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Zakhor
du Moyen Âge à nos jours · Hamadan (Ecbatane), Iran

Le tombeau d'Esther

Les Juifs d'Iran montent à Hamadan pour Pourim depuis des siècles. Les historiens doutent que la reine y soit — et le pèlerinage n'a jamais eu besoin de leur accord.

ÜberliefertIranPourimPèlerinageEsther

Hamadan, l'antique Ecbatane, fut la résidence d'été des rois achéménides. C'est là, dans un mausolée de brique surmonté d'une coupole, que la tradition situe les tombes d'Esther et de Mordekhaï.

Les Juifs d'Iran y montent en pèlerinage, notamment à Pourim — la fête qui commémore précisément ce que le livre d'Esther raconte : un décret d'extermination annulé par une reine et son cousin.

Ce que le bâtiment dit de lui-même

L'édifice actuel n'est pas antique. On le date de la fin du XIIIᵉ ou du début du XIVᵉ siècle ; une tradition veut qu'un sanctuaire antérieur ait été détruit lors des invasions mongoles. Ernst Herzfeld a proposé, lui, le début du XVIIᵉ siècle.

Des voyageurs du XIXᵉ siècle décrivent une plaque de marbre à l'intérieur de la coupole, indiquant que la construction fut dédiée par Elias et Samuel, fils d'Ismaïl Kachan.

On entre par une porte de pierre très basse, qui oblige à se courber. Deux cénotaphes de bois sombre occupent la salle.

Ce que les historiens en disent

Le doute porte à trois niveaux, et il faut les distinguer.

Esther et Mordekhaï ont-ils existé ? Le livre d'Esther ne trouve aucune confirmation extérieure, et beaucoup de spécialistes le lisent comme un récit édifiant plutôt que comme une chronique.

S'ils ont existé, sont-ils enterrés là ? Rien ne l'établit.

Et qui repose alors dans ce mausolée ? Herzfeld a avancé qu'il pourrait s'agir de Shushandokht, épouse juive du roi sassanide Yazdegerd Iᵉʳ, à qui la tradition attribue l'autorisation faite aux Juifs de s'établir à Hamadan. L'hypothèse est séduisante et n'est pas démontrée.

Pourquoi cela ne change presque rien

Un pèlerinage n'est pas une thèse, et il ne s'effondre pas quand la thèse est réfutée.

Ce lieu a servi, pendant des siècles, à une communauté qui vivait en Iran depuis l'Antiquité et qui avait besoin d'un point sur la carte où sa présence soit dite ancienne et légitime. Le récit d'Esther est justement celui d'une communauté menacée dans cet empire-là, et sauvée dans cet empire-là.

La rubrique range donc ce récit au registre du transmis. Ce n'est pas une manière polie de dire faux : c'est dire qu'une tradition documentée, datée, continue, est un fait d'un autre ordre qu'une identification archéologique — et qu'elle se raconte comme telle.

Un lieu qui n'est pas tranquille

Le mausolée est inscrit au patrimoine national iranien et reçoit aussi des visiteurs musulmans et chrétiens. Il a été menacé à plusieurs reprises depuis 1979 — manifestations, dégradations, campagnes demandant qu'on lui retire son statut, incendie signalé en 2020.

La communauté juive d'Iran, qui comptait des dizaines de milliers de personnes avant la révolution, en compte aujourd'hui quelques milliers. Elle continue de faire le pèlerinage.

Ce qui se joue autour de ce bâtiment n'est donc plus seulement une question d'identification. C'est la question de savoir combien de temps un lieu peut rester debout quand ceux qui y montaient sont partis.