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Zakhor
1804 – 1900 · Kherson et Iekaterinoslav

Les sept colonies

L'Empire russe autorise les Juifs à acheter des terres et à devenir paysans. Cent mille le feront — et l'histoire retiendra que le projet avait échoué.

EstablecidoEmpire russeAgricultureKhersonZone de résidence

L'oukase du 9 décembre 1804 autorise pour la première fois les Juifs de l'Empire russe à acheter des terres pour y établir des exploitations agricoles.

Les terres visées sont celles que l'Empire vient d'acquérir : les provinces polonaises de Podolie et de Volhynie, et les steppes prises aux Ottomans au nord de la mer Noire — Kherson et Iekaterinoslav.

Des incitations accompagnent l'offre : allègements fiscaux, terres à bas prix, et après le décret de conscription de 1827, exemption du service militaire.

Ce que l'État cherchait

Il faut lire l'intention pour ce qu'elle était. L'administration russe considérait que les Juifs exerçaient des métiers improductifs — commerce, prêt, cabaret — et qu'il fallait les transformer.

Le projet est donc un projet de refonte sociale, formulé dans les termes de l'époque : productiviser une population jugée nuisible en la mettant à la terre.

Beaucoup de Juifs, de leur côté, y voyaient autre chose : de la terre, une exemption militaire, et une sortie des villes surpeuplées de la zone de résidence.

Les premières colonies

En 1806, des familles de Vitebsk et de Moguilev descendent le Dniepr et fondent les sept premières colonies dans le gouvernement de Kherson.

Elles portent des noms hébreux : Nahar Tov, Har Shefer, Sdé Menouha, Bobrovy-Kout, Yafé Nahar, Yaazer, Kamenka. Une steppe vide, des noms de bénédiction.

Une seconde vague part vers Iekaterinoslav en 1846. En 1858, la Podolie compte dix-huit colonies juives, plus de mille cent familles.

Cent mille colons

Vers 1900, on compte environ cent mille colons juifs à travers l'Empire russe.

Le chiffre mérite d'être posé, parce qu'il contredit la manière dont cette histoire se raconte. On la présente d'ordinaire comme un échec — sols difficiles, administration hostile, agronomes absents, sécheresses, colons sans expérience. Tout cela est vrai et documenté.

Mais cent mille personnes vivant de la terre, ce n'est pas rien, et cela dure près d'un siècle. L'échec est celui du projet politique — transformer un peuple —, pas celui des gens qui labouraient.

Ce que ces colonies ont préparé

Le mouvement des Bilouim, qui part pour la Palestine ottomane en 1882, sort en partie de ce milieu-là. L'idée qu'un renouveau juif passe par le travail de la terre ne naît pas à Rishon LeZion : elle circulait dans les steppes du sud de la Russie depuis trois générations.

Le baron de Hirsch reprendra le modèle à grande échelle en Argentine à partir de 1891, avec la Jewish Colonization Association.

Les colonies de Kherson et d'Iekaterinoslav ont été anéanties entre 1941 et 1943, avec leurs habitants. Il n'en reste presque rien sur le terrain — quelques cimetières, des noms de villages russifiés.