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Zakhor
115 – 117 · Cyrénaïque, Égypte, Chypre, Mésopotamie

La révolte oubliée

Entre la destruction du Temple et Bar Kokhba, une guerre a vidé de ses Juifs toute la rive sud de la Méditerranée. Presque personne ne la raconte.

WahrscheinlichDiasporaTrajanAlexandrieEffacement

On connaît deux guerres juives contre Rome : celle de 66-70, qui détruit le Temple, et celle de Bar Kokhba, en 132-135.

Entre les deux, il y en a une troisième, et elle ne porte même pas de nom stable : révolte de la diaspora, guerre de Kitos, deuxième guerre juive.

Elle a duré trois ans et elle a anéanti les plus anciennes communautés de la Méditerranée.

Ce qui se passe

En 115, Trajan est engagé à l’est contre les Parthes, et les garnisons de l’Ouest sont dégarnies.

Les Juifs de Cyrénaïque, en conflit ancien avec la population grecque, se soulèvent et prennent le contrôle de la province. Un chef nommé Loukouas — ou Andreas — se proclame roi.

La révolte gagne l’Égypte, Chypre et la Mésopotamie. Loukouas marche sur Alexandrie et ravage une partie du pays.

Les chiffres, et pourquoi ils sont douteux

Dion Cassius avance deux cent vingt mille Grecs et Romains tués, avec des détails d’atrocité que les historiens jugent topiques.

Ces nombres viennent d’auteurs hostiles, écrivant longtemps après, et l’archéologie ne les confirme pas. Le registre du probable est ici obligatoire.

Ce qui est établi, c’est la destruction matérielle : les inscriptions de Cyrène mentionnent des temples, des bains et des routes à reconstruire, et l’on date de là un effondrement de la province.

La répression

À partir de 116, les généraux romains — dont Lusius Quietus, qui a donné son nom déformé à la guerre — reprennent la Mésopotamie, l’Égypte et Chypre.

Les communautés juives de Cyrénaïque, d’Égypte et de Chypre sont dévastées, et beaucoup ne s’en relèvent jamais.

Alexandrie, qui abritait la plus grande communauté juive du monde après la Judée, cesse d’être un centre. Une tradition rapporte qu’il fut interdit aux Juifs de résider à Chypre.

Pourquoi on ne la raconte pas

Il n’y a ni Josèphe pour l’écrire, ni Temple à pleurer, ni lettres retrouvées dans une grotte.

Les vaincus n’ont laissé aucun texte, et la littérature rabbinique, qui se constitue en Galilée et en Babylonie, ne parle guère d’un monde grec dont elle ne procède pas.

Son effet, lui, est immense : c’est après 117 que le centre de gravité du judaïsme se déplace définitivement vers la Galilée et la Babylonie. Une guerre dont on ne sait presque rien a décidé où le judaïsme allait continuer.