Les premières années de l'exil furent des années d'errance avant l'établissement. Avant de trouver Tlemcen, la tradition fait passer Ephraïm Aln'kaoua par le sud marocain, jusqu'à Marrakech, dans le dénuement de celui qui a tout perdu.
Une histoire, transmise de génération en génération, se rattache à cette étape. On raconte qu'Ephraïm fit un songe — un rêve si violent qu'il en tomba et se brisa le bras. Les hagiographes maghrébins ont aimé ce récit : il dit la fragilité du saint avant sa gloire, l'homme blessé avant le faiseur de miracles.
Car c'est bien comme guérisseur qu'Ephraïm entrera dans la mémoire collective. Le réfugié au bras cassé de Marrakech deviendra, à Tlemcen, celui vers qui l'on se tourne pour guérir. La légende garde ensemble les deux images, comme pour rappeler que celui qui soigne a d'abord été celui qui souffre.
Zakhor inscrit ce récit au registre de la mémoire transmise : non comme un fait d'archive, mais comme l'une de ces histoires que les familles se sont passées, et qui disent une vérité d'un autre ordre que la date et le document.