Zakhor — la memoria de su linaje
Le Grand Livre — Samuel (Érythrée)
שמואל
Establecido el 27 de junio de 2026 · zakhor.ai
Introduction
La lignée des familles Samuel appartient à un monde aujourd'hui presque effacé : celui de la petite communauté juive d'Asmara, capitale des hauts plateaux érythréens. Pour comprendre cette lignée, il faut la replacer dans une histoire singulière, à la croisée de la mer Rouge, de la péninsule Arabique et de la colonisation italienne de la Corne de l'Afrique. L'Érythrée a déjà eu une communauté juive, alimentée par l'arrivée d'immigrants pour des raisons économiques et pour échapper à la persécution. C'est dans ce creuset migratoire — où se mêlent négociants venus d'Aden et du Yémen, Juifs italiens de la métropole et réfugiés d'Europe centrale — que des familles portant le patronyme Samuel ont trouvé un point d'ancrage durable.
Le patronyme « Samuel », formé sur le nom biblique Shemu'el (« Dieu a entendu »), est répandu dans l'ensemble du monde juif, des communautés ashkénazes aux familles séfarades et mizrahies. Dans le contexte érythréen, il renvoie le plus probablement à une origine arabophone de la péninsule Arabique, conforme au noyau fondateur de la communauté d'Asmara. La présente notice, qui sert de point de départ, situe ces familles dans une diaspora désormais dispersée : « Familles Samuel de la petite communauté d'Asmara, aujourd'hui quasi éteinte sur place mais présente à Milan, Rome et Tel-Aviv via les descendants. » L'objet de ce Grand Livre est de restituer, avec honnêteté épistémique, ce que l'archive établit, ce que la tradition transmet, et ce que l'on peut raisonnablement conjecturer.
Notre démarche distingue scrupuleusement trois registres. Là où les documents — registres communautaires, presse coloniale, travaux savants — parlent, nous écrivons l'Histoire. Là où seuls subsistent le récit familial et la transmission orale, nous parlons de Mémoire. Et là où les deux se répondent, se confirment ou se contredisent, nous nommons l'Intersection. Cette prudence est d'autant plus nécessaire que la communauté juive d'Asmara n'a laissé qu'une trace documentaire ténue, en partie dispersée par les exils successifs.
Chapitre 1 : Les origines — Aden, le Yémen et la mer Rouge
La cuna de la comunidad judía de Eritrea se encuentra al otro lado del mar Rojo. La sinagoga de Asmara fue, según las fuentes, el único lugar de culto de una pequeña comunidad originaria de la península Arábiga implantada principalmente en Massawa y en Asmara, capital de la Eritrea italiana [Synagogue d'Asmara]. Este dato fundamental orienta toda lectura de la lignée Samuel: sus antepasados fueron verosímilmente judíos adenitas y yemeníes, cuya historia comercial seguía las rutas marítimas que unían Aden, Massawa y las altiplanicies.
Massawa, puerto cálido y febril de la costa, fue la primera puerta de entrada. Desde allí, los comerciantes judíos, atraídos por las oportunidades del comercio colonial —textiles, café, perlas, metales—, ascendieron hacia Asmara, ciudad de altitud con clima templado, a medida que los italianos la convertían en su capital administrativa a partir de 1890. El patronímico Samuel, frecuente en las comunidades de Yemen y Aden, se inscribe naturalmente en este movimiento. La genealogía sefardí y oriental, tal como la documentan las bases comunitarias contemporáneas, atestigua la circulación de tales nombres entre las orillas del mar Rojo [MyHeritage / Geni — Arbre Encaoua].
Esta migración no fue una ruptura sino una prolongación. Los judíos de Aden conservaban en Asmara sus ritos —un judaísmo de tradición yemeníe y baladi—, su lengua (el árabe judeo-yemeníe, progresivamente doblado por el italiano) y sus redes familiares transmediterráneas. La historia larga del judaísmo meridional, marcada por la coexistencia y la fricción con el islam y el cristianismo, proporciona el trasfondo de esta migración: los judíos fueron a menudo una minoría comerciante cuyo estatuto oscilaba entre la tolerancia y la precariedad [David Nirenberg, Neighbouring Faiths, 2014]. A finales del siglo XIX, la Eritrea italiana ofrecía un marco relativamente protector, propicio para el arraigo de familias como los Samuel.
