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Zakhor
1933 · Harbin, Mandchourie

Harbin, 1933 — l'affaire Kaspé

L'enlèvement d'un pianiste, une enquête qui n'aboutit pas, et une communauté qui comprend qu'elle doit partir.

EstablecidoHarbinMandchourieKaspéExil

Harbin, ville née du chemin de fer russe en Mandchourie, abritait dans les années 1920 une communauté juive nombreuse : synagogues, écoles, journaux, orchestre, maisons de commerce. Joseph Kaspé y possédait l'hôtel Moderne, l'un des établissements de la ville.

À la fin d'août 1933, son fils Simon, pianiste, citoyen français revenu de Paris, est enlevé par une bande de Russes blancs qui opère dans l'ombre des autorités japonaises d'occupation. Le père refuse de payer. Les ravisseurs lui envoient une oreille de son fils. Le corps mutilé est retrouvé à l'entrée de l'hiver.

L'enterrement tourna à la manifestation : des milliers de personnes suivirent le convoi jusqu'au cimetière juif. L'enquête, elle, fut menée sans conviction et les auteurs rapidement relâchés. La communauté en tira la conclusion qui s'imposait et partit — vers Shanghai, Tianjin, la Palestine, l'Amérique. En quelques années, l'essentiel des juifs de Harbin avait quitté la ville.

Une communauté meurt rarement d'un décret. Elle s'en va quand elle apprend qu'elle ne sera pas protégée — et cela peut s'apprendre en une seule affaire, dont l'instruction n'a jamais rien conclu.