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Zakhor
1882 – 1884 · Kharkov, Jaffa, Rishon LeZion

Cinquante-neuf partis

Des étudiants russes décident d’aller labourer la terre d’Israël. Cinquante-neuf y arrivent, trente-deux repartent — et la suite s’appuiera sur eux.

EstablecidoBilouPremière aliyaPogromsÉchec fondateur

En 1881, l’assassinat d’Alexandre II déclenche une vague de pogroms dans l’Empire russe.

Le 21 janvier 1882, jour de jeûne décrété par les communautés, un étudiant nommé Israël Belkind réunit chez lui, à Kharkov, quelques jeunes gens pour parler de l’état du judaïsme russe.

De cette réunion sort le groupe Bilou.

Le nom et le manifeste

Bilou est l’acronyme d’un verset d’Isaïe : « Maison de Jacob, venez et allons. »

Le manifeste, publié la même année, s’ouvre sur une apostrophe : « Dors-tu, ô notre nation ? »

Le programme : la rédemption nationale par le TRAVAIL AGRICOLE en terre d’Israël, l’auto-émancipation par ses propres bras, contre la philanthropie et contre l’assimilation.

Ce qui arrive

Le premier groupe — quatorze anciens étudiants — débarque à Jaffa le 6 juillet 1882.

Aucun n’a jamais cultivé la terre. En novembre, ils s’emploient à Rishon LeZion comme ouvriers agricoles, métayers et journaliers pour le conseil du village.

Les rendements sont mauvais, les rapports avec les colons établis mauvais aussi. En quelques mois, ils ont faim et la plupart doivent partir.

Le bilan chiffré

Cinquante-neuf membres de Bilou ont fait le voyage. Trente-deux sont repartis.

Ils voulaient fonder leur propre village et n’y sont pas parvenus seuls ; ils ont contribué à deux implantations, Rishon LeZion et Guedera.

Le baron Edmond de Rothschild, dont ils refusaient par principe l’assistance, a fini par financer les colonies — et par en prendre la direction, avec des administrateurs qui décidaient des cultures.

Pourquoi cet échec compte

Rapporté aux chiffres, Bilou n’est rien : quelques dizaines de personnes, dont la moitié rentre.

Rapporté à ce qui suit, c’est le premier groupe à avoir posé que le retour se ferait par le travail manuel et non par l’achat, et à l’avoir essayé pour de bon.

Les mouvements de jeunesse des années 1910-1930, qui enverront des dizaines de milliers de gens dans les kibboutzim, reprendront cette idée exactement. Ils la reprendront en sachant qu’elle avait échoué une première fois — ce qui, en histoire des mouvements, est plutôt bon signe.