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Zakhor
février 1896 · Vienne, Leipzig

On le prend pour un fou

Cinq cents exemplaires arrivent chez lui en février. Des connaissances lui demandent si c’est une plaisanterie. Il avait prévu qu’on le dirait fou.

EstablecidoHerzlDer JudenstaatRéceptionRidicule

En février 1896, Theodor Herzl publie à Leipzig et à Vienne une brochure de quatre-vingts pages : Der Judenstaat — L’État des Juifs.

Le 14 février, les cinq cents premiers exemplaires arrivent chez lui. Il note en être terriblement ébranlé.

Il est correspondant à Paris d’un grand journal viennois, dramaturge sans grand succès, et il n’a aucune position dans le monde juif organisé.

Ce que le livre propose

Non pas un rêve, mais un PLAN : une société d’acquisition foncière, une compagnie juive pour liquider les biens, un transfert organisé, une charte obtenue d’une puissance, une constitution, une langue à déterminer, une journée de sept heures.

Il envisage l’Argentine autant que la Palestine, et pèse les deux.

Le ton est celui d’un mémorandum d’affaires. C’est précisément ce qui le rend inclassable.

La réception

Des connaissances le taquinent en demandant si la brochure est une plaisanterie.

Il avait écrit lui-même : je sais que cela sonne comme une folie, et l’on me traitera plus d’une fois de fou.

Le baron Edmond de Rothschild, qui finançait les colonies de Palestine depuis quinze ans, rejette le plan : il y voit une menace pour les Juifs de la diaspora.

D’où vient l’opposition

Des notables d’Europe occidentale, pour qui l’émancipation était acquise et pour qui parler d’un État juif revenait à confirmer qu’ils étaient des étrangers.

D’une partie des orthodoxes, pour qui le retour ne se force pas et relève du Messie.

Et de la haute bourgeoisie viennoise, dont Herzl était, et qui voyait un des siens compromettre ce qu’elle avait mis un siècle à obtenir.

Où le livre a pris

En Europe orientale, chez ceux qui subissaient les lois de mai et les pogroms, et pour qui l’émancipation n’était pas une promesse mais une plaisanterie.

Neuf jours après l’ouverture de son paquet, Herzl note que sa brochure est le sujet de conversation de la ville.

Dix-huit mois plus tard, il réunit deux cent huit délégués à Bâle. Il aura mis un an et demi à transformer un objet de moquerie en institution.