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Zakhor
1684 – 1871 · Floß, Haut-Palatinat, Bavière

La colline

Quatre familles obtiennent le droit de s’installer sur une hauteur inoccupée de Bavière. Elles y bâtissent un village juif qu’elles administrent elles-mêmes pendant cent cinquante ans.

EstablecidoBavièreFloßAutonomieVillage

En 1684, quatre familles juives obtiennent le droit de s’établir à Floß, dans le Haut-Palatinat bavarois : les frères Henoch et Hirsch Meier, et Eisig et Nathan Feifas avec les leurs.

L’année suivante, un groupe de marchands drapiers juifs reçoit une charte les autorisant à s’installer et à bâtir sur une hauteur inoccupée au-dessus du bourg.

Le Judenberg

Quatre maisons sont construites en 1687 ; la colonie juive, comme on l’appelait alors, en compte douze en 1712. Les contemporains parlaient du Judenberg — la colline des Juifs.

Une synagogue est bâtie en 1721, après des années d’offices tenus chez des particuliers.

Le point remarquable est administratif : cette communauté conserve ses droits d’auto-administration et sa juridiction propre jusque tard dans le XIXᵉ siècle. Un village juif, sur une colline, gouverné par les siens.

Un plafond

Soixante-quatre familles sont inscrites aux registres, et soixante-quatre est le nombre qu’il est interdit de dépasser.

C’est le régime des Matrikel bavarois, qui fixait pour chaque localité un contingent de familles juives autorisées. Un fils ne pouvait s’établir et se marier que si une place se libérait.

Ce dispositif a poussé des dizaines de milliers de Juifs bavarois à émigrer au XIXᵉ siècle, principalement vers les États-Unis — c’est de là que viennent beaucoup des familles juives américaines d’origine allemande.

La courbe

Deux cents Juifs à Floß en 1799, trois cent quatre-vingt-onze en 1840, deux cent cinq en 1871, dix-neuf en 1933.

L’émancipation bavaroise, achevée en 1871, produit ici le même effet qu’à Endingen et Lengnau : ceux qui n’avaient le droit d’habiter nulle part ailleurs partent dès qu’ils le peuvent.

Le village juif se vide non par persécution mais par liberté.

Ce qui tient encore

La synagogue de 1721 a été restaurée. Elle abrite un espace muséal et sert une fois par an à une communauté voisine.

Les dix-neuf Juifs de 1933 n’ont pas survécu au régime qui a suivi.

Il reste une colline, des maisons, un cimetière et un bâtiment de prière — le dessin complet d’un village qu’on avait autorisé à exister parce qu’il fallait des drapiers.