En avril 1913, Mary Phagan, ouvrière de treize ans, est trouvée morte dans le sous-sol de la National Pencil Company, à Atlanta.
Leo Frank, directeur de l’usine, juif né à New York, est arrêté.
Il est condamné en août 1913 sur le témoignage de Jim Conley, l’homme de peine de l’usine.
Le détail qui dit tout
Conley était noir.
Dans la Géorgie de 1913, la parole d’un Noir contre un Blanc ne valait rien devant un tribunal. Elle n’emportait jamais de condamnation.
Elle en a emporté une ici. C’est un cas rare, et il indique exactement où le procureur, la presse et le jury plaçaient Leo Frank.
Le recours
La Cour suprême des États-Unis rejette son dernier appel en avril 1915.
Le gouverneur John Slaton, après avoir examiné le dossier, commue sa peine de mort en réclusion à perpétuité — décision qui met fin à sa carrière politique et l’oblige à quitter l’État sous protection.
Le 16 août 1915, un groupe d’hommes enlève Frank de la prison d’État de Milledgeville et le conduit à Marietta, la ville natale de Mary Phagan.
Le lynchage
Il y est pendu le 17 août, devant une foule.
Les organisateurs n’étaient pas des inconnus : parmi eux figuraient un ancien gouverneur, un ancien juge, un shérif, un maire. Ils se sont fait photographier.
Personne n’a jamais été inculpé.
Ce que l’affaire a produit
Deux organisations. Deux mois après le lynchage, le Ku Klux Klan est refondé sur la Stone Mountain de Géorgie, par des hommes issus du même mouvement.
Et pour organiser la défense de Frank, le B’nai B’rith avait créé en 1913 l’Anti-Defamation League, devenue depuis indépendante.
Les chercheurs s’accordent aujourd’hui sur l’innocence de Frank. La Géorgie lui a accordé une grâce posthume en 1986 — non parce qu’elle le jugeait innocent, mais parce que son lynchage l’avait privé de son droit d’appel.