En 1915, des milliers de Juifs expulsés de Palestine par les Ottomans se retrouvent à Alexandrie.
Deux hommes s’adressent au commandement britannique : Vladimir Jabotinsky, journaliste russe, et Joseph Trumpeldor, ancien officier de l’armée russe, manchot depuis Port-Arthur.
Ils demandent la formation d’une unité juive pour combattre en Palestine.
La contre-proposition
N’étant pas sujets britanniques, ils ne peuvent être incorporés. On leur propose une unité de transport à dos de mulet.
Jabotinsky refuse. Trumpeldor accepte : ce qui compte, dit-il, est qu’une unité juive existe.
Le Zion Mule Corps est constitué en mars 1915, sous le commandement du colonel John Henry Patterson, avec Trumpeldor pour adjoint. Six cent cinquante hommes, dont cinq cent soixante-deux envoyés à Gallipoli.
Gallipoli
Ils ravitaillent les tranchées sous le feu, ce qui est exactement aussi dangereux que d’y être. Trumpeldor y est blessé au bras et refuse d’être évacué.
L’unité est dissoute après la campagne.
Elle avait tenu un an, et elle avait été la première formation militaire juive sous un drapeau depuis Bar Kokhba.
1917
Jabotinsky poursuit sa campagne à Londres, contre l’opposition d’une bonne partie des notables juifs britanniques, qui craignent qu’une unité juive ne remette en cause leur nationalité.
En août 1917, la formation d’un régiment juif est annoncée : le 38ᵉ bataillon des Royal Fusiliers, rejoint en avril 1918 par le 39ᵉ, composé presque entièrement de Juifs des États-Unis et du Canada.
Patterson commande de nouveau, Jabotinsky sert comme lieutenant. Cinq mille hommes en fin de guerre. Ils combattent en Palestine, notamment lors de la bataille de Megiddo.
Ce qui en est sorti
Une génération d’hommes ayant reçu une instruction militaire régulière, et qui formera l’encadrement de la Haganah.
Trumpeldor est tué en 1920 à Tel Haï, en défendant une implantation de Galilée. Ses derniers mots — il est bon de mourir pour notre pays — sont probablement apocryphes, et ils sont devenus une matrice de l’éducation nationale israélienne.
Une unité de muletiers refusée comme combattants a produit, en cinq ans, à la fois une armée et un mythe fondateur.