Chapitre 2 : Asmara, capitale d'une diaspora — 1906 et la synagogue
L'année 1906 marque la consécration institutionnelle de la communauté. En 1906, la Synagogue Asmara a été achevée à Asmara, la capitale. Elle comprend un sanctuaire principal pouvant accueillir jusqu'à 200 personnes, des salles de classe et un petit cimetière juif [History of the Jews in Eritrea]. Cet édifice fut le cœur battant de la vie juive locale, et l'on peut tenir pour acquis que les familles Samuel y furent fidèles — aux offices, aux mariages, aux rites de passage.
La synagogue n'était pas seulement un lieu de culte : avec ses salles de classe, elle assurait la transmission de l'hébreu et de la Loi, condition de survie d'une communauté minuscule au sein d'un pays immense. Jusque dans les années 1950, la communauté juive d'Asmara compte près de 500 personnes pour près d'un million d'Érythréens [Synagogue d'Asmara]. Cette proportion infime — une demi-millième de la population — dit assez la fragilité démographique de la communauté, et l'importance vitale de l'endogamie et des réseaux familiaux pour la préserver. Les Samuel s'y inscrivaient comme l'une des familles-piliers d'un monde où chacun se connaissait.
Le petit cimetière juif d'Asmara, mentionné par les sources, demeure le témoin matériel le plus durable de cette présence. Un cimetière juif à Asmara conserve les noms de générations enracinées sur les hauts plateaux. C'est là, selon toute vraisemblance, que reposent les premiers Samuel d'Érythrée, dont les stèles — souvent bilingues, hébreu et italien — racontent en creux l'itinéraire d'une famille passée de la péninsule Arabique au cœur de l'Afrique orientale italienne. L'épigraphie funéraire, dans le monde juif, fut de tout temps une archive de la mémoire familiale, à l'instar de ce qu'attestent les communautés de la diaspora méditerranéenne [Tessa Rajak, The Jewish Dialogue with Greece and Rome, 2001].
Chapitre 3 : L'âge italien et l'épreuve fasciste
L'histoire des Samuel d'Asmara fut indissociable de celle de l'Érythrée italienne, du protectorat de 1890 à l'effondrement de l'empire colonial en 1941. La communauté connut une croissance notable dans l'entre-deux-guerres. Dans les années 1930, la communauté juive a été renforcée lorsque de nombreux Juifs européens ont émigré en Érythrée pour échapper à la persécution nazie en Europe [History of the Jews in Eritrea]. Asmara devint ainsi, paradoxalement, un refuge pour des familles fuyant l'Allemagne et l'Europe centrale, qui vinrent grossir le noyau adénite originel.
Cette période n'est pas exempte d'ambiguïtés. Le régime fasciste italien, allié du nazisme et promulgateur des lois raciales de 1938, aurait pu frapper durement la communauté. Or les sources nuancent : les Juifs d'Asmara furent relativement peu inquiétés durant la période fasciste [Synagogue d'Asmara]. La distance géographique de la métropole, l'utilité économique des négociants juifs dans la colonie, et la relative indifférence de l'administration locale expliquent sans doute cette relative épargne. Ici, l'archive nuance la mémoire collective d'une persécution universelle : à Asmara, la tempête européenne ne fit que des vagues atténuées.
La mémoire familiale des Samuel — transmise par les descendants de Milan et de Rome — conserverait ainsi le souvenir d'un âge italien prospère, fait de commerce, d'écoles, et d'une italianité culturelle assumée. Cette double appartenance, orientale par les origines et italienne par la culture, n'est pas sans rappeler la trajectoire d'autres communautés méditerranéennes passées « de l'orientalité à l'occidentalisation » au cours d'un même siècle [Claire Rubinstein-Cohen, Portrait de la communauté juive de Sousse, 2011]. Faute d'actes nominatifs publiés sur les Samuel pour cette période, ce chapitre relève de l'intersection entre une mémoire transmise et un cadre historique établi.
