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Zakhor
6-15 juillet 1938 · Évian-les-Bains

Trente-deux pays

Neuf jours de conférence sur les réfugiés juifs. Un seul pays offre quelque chose, et ce n’est pas celui qu’on attendrait.

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Du 6 au 15 juillet 1938, à l’Hôtel Royal d’Évian-les-Bains, se réunissent les représentants de trente-deux pays.

La conférence est convoquée à l’initiative du président Roosevelt pour traiter la question des réfugiés fuyant les persécutions du Reich.

L’Autriche vient d’être annexée en mars ; deux cent mille Juifs autrichiens s’ajoutent d’un coup à ceux d’Allemagne.

Ce qui s’y dit

Les délégations se succèdent pour expliquer pourquoi elles ne peuvent pas accueillir de contingents importants : chômage, capacités d’absorption, situation intérieure.

Les États-Unis maintiennent leurs quotas. La Grande-Bretagne exclut la Palestine du champ de la discussion. La France se dit saturée. L’Australie déclare ne pas avoir de problème racial et ne pas souhaiter en importer un.

Un seul pays fait une offre : la République dominicaine, qui propose des terres pour un établissement agricole.

Ce que la conférence produit

Un comité intergouvernemental pour les réfugiés, sans moyens ni mandat contraignant.

Aucun engagement chiffré. Aucun assouplissement de quota.

Golda Meir, présente comme observatrice de la délégation juive de Palestine — sans droit de parole —, a écrit plus tard que ce fut une expérience terrible : écouter trente-deux pays expliquer pourquoi ils ne pouvaient pas.

Ce que la presse allemande en a tiré

Le régime a exploité l’échec immédiatement : puisque personne ne veut d’eux, notre politique est validée par le monde entier.

L’argument est odieux et il n’est pas faux quant aux faits. C’est ce qui rend Évian si difficile à commenter.

Quatre mois plus tard, la Nuit de cristal. Onze mois plus tard, le Saint-Louis et ses neuf cent trente-sept passagers refoulés de Cuba, des États-Unis et du Canada.

Ce qu’il faut ne pas conclure trop vite

En juillet 1938, personne ne sait ce qui va suivre, et il serait anachronique de lire Évian comme un refus de sauver de la mort : ce qui était en jeu était l’accueil de réfugiés, pas encore le sauvetage de condamnés.

Cela ne diminue pas la portée du constat. Trente-deux États réunis pour un problème qu’ils reconnaissaient tous ont conclu qu’il n’était pas le leur.

C’est le résultat ordinaire de ce genre de réunion, et c’est précisément pourquoi il faut l’écrire.