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Zakhor
avril – juillet 1944 · Auschwitz, Žilina, Budapest

Trente-trois pages

Deux évadés dictent ce qu’ils ont vu à Auschwitz, avec les plans et les chiffres. Le rapport met deux mois à être cru, et les convois hongrois roulent pendant ce temps.

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Rudolf Vrba et Alfréd Wetzler, deux Juifs slovaques déportés à Auschwitz, s’évadent du camp en avril 1944 — le 7 ou le 10 selon les sources — après s’être cachés trois jours sous un tas de planches.

Ils gagnent la Slovaquie.

Entre le 25 et le 27 avril, à Žilina, ils dictent ou rédigent en slovaque un rapport de trente-trois pages.

Ce qu’il contient

La topographie du camp, les plans des chambres à gaz et des crématoires, le fonctionnement de la sélection sur la rampe.

Les convois arrivés, par pays et par date, avec des estimations de nombre — Vrba avait mémorisé ces chiffres pendant deux ans dans ce but précis.

Ce n’est pas un témoignage de souffrance : c’est un document technique, écrit pour être vérifié et pour servir.

Pourquoi ils sont partis

Ils s’évadent en sachant que le camp se prépare à recevoir les Juifs de Hongrie — la dernière grande communauté juive d’Europe encore sur place, environ huit cent mille personnes.

Leur objectif n’est pas de se sauver : c’est d’avertir, pour que les gens refusent de monter dans les trains.

Le rapport est traduit en allemand par Oscar Krasniansky, du Conseil juif slovaque, et transmis.

Le délai

Les déportations de Hongrie commencent le 15 mai 1944, au rythme de douze mille personnes par jour.

Le rapport atteint la Suisse, puis Londres et Washington, où le War Refugee Board le reçoit. Il n’est rendu public dans la presse internationale qu’entre le 18 et le 22 juin.

Deux mois séparent la rédaction de la publication. Pendant ces deux mois, environ quatre cent trente-sept mille personnes sont déportées de Hongrie.

Ce que le rapport a obtenu

La publication déclenche des protestations du roi de Suède, du pape, de Roosevelt et de la Croix-Rouge auprès du régent Horthy.

Le 7 juillet 1944, Horthy fait arrêter les déportations. Les Juifs de Budapest — environ deux cent mille personnes — ne sont pas déportés à ce moment-là.

Le document a donc fonctionné : il a sauvé des vies dès qu’il a été connu. C’est ce qui rend les deux mois de délai si difficiles à regarder, et c’est pourquoi Vrba a passé le reste de sa vie à demander pourquoi ils avaient été perdus.