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Zakhor
1642 – 1675 · Middelbourg, Amsterdam, Londres

La maquette

Un hakham d’Amsterdam bâtit en bois le Temple de Salomon. L’Europe chrétienne fait la queue pour le voir, et le roi d’Angleterre le reçoit.

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Jacob Judah Aryeh Leon, né vers 1602, est hakham à Middelbourg en Zélande, puis enseignant au Talmud Torah d’Amsterdam après 1643.

Il traduit les Psaumes, s’intéresse à l’héraldique, et construit une maquette en bois du Temple de Salomon.

Cette maquette lui a valu un surnom qui a remplacé son nom : Templo.

Le livre et le modèle

En 1642 paraît à Middelbourg le Retrato del Templo de Selomoh, description raisonnée du Temple, en espagnol, certains exemplaires ornés de gravures sur cuivre.

L’ouvrage est traduit en néerlandais la même année, en français en 1643, et en hébreu par l’auteur lui-même en 1650 sous le titre Tavnit Heikhal.

Quatre langues en huit ans, dont trois de public chrétien : le calcul est clair.

À qui cela s’adressait

L’Europe protestante du XVIIᵉ siècle est passionnée par le Temple. Elle y cherche un modèle d’architecture sacrée, une clé de la prophétie, et la preuve que l’Écriture décrit des choses exactes.

Un savant juif capable de restituer le Temple d’après les textes hébreux occupe donc une place qu’aucun érudit chrétien ne peut prendre.

Les maquettes de Leon ont été exposées aux Pays-Bas et en Angleterre, et son plan présenté à Charles II. Elles ont fait sensation chez les chrétiens autant que chez les Juifs.

Ce que cette célébrité recouvre

Amsterdam est alors la seule grande ville d’Europe occidentale où des Juifs peuvent vivre ouvertement, imprimer et enseigner. La communauté séfarade y est riche, savante et visible.

Une part de son activité consiste à parler aux chrétiens — Menasseh ben Israël, contemporain de Leon, ira en Angleterre plaider le retour des Juifs auprès de Cromwell.

La maquette de Templo appartient à ce moment-là : un objet juif que des chrétiens viennent voir, et qui rend son auteur fréquentable. C’est un instrument diplomatique autant qu’un travail d’érudition.

Ce qu’il en reste

Les maquettes elles-mêmes ont disparu. On ignore ce qu’elles sont devenues après la mort de leur auteur, après 1675.

Restent les livres et les gravures — un Temple qui n’existe que sur le papier, restitué d’après un texte, par un homme qui n’en avait jamais vu la moindre pierre.

C’est exactement le geste que la tradition juive fait depuis la destruction : décrire minutieusement un bâtiment qui n’est plus là, et le décrire assez bien pour qu’on puisse le bâtir.