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Zakhor
1517 – 1721 · Padoue

La seule université

Pendant trois siècles, un Juif qui voulait devenir médecin n’avait qu’une adresse en Europe. Deux cent vingt-neuf y ont pris leur diplôme.

EstablecidoMédecinePadoueUniversitéException

Les universités européennes étaient des institutions chrétiennes. On y prêtait serment, on y suivait des offices, et l’on n’y admettait pas de juifs.

Padoue, dans la république de Venise, faisait exception.

Pendant environ trois siècles, elle a été la première, la plus simple et le plus souvent la SEULE possibilité pour un juif voulant devenir médecin.

Les chiffres

De 1517 à 1619, quatre-vingts étudiants juifs y obtiennent le doctorat de médecine.

De 1619 à 1721, cent quarante-neuf de plus.

Ils viennent de toute l’Europe, mais surtout des terres vénitiennes, et aussi de Pologne, d’Allemagne, de l’Empire ottoman.

Pourquoi Venise

La république était une puissance commerciale gouvernée par des marchands, jalouse de son indépendance à l’égard de Rome, et son université était réputée dans toute l’Europe pour son anatomie.

Venise avait par ailleurs enfermé ses juifs dans le ghetto en 1516 — un an avant le début de cette série de doctorats.

Les deux décisions viennent du même Sénat. On ferme la nuit la porte du quartier, et l’on ouvre le jour celle de l’amphithéâtre.

Ce que devenaient ces médecins

Ils rentraient chez eux et soignaient — juifs et chrétiens, malgré les interdictions canoniques régulièrement rappelées et régulièrement contournées.

Beaucoup étaient aussi rabbins : la médecine était l’une des rares professions qui permît de vivre en sachant lire, et un titre de docteur padouan protégeait mieux qu’un sauf-conduit.

Certains sont devenus médecins de cour, de pape, de sultan. Tobias Cohn, diplômé de Padoue, a écrit un traité de médecine en hébreu et exercé à Constantinople.

La fin de l’exception

Le monopole de Padoue s’achève au XVIIᵉ siècle, quand la faculté de Leyde monte en réputation et admet à son tour des étudiants juifs.

Deux universités au lieu d’une : c’est ce qu’on appelle un progrès considérable en trois cents ans.

Ce que ces deux adresses ont produit, c’est la seule profession savante ouverte au judaïsme européen avant l’émancipation — et la seule voie par laquelle un juif pouvait entrer dans une bibliothèque universitaire.