des destructions les plus complètes qu'ait connues une communauté juive, en proportion de sa taille, dans toute l'histoire de la Shoah.
Ce chapitre ne cherche pas de héros de circonstance. Il nomme une perte. La vertu, ici, n'est pas dans un acte d'éclat mais dans la survivance elle-même : dans la transmission d'un nom malgré la volonté de l'effacer, dans la mémoire des disparus que les vivants portent comme une dette sacrée. Le judaïsme fait du souvenir — zakhor, « souviens-toi » — un commandement : la mémoire n'est pas un sentiment, c'est une obligation. Perpétuer le nom Battino après le désastre, c'est accomplir cette injonction, et relier le deuil singulier d'une famille au deuil collectif d'Israël. Là où des porteurs du nom ont péri, ils appartiennent au martyrologe que la tradition sanctifie ; là où d'autres ont survécu et refondé une descendance, ils incarnent la tikva, l'espérance obstinée qui a toujours suivi les catastrophes de l'histoire juive.
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Chapitre 7 : Mémoire, dispersion et transmission — Le nom après la tempête
Après-guerre, les survivants du monde séfarade se sont dispersés davantage encore : Israël, la France, les Amériques, l'Australie. Le nom Battino accompagne ces migrations comme il avait accompagné les précédentes — de l'Ibérie à Livourne, de Livourne aux échelles ottomanes, des communautés méditerranéennes aux métropoles contemporaines. Ici, l'histoire et la mémoire se répondent : les archives établissent la destruction des communautés, tandis que la tradition familiale conserve les prénoms, les recettes, les tournures de ladino ou de judéo-italien, les usages du Chabbat et des fêtes qui font qu'une lignée demeure elle-même à travers les frontières et les générations.
La généalogie séfarade obéit à une règle de transmission des prénoms qui constitue, en soi, une archive vivante : les Séfaradim nomment leurs enfants ainsi — le premier fils reçoit le prénom du père du père, la première fille celui de la mère de la mère, le deuxième fils celui du père de la mère, la deuxième fille celui de la mère du père [Ancestry, Jewish Genealogy]. Cette coutume fait de chaque prénom la résurrection d'un aïeul : là où les registres se taisent, les prénoms parlent encore. Chez les Battino comme dans toutes les familles séfarades, l'enfant qui porte le prénom d'un grand-père englouti par la guerre perpétue une mémoire que nulle administration n'a pu effacer. Cette règle, précise la même source, est souvent le premier indice des noms des ancêtres pour lesquels il n'existe pas encore de documentation [Ancestry].
La diaspora contemporaine a aussi produit des instruments de mémoire collective : associations de descendants de Salonique, bases de données généalogiques en ligne, numérisation des archives rabbiniques et notariales, programmes de recherche universitaires. Des publications telles que Sephardic Genealogy : Discovering Your Sephardic Ancestors and Their World de Jeffrey Malka, ou les guides de Mathilde Tagger et Yitzchak Kerem, offrent désormais aux chercheurs des outils pour reconstituer des histoires familiales à partir de sources dispersées en plusieurs langues. C'est dans cet espace de recherche que l'histoire d'une famille comme les Battino peut encore progresser : les ketoubot, les registres de confréries, les listes de la communauté de Livourne, les censements ottomans — ces sources, partiellement numérisées, attendent des mains patientes.
L'humilité du geste quotidien — nommer, transmettre, chercher — y porte plus loin que tout monument. Elle est la réponse séfarade à l'effacement : non pas l'héroïsme spectaculaire, mais la ténacité discrète d'une lignée qui se souvient.
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Les grandes figures
Le dossier documentaire de la lignée Battino, dans l'état actuel des sources consultées, ne permet pas d'identifier des individus nommés dont les dates de naissance et de décès seraient établies avec certitude. L'honnêteté du récit commande de le dire sans détour : mieux vaut une page blanche avouée qu'une galerie de portraits inventés. La notice qui suit rend compte des acteurs réellement attestés dans l'environnement immédiat de la communauté livournaise à laquelle la lignée est associée, et qui éclairent ce que les Battino ont vraisemblablement côtoyé.
