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Zakhor
1881 – 1922 · Jérusalem

Le premier enfant

Il décide que son fils n’entendra aucune autre langue que l’hébreu. L’enfant ne parle pas avant quatre ans, et la ville l’excommunie.

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Eliezer Perelman, né en Lituanie en 1858, arrive à Jérusalem en 1881 et prend le nom de Ben-Yehuda.

Il applique aussitôt son programme : sa femme Deborah et lui constituent le premier foyer parlant hébreu de l’époque moderne.

Leur fils Ben-Zion naît l’année suivante. Il sera, selon eux, le premier enfant depuis des siècles élevé en hébreu.

Ce que cela signifiait dans une maison

L’hébreu n’avait pas de mots pour la vie domestique. Pas de mot pour poupée, glace, serviette, bicyclette, montre.

Ben-Yehuda en fabriquait, souvent à partir de racines bibliques ou de l’arabe, au rythme où le quotidien les réclamait.

L’enfant a été tenu à l’écart des autres, pour qu’aucune autre langue ne l’atteigne. Il n’a pas parlé avant quatre ans, et l’entourage a cru l’expérience ratée.

Le herem

Les Juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem, pour qui l’hébreu est la langue sacrée réservée à la prière et à l’étude, voient très bien ce qu’il fait.

Employer la langue sainte pour demander le sel n’est pas à leurs yeux une modernisation : c’est une profanation, et ils perçoivent l’intention nationaliste et laïque derrière le projet linguistique.

Ils le mettent en herem. Il sera aussi dénoncé aux autorités ottomanes et brièvement emprisonné.

Le dictionnaire

Il collecte dès son arrivée la matière d’un dictionnaire de l’hébreu, ancien et moderne, et y travaille jusqu’à sa mort en 1922 — souvent dix-huit heures par jour.

L’ouvrage sera achevé par d’autres et paraîtra en dix-sept volumes.

Deborah meurt de tuberculose en 1891 ; il épouse sa sœur Hemda, qui poursuivra l’œuvre.

Ce qu’il faut corriger au récit reçu

On dit qu’il a ressuscité l’hébreu. C’est excessif : la langue n’était pas morte — on l’écrivait, on la lisait, la presse hébraïque existait depuis 1856, et des Juifs de pays différents s’en servaient pour se comprendre.

Ce qu’il a fait, et que personne n’avait tenté, c’est d’en faire une langue MATERNELLE — apprise avant toute autre, dans une maison.

Cela ne se décide pas seul : il a fallu les écoles des colonies, une génération d’instituteurs, et une population qui n’avait pas d’autre langue commune. Son fils Itamar Ben-Avi a été le premier ; il ne serait rien s’il était resté le seul.