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Zakhor
1802 – 1892 · Volojine, Lituanie

La mère des yeshivot

Un disciple du Gaon de Vilna crée une école où l'on étudie sans autre but que d'étudier. Le pouvoir russe la fermera quatre-vingt-dix ans plus tard pour une question d'heures de cours.

BelegtYeshivaLituanieÉtudeEmpire russe

Hayyim de Volojine, disciple du Gaon de Vilna, fonde au tout début du XIXᵉ siècle une école talmudique dans sa petite ville de Lituanie. On la date de 1802, parfois de 1806 selon ce qu'on compte comme ouverture.

Elle passera à l'histoire sous le nom de mère de toutes les yeshivot.

Ce qui était nouveau

Jusque-là, on étudiait dans sa ville, auprès du rabbin local, aux frais de sa famille ou de la communauté. Hayyim invente autre chose : une institution centrale, indépendante de la communauté d'accueil, financée par des dons collectés dans tout l'empire, qui recrute des élèves partout et les loge.

Le principe affiché est la Torah lishmah — l'étude pour elle-même, sans finalité pratique. On n'y forme pas des rabbins : on y étudie parce que l'étude est ce qui fait tenir le monde.

C'est une réponse directe au hassidisme. Là où le mouvement de Berditchev mettait la ferveur au centre, Volojine remet le texte — et l'organise à grande échelle.

Ce que le modèle a produit

Le modèle a été copié partout : Mir, Slobodka, Telz, Novardok, Kaunas. Il structure encore aujourd'hui le monde des yeshivot, en Israël comme en Amérique — et c'est ce modèle que Kahaneman a rouvert à Bnei Brak en 1943 avec sept élèves.

L'école de Volojine a produit des générations de savants. Elle a aussi produit, sans le vouloir, des gens qui allaient ailleurs : le poète Bialik y a étudié, Micha Josef Berdyczewski aussi, et une partie de la génération des Lumières juives russes est passée par ses bancs avant de rompre.

La fermeture de 1892

Le gouvernement russe exige que l'établissement consacre un volume important d'heures à des matières générales — russe, arithmétique, histoire — et impose des conditions sur les horaires et l'encadrement.

Naftali Zvi Yehouda Berlin, dit le Netziv, alors à sa tête, refuse. Les autorités ferment l'école en 1892.

La lecture traditionnelle en fait un martyre : le pouvoir contre la Torah. Jacob J. Schacter a montré, sur les sources, que l'affaire est plus complexe — des tensions internes, une querelle de succession, et des divisions sur la place des études profanes avaient précédé et affaibli l'institution. La pression extérieure a achevé quelque chose qui vacillait déjà.

Une école qui n'a pas cessé

L'école rouvrira partiellement, puis sera détruite avec la communauté en 1941 ; le bâtiment existe encore à Valozhyn, en Biélorussie.

Ce qui a survécu n'est pas le lieu mais la forme : une institution qui rassemble des étudiants de partout autour d'un texte, sans autre but déclaré que de l'étudier.

Aucune autre invention du judaïsme moderne n'a essaimé aussi loin ni duré aussi longtemps. Elle vient d'une petite ville de Lituanie et d'un homme qui avait suivi le Gaon.