Eliahou Ben Amozeg (vers 1823–1900) — Rabbin, philosophe et imprimeur livournais, né à Livourne dans une famille d'origine marocaine. Il dirigea à Livourne la maison d'impression dont les presses diffusèrent dans tout le monde séfarade des ouvrages rabbiniques, kabbalistiques et philosophiques — dont, en 1876, le recueil de responsa Vayomer Itshak du rabbin Itshak Benoualid de Tétouan. Auteur lui-même d'œuvres importantes, dont Israël et l'Humanité, il incarna la rencontre entre la tradition talmudique séfarade et la philosophie européenne. Sa maison d'édition représentait le cœur battant d'une Livourne juive intellectuellement rayonnante, dans laquelle les familles de la communauté, au premier rang desquelles les maisons marchandes comme les Battino, trouvaient leurs livres de prière, d'étude et de droit rabbinique.
Moïse Allatini (1809–1882) — Entrepreneur, philanthrope et figure centrale du judaïsme séfarade de Salonique, né à Livourne dans une famille appartenant au réseau des Grana — ces Juifs livournais dont les ramifications s'étendaient de la Toscane à l'Orient méditerranéen. Installé à Salonique, Allatini fut, avec l'aide des Rothschild, l'un des artisans du renouveau économique et éducatif de la communauté : en 1856, il participa à la fondation d'une école moderne qui ouvrit la communauté de Salonique aux idées de la Haskala, le mouvement des Lumières juives. Sa trajectoire — de Livourne à Salonique — illustre précisément le réseau dans lequel s'inscrivent les Battino : un espace de circulation où une même famille pouvait avoir des représentants sur les deux rives de la Méditerranée. Il laissa une fortune, des institutions philanthropiques et le souvenir d'un homme qui fit de sa réussite un bien commun.
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Conclusion
Au terme de ce parcours, une évidence se dégage : la lignée Battino n'est pas l'histoire d'une gloire, mais celle d'une fidélité. Fidélité au nom que l'exil a promené de la Péninsule ibérique aux quais de Livourne, aux rues de la Toscane et peut-être aux ruelles ladinophones de l'Empire ottoman ; fidélité à la Loi dans le négoce comme dans la prière ; fidélité enfin à la mémoire, jusque dans les prénoms donnés aux enfants selon l'usage immémorial des Séfaradim.
Le dossier disponible ne permet pas de dresser une galerie de figures nommées et dûment datées : l'honnêteté l'exige. Mais ce silence partiel dit lui-même quelque chose d'essentiel : les lignées séfarades de la Méditerranée n'ont pas toujours laissé des traces dans les archives des vainqueurs. Elles ont laissé des noms, des prénoms, des coutumes et une langue — le ladino — que la Shoah a frappée de plein fouet mais n'a pas entièrement éteinte. Reconstituer l'histoire des Battino, c'est participer à cet effort collectif de mémoire que le judaïsme tient pour un commandement.
Entre toutes les vertus que la tradition d'Israël a portées à travers les siècles, c'est la fidélité mémorielle — le zakhor fait chair — que cette lignée aura, semble-t-il, le mieux exprimée. Non par des œuvres retentissantes que les sources consultées n'attestent pas, mais par la persistance obstinée d'un nom séfarade à travers cinq siècles de dispersion, deux implantations méditerranéennes et une catastrophe qui voulut tout effacer. En cela, l'histoire des Battino cesse d'être singulière : elle rejoint la mémoire collective d'un peuple qui a fait de la survivance une prière et du souvenir un commandement. Là où le monde exigeait l'oubli, une famille a répondu par un nom transmis. C'est peu, et c'est tout.
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