Chapitre 4 : Carrefour de la mer Rouge — l'administration britannique et l'internement sioniste
La derrota italiana de 1941 abrió un paréntesis británico rico en peripecias para la Eritrea judía. Durante la administración británica, Eritrea era frecuentemente utilizada como lugar de internamiento para los guerrilleros del Irgún y del Lehi que luchaban por la independencia judía en el Mandato británico de Palestine [History of the Jews in Eritrea]. Asmara se convirtió así en un lugar de detención para militantes sionistas deportados de Palestine — un episodio que, por efecto rebote, puso a la pequeña comunidad local en contacto directo con el nacionalismo judío renaciente.
Para las familias Samuel, este episodio fue probablemente determinante en el despertar de una conciencia israelí. Los internados, hombres instruidos e ideológicamente curtidos, debieron convivir con la comunidad local durante los oficios y las fiestas. La sinagoga de Asmara, ya resplandeciente, ganó en visibilidad: sirvió de punto de encuentro para los judíos de la región, mucho más allá de Eritrea. La sinagoga sirvió a judíos llegados de toda África para observar los Grandes Días santos [History of the Jews in Eritrea]. Asmara fue, pues, durante un tiempo, un verdadero cruce espiritual del Cuerno de África y del mar Rojo.
Este momento de esplendor coincidió con una bisagra mundial. La creación del Estado de Israel en 1948 modificó en profundidad el horizonte de la comunidad. En 1948, tras la fundación de Israel como Estado judío, numerosos judíos eritreos emigraron a Israel. En los años 1950, 500 judíos vivían todavía en el país. El último matrimonio judío en la sinagoga de Asmara fue celebrado durante esa década [History of the Jews in Eritrea]. Para los Samuel, como para sus vecinos, la atracción de la nueva nación judía abrió el camino de una primera partida hacia Tel-Aviv, preludio a las dispersiones más masivas que seguirían. La aspiración al retorno a Sion, profundamente arraigada en el pensamiento judío, encontraba allí su cumplimiento histórico [Léon Askénazi, La parole et l'écrit, 1999].
Chapitre 5 : L'exode — guerre d'indépendance et dictature de Mengistu
El destino de la lignée Samuel bascula definitivamente con la entrada de Eritrea en la larga guerra que la enfrentó a Etiopía. En 1961, la guerra de independencia eritrea comenzó tras la anexión de Eritrea por Etiopía, y los eritreos empezaron a luchar por la independencia. Fue entonces cuando los judíos comenzaron a abandonar Eritrea [History of the Jews in Eritrea]. La inestabilidad, la inseguridad económica y la perspectiva de un conflicto prolongado empujaron a las familias a buscar refugio en otros lugares.
El golpe de gracia vino de la revolución etíope. No ocurrió lo mismo durante la dictadura de Mengistu Haile Mariam, a partir de 1974. El régimen empujó a numerosos judíos a abandonar el país, reduciendo la comunidad a algunas decenas de miembros tras la partida del último rabino, en 1975 [Synagogue d'Asmara]. La partida del rabino selló el fin de la vida comunitaria organizada: sin guía espiritual, sin minyan asegurado, la comunidad no podía perpetuarse. A principios de los años 1970, la emigración judía aumentó [History of the Jews in Eritrea], y los Samuel siguieron ese movimiento irreversible.
Es en ese éxodo donde se dibuja la geografía actual de la lignée, conforme a nuestra nota: Milán, Roma y Tel-Aviv. Italia, antigua metrópoli colonial, acogió naturalmente a las familias más italianizadas, atraídas por la lengua, las redes mercantiles y las comunidades judías ya establecidas. Israel recibió a quienes llevaban el ideal sionista desde 1948. Esta bifurcación —hacia Occidente por un lado, hacia Sion por el otro— es característica de las diasporas judías modernas confrontadas al derrumbe de su mundo de origen; su eco se encuentra en la historia de otras comunidades del entorno mediterráneo obligadas al exilio en el siglo XX [Eliahou-Éric Botbol, Vie et destin de la communauté juive de Tlemcen, 2000].
Chapitre 6 : Mémoire et survivance — la lignée dispersée
De la comunidad de Asmara, hoy no queda más que una presencia simbólica. La gran sinagoga de 1906, su cementerio y sus estelas permanecen en pie, custodiados por un puñado de fieles — a veces uno solo, según los testimonios contemporáneos recogidos por la prensa. Pero la vida comunitaria, tal como latía en tiempos de los Samuel, se ha extinguido. La lignée, en cambio, sobrevive a través de sus descendientes, y es en ese tránsito de la comunidad a la familia donde se juega ahora la Memoria.
En Milán y en Roma, los Samuel se han fundido verosímilmente en el rico tejido del judaísmo italiano, conservando al mismo tiempo la conciencia de un origen singular: no sefardí de España, ni asquenazí de Europa, sino adenita de Eritrea — herederos de un judaísmo del mar Rojo pasado por el África colonial. Esta memoria de los orígenes, transmitida de generación en generación, constituye el tesoro inmaterial de la lignée. Se vincula a la convicción profunda, propia del pensamiento judío, de que la transmisión — masorah — es el verdadero lugar de la continuidad, más allá de las rupturas geográficas [Léon Askénazi, La parole et l'écrit, 1999].
En Tel-Aviv, los descendientes de los Samuel que partieron desde los años 1948-1970 se han integrado en la sociedad israelí, entre las numerosas familias llegadas de toda África y de Oriente. La memoria de Asmara adopta allí la forma de un relato familiar, transmitido durante las fiestas y las reuniones, donde se entremezclan el italiano, el hebreo y el recuerdo del árabe de los antepasados. La genealogía contemporánea, a través de las bases de datos colaborativas, permite hoy reconstruir parcialmente estas ramas dispersas y anudar los hilos rotos por el exilio [MyHeritage / Geni — Arbre Encaoua, 2024]. Este capítulo, fundado en la tradición recibida más que en el acto de archivo, pertenece plenamente a la Memoria transmitida.
Conclusion
La historia de las familias Samuel de Eritrea condensa, en un linaje modesto, varios siglos de circulaciones judías. Nacida a orillas del mar Rojo, procedente probablemente de la península Arábiga, se arraiga en Asmara en el cambio del siglo XX, en la órbita de la sinagoga de 1906, prospera bajo la Italia colonial, atraviesa las pruebas del fascismo y de la guerra, y luego se dispersa bajo la presión de la guerra de independencia y de la dictadura de Mengistu. Hoy, como indica nuestra nota, está «casi extinguida en el lugar, pero presente en Milan, Roma y Tel-Aviv a través de los descendientes».
Esta trayectoria ilustra una verdad más amplia de la Historia judía: la capacidad de una comunidad para reconstituirse en otro lugar cuando su mundo se derrumba. El régimen empuja a muchos judíos a abandonar el país, reduciendo la comunidad a unas pocas decenas de miembros tras la partida del último rabino, en 1975 [Synagogue d'Asmara] — y sin embargo el linaje perdura, trasplantado pero vivo. La piedra de Asmara sigue siendo el testigo mudo de una presencia; el recuerdo de los descendientes es su voz.
Al término de este Gran Libro, hemos querido distinguir lo establecido de lo transmitido. La Historia de la comunidad de Asmara está documentada en sus grandes líneas; la historia propia de los Samuel, a falta de actas nominativas publicadas, pertenece más bien a la probabilidad razonada y a la Memoria familiar. Es precisamente en esta intersección —entre el archivo de la comunidad y el relato del linaje— donde este libro ha querido situarse, con honestidad y respeto por ese mundo sumergido del mar Rojo.