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Zakhor
1478 – 1481 · Séville, Castille

Le premier bûcher

L'Inquisition espagnole n'a jamais eu compétence sur les Juifs. Elle a été créée pour juger ceux qui avaient cessé de l'être.

EstablecidoInquisitionConversosCastilleSéville

Le 1ᵉʳ novembre 1478, le pape Sixte IV promulgue la bulle Exigit sinceras devotionis affectus, qui autorise les souverains de Castille à établir une inquisition dans leur royaume.

Les deux premiers inquisiteurs, Miguel de Morillo et Juan de San Martín, ne sont nommés que deux ans plus tard, le 27 septembre 1480, à Medina del Campo.

Le 6 février 1481, à Séville, six notables de la ville — des Juifs convertis au christianisme — sont conduits pieds nus à travers les rues, chacun portant un cierge éteint. Après la messe et le sermon, ils sont brûlés. C'est le premier autodafé.

Une compétence qu'il faut comprendre exactement

L'Inquisition n'a jamais eu autorité sur les Juifs. Un Juif qui pratiquait le judaïsme relevait du droit ordinaire du royaume, pas du tribunal de la foi.

Sa compétence portait sur les baptisés. Or depuis les massacres de 1391 et les prédications qui ont suivi, des dizaines de milliers de Juifs d'Espagne avaient reçu le baptême — souvent sous la contrainte, parfois par calcul, parfois par conviction.

Ces conversos étaient donc chrétiens en droit, et justiciables comme tels. L'Inquisition a été créée pour vérifier s'ils l'étaient en fait.

Ce que cela produit

Le tribunal cherche des indices de judaïsme résiduel : changer de linge le vendredi, ne pas allumer de feu le samedi, refuser le porc, tourner un mourant vers le mur.

Les procédures reposent sur la dénonciation, souvent anonyme. Les biens des condamnés sont confisqués, ce qui donne au dispositif un intérêt financier propre.

Alonso de Hojeda, dominicain de Séville, avait convaincu Isabelle que le crypto-judaïsme sévissait parmi les conversos andalous. Un rapport de l'archevêque de Séville et du dominicain ségovien Tomás de Torquemada avait confirmé. Torquemada est nommé inquisiteur général en 1483.

Le lien avec 1492

L'expulsion des Juifs d'Espagne, onze ans plus tard, ne s'explique pas sans l'Inquisition — et le décret le dit.

L'argument officiel est que la présence de Juifs pratiquants entretient les conversos dans leurs anciennes habitudes. Pour purifier les nouveaux chrétiens, il faut supprimer l'exemple.

L'expulsion est donc, dans la logique de ses auteurs, une mesure au service du tribunal — et elle lui livre, du même coup, une nouvelle fournée de convertis à surveiller, ceux qui préférèrent le baptême au départ.

Ce que le dispositif a fabriqué

Vient ensuite ce qu'on appelle les statuts de pureté du sang — limpieza de sangre —, qui écartent des charges, des ordres et des universités quiconque a un ascendant juif, converti ou non, sur plusieurs générations.

Le baptême ne lave donc plus rien. Ce n'est plus la croyance qui est en cause mais l'ascendance, et c'est un basculement dont on mesure mal la portée : une société chrétienne invente un critère de naissance que sa propre théologie interdisait.

L'Inquisition espagnole a fonctionné jusqu'en 1834. Le tribunal créé pour vérifier des consciences a fini par classer des lignées.