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Zakhor
vers 1000 · Mayence

Seize ordonnances

Une seule épouse, pas de divorce imposé, et défense d’ouvrir le courrier d’autrui. Mille ans plus tard, la dernière n’a rien perdu de son actualité.

ProbableTakkanotRhénanieDroitCorrespondance

Gershom ben Yehouda, dit Rabbenou Gershom, vit à Mayence entre 960 environ et 1028. La tradition l’appelle Meor ha-Golah, la Lumière de l’exil.

On lui attribue seize ordonnances — takkanot — qui ont façonné le droit ashkénaze pour mille ans.

Trois sont restées célèbres.

Une seule épouse

La Torah ne limite pas le nombre d’épouses, et la polygamie restait pratiquée dans le monde juif d’Orient.

L’ordonnance frappe d’excommunication tout homme qui en épouse plus d’une. Elle est datée par la tradition de l’an mille, à Mayence.

Elle n’a jamais valu pour les communautés séfarades et orientales, où la polygamie a subsisté jusqu’au XXᵉ siècle — le rabbinat israélien a dû légiférer à l’arrivée des Juifs du Yémen.

Le consentement au divorce

Le droit talmudique permet à un homme de répudier sa femme sans son accord. L’ordonnance exige désormais le consentement des DEUX.

C’est un renversement considérable, et il n’est pas venu d’une pression extérieure : il est décidé de l’intérieur, par un homme qui n’avait aucun pouvoir de contrainte.

Une troisième ordonnance interdit de rappeler leur conversion à ceux qui ont été baptisés de force et sont revenus. Elle protège des gens dont l’honneur était perdu — et elle dit qu’il y en avait beaucoup.

Le courrier

L’excommunication frappe aussi celui qui lit une lettre adressée à un autre.

L’ensemble des seize takkanot se lit d’ailleurs comme un règlement de la COMMUNICATION entre communautés dispersées : les voyages, les lettres, les rumeurs, ce qu’on peut colporter d’une ville à l’autre.

Une diaspora tient par ses lettres. Protéger le courrier, c’est protéger l’infrastructure.

L’attribution, et pourquoi elle est incertaine

Aucun document contemporain ne porte ces ordonnances sous sa signature. Les générations suivantes les lui attribuent, parfois sur une tradition ORALE — un correspondant de Salomon ben Adret écrit au XIIIᵉ siècle que sa communauté en garde le souvenir.

Il est probable qu’une part émane de synodes rhénans postérieurs, réunis à Spire, Worms et Mayence, et qu’on ait rattaché le tout au nom le plus autorisé.

D’où le registre du probable. Ce qui est certain, c’est qu’un ensemble de règles adopté sans État ni tribunal suprême a tenu mille ans, sur le seul crédit d’un nom.