Dans la plupart des traditions, l'anniversaire d'une mort est un jour de deuil. Le judaïsme maghrébin en a fait, pour ses saints, un jour de joie : la hiloula. On s'y rassemble au tombeau d'un tsadik pour chanter, partager un repas, allumer des bougies — célébrer une vie plutôt que pleurer une fin.
Le modèle de toutes les hilloulot est celle de Rabbi Shimon bar Yohaï, à Méron, en Galilée, le jour de Lag ba-Omer. Mais le Maghreb multiplia ses propres saints et ses propres pèlerinages : Rabbi Amram ben Diwan à Ouezzane, Rabbi David ou-Moché dans l'Atlas, Ephraïm Aln'kaoua à Tlemcen, et des dizaines d'autres.
Ces fêtes tissaient une géographie sacrée du Maghreb juif : chaque région avait son tsadik, chaque tsadik sa date, et l'année se scandait de ces rendez-vous. La hiloula reliait les vivants entre eux autant qu'au mort que l'on honorait.
L'exode des communautés n'a pas tué la hiloula : elle a voyagé. On la célèbre aujourd'hui en Israël, en France, partout où vivent les descendants — preuve qu'une fête peut traverser mille ans et un océan sans perdre son sens.