Gabriel da Costa naît vers 1585 à Porto, dans une famille de nouveaux chrétiens. Il étudie à Coimbra entre 1604 et 1608 et envisage une carrière ecclésiastique.
Il se met à douter, et cherche dans la Bible la religion de ses ancêtres.
En 1614, il gagne Amsterdam avec sa famille, se fait circoncire, et prend le nom d’Uriel.
La déception
Il découvre que le judaïsme qu’il trouve à Amsterdam n’est pas celui de la Bible qu’il avait lue : c’est un édifice de lois orales, de coutumes et de commentaires dont l’Écriture ne dit rien.
Il l’écrit. En 1616, un texte critique de la loi rabbinique lui vaut un premier herem.
Un second suit, après la publication de son Examen des traditions pharisiennes, où il nie aussi l’immortalité de l’âme.
1640
Après quinze ans d’exclusion — plus personne ne lui parle, sa famille comprise —, il se soumet.
La pénitence est publique : il se rétracte devant la synagogue entière, reçoit trente-neuf coups de lanière, puis s’étend en travers du seuil pendant que l’assemblée sort en lui passant dessus.
Il rentre chez lui, écrit une brève autobiographie, et se tire un coup de feu.
Ce qu’il laisse
L’Exemplar humanae vitae — Exemple d’une vie humaine —, publié en latin quelques décennies après sa mort.
Il y raconte sa formation, ses doutes, et ce qu’il a subi. Il y met en doute que la loi biblique soit d’origine divine, suggère que toute religion est une invention humaine, et n’admet qu’une religion fondée sur la seule loi naturelle.
Ce sont des positions que personne ne publiait alors sous son nom en Europe.
Ce que sa communauté avait en tête
Il faut le dire honnêtement, sans excuser. Les Juifs portugais d’Amsterdam étaient d’anciens marranes revenus au judaïsme depuis peu, tolérés par une république calviniste, et sous le regard d’une Inquisition qui restait active de l’autre côté de la mer.
Un des leurs qui publie que la religion est une invention humaine les met, à leurs yeux, tous en danger.
Seize ans plus tard, la même communauté prononcera le herem contre Spinoza, qui avait huit ans quand da Costa s’est